LIVRE V
Dès qu'elle apprend le trouble où Pharaon s'abandonne , elle assemble les devins et tous les appuis de son empire. Ils marchent vers le palais , les uns se riant de l'aveuglement des mortels, et les autres gravement fanatiques et dupes d'eux-mêmes. Ils entrent : le roi s'empresse à leur raconter les souges qui l'agitent.
Mais , 6 surprise! cette troupe est interdite; leurs bouches, si fécondes en impostures, demeurent long-temps muettes.
Domptés par le pouvoir d'Ithuriel, ils rendent, pour la première fois, témoignage à la vérité , et déclarent qu'un voile impénétrable leur dérobe l'avenir.
Alors le souvenir de Joseph se réveille dans l'àme d'Aménophis , qui, s'adressant au roi, lui apprend qu'un esclave enfermé avec lui et Darbal dans la même prison, et qui semblait n'être coupable d'aucun crime, avait lu leur destinée dans leurs songes. Aussitôt le roi ordonne qu'on lui amène l'esclave.
Joseph , ayant oublié Aménophis et les songes dont il avait été l'interprète , était replongé dans son premier abattement, lorsqu'on ouvre les portes du cachot : on s'a-
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\ance jusqu'à lui , on lui dit qu'à l'instant il doit paraître devant le roi. Il est saisi d'étonnement et de terreur: mais, contraint d'obéir, ses pieds cliancelans le portent hors de la prison ; un nombreux cortège l'accompagne : sa paupière débile , accoutumée aux ténèbres, soutient à peine la faible clarté du jour naissant.
Pharaon, assis sur un trône d'or, était environné de tous les grands de sa cour : le front ceint d'une couronne brillante , il ^ tenait en main le sceptre. Joseph entre dans le palais , s'avance d'un pas tremblant au pied du trône : il craint qu'on ne lui impute quelque nouveau crime. Il est un moment ébloui de l'éclat de la royauté; mais son innocence le rassure, et enhardi par le génie de l'Egypte, qui, invisible à tous les regards, volait dans un nuage au-dessus de lui , il se dit que cette pompe ne décore qu'un mortel : par la pensée il s'élève jusqu'au roi de l'univers, et alors cet appareil de grandeur ne lui semble plus qu'un fantôme. Tel qu'une intelligence céleste qui , descendant sous une forme humaine , et conservant des traces de la jeunesse éternelle des habitans des cieux , à la fois tou-