‹ JosephChapitre 45 sur 96 · LIVRE V. l · texte numérisé non relu

LIVRE V. l

la lui présentais. Dans le temps qu'il tournait vers moi un œil serein , et recevait la coupe, je m'éveille. Juge de mon désespoir en me trouvant dans ce cachot , dont je n'ai aucun espoir de sortir.

Comme il achève ces paroles, Ithuriel, qui était auprès de Joseph, articule quelques sons d'une voix harmonieuse, semblahle aux frémissemens du plus léger zéphyr, dont le feuillage est à peine agité.

Joseph , surpris des idées nouvelles qui se peignaient dans son esprit : Votre songe m'a frappé, dit-il,jepuisdissiper le trouble de votre âme. Trois jours encore ; et le roi vous rendra sa faveur, et vous rétablira dans votre emploi. A ces mots, Aménophis, transporté de joie , oublie sa fierté, s'élance vers l'esclave, l'embrasse, et lui jure que le premier usage de son 2)Ouvoir sera de le tirer de ce cachot.

Alors Darbal, cessant de craindre, et se flattant d'un succès semblable : Jeune homme merveilleux, dit-il, qui interprètes les songes, écoute le mien. J'ai songé que, portant sur ma tête trois corbeilles remplies de chair, les oiseaux du ciel s'y précipitaient de toutes parts. L'air était ému de

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leurs combats; leurs cris frappent encore; mon oreille. Il dit, impatient d'entendre la réponse.

Ithuriel ouvre une seconde fois l'avenir à Joseph, qui, saisi de pitié, garde le silence. Darbal le presse de parler. Ne m'interrogez point, dit le jeune esclave; il est dangereux quelquefois de percer les ténèbres qui couvrent notre destinée. Je le veux, je l'ordonne, interrompt Darbal; explique-toi , dusses-tu m'annoncer la mort. Divers cliemius y conduisent , répond Joseph attendri. Alors le superbe Darbal élevant une voix menaçante : Si tu tardes encore un moment, dit-il , tu n'es plus. Vous le voulez, repartit Joseph avec douceur. Eh bien! apprenez.. . que dans trois jours vous subirez un supplice infamant. En prononçant ces mots , 4\ semble un juge plein d'humanité qui soupire en condamnant un coupable. Darbal pâlit , tremble , chancelle, et tombe aux pieds de cet esclave que son orgueil avait outragé.

Ithuriel disparaît : avec lui s'envole la douce lueur qui éclairait le cachot , comme le crépuscule du soir s'éteint dans les ténèbres.

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 peine trois jours se sont-ils écoulés, qu Aménophis reprend sa place auprès du trône, et que Darbal est conduit sur l'écliafaud.

Joseph est frappé de voir s'accomplir l'explication de ces deux songes. Il pense que l'Éternel, lui dévoilant l'avenir, ne i'a pas entièrement abandonné : cependant il voudrait percer la sombre nuit qui lui dérobe sa propre destinée. Aménophis , enivré de sa faveur nouvelle, et entraîné loin d'un malheureux par le torrent des soins et des plaisirs, ne se souvenait plus de la promesse qu'il avait faite à Joseph. Mais Ithnriel est désormais son génie tutélaire.

La nuit , qui partage avec le soleil l'empire du monde, s'avançait lentement; et les montagnes, les vallons, les hameaux , et les villes, confondus dans les ténèbres , n'offraient à l'œil qu'une scène uniforme et lugubre. Le roi Pharaon était plongé dans le sommeil : son palais, entouré de gardes, est inaccessible aux humains; mais le génie de l'Egypte pénètre à travers les gardes dans l'intérieur du palais, s'approche du monarque endormi , et lui présente l'avenir

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sous d'effrayantes images. Le roi s'éveille épouvante, il ne peut retrouver le repos. Son trouble n'est point dissipé par l'astre du jour; il se lève à l'heure où le sommeil fuit des yeux du villageois; et il appelle Putiphar et tous ses courtisans.

Au fond de la Lybie s'élève le plus antique des temples ; c'est la demeure de la Superstition. Le souffle impur de ce monstre a changé ces beaux lieux en sables arides : elle a choisi cette retraite pour mieux cacher ses prestiges, et pour gagner les humains par l'attrait de la curiosité. L'orgueil, la terreur , et la fraude sont les ministres de son empire. Un feu sombre brûle dans ses yeux : inquiète, troublée , et n'ignorant pas qu'un jour, bannie de la terre, elle sera contrainte de se replonger dans les enfers, elle tient dans ses mains le bandeau épais dont elle couvre les yeux des mortels, et elle médite sur les moyens de prolonger son pouvoir. En ce temps tous les humains venaient dans l'Egypte recevoir ses oracles ; et c'est du sein de ces déserts que son poison se répandait sur toute la face de la terre. Souvent elle allait s'asseoir sur le trôzie à *côté des rois.

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