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coups , et avoir la gloire de vous rendre libres.
Attentifs à ce discours, le mot de liberté flatte leur oreille; ils applaudissent au courage d'Itobal; et déjà leurs mains sont impatientes de répandre le sang, lorsque Joseph se lève : la vertu qui va parler par sa bouche s'annonce dans ses regards.
Quoi ! leur dit-il , vous aimeriez mieux être homicides qu'esclaves ! Itobal , ton cœur a-t-il pu former ce dessein? et vous, avez-vous pu l'entendre sans frémir? Hélas ! plus que vous peut-être je désire la liberté : nés la plupart dans l'esclavage, vous y êtes entourés de votre famille, doux soulagement à vos maux; et moi , j'ai perdu, depuis peu de jours seulement, cette liberté si cbère que votre cœur regrette; et, jugez de mon sort, c'est la plus légère de mes disgrâces. Cependant je me soumets à ma cruelle destinée. Grand Dieu! si, couvert de sang , j'osais rentrer dans le hameau paternel, ceux que mon éloignement consume de tristesse, loin de me recevoir dans leurs bras, me repousseraient avec horreur. Quant à vous, il n'est pas impossible que vous goûtiez ici quelque ombre de fé-
licite. La vertu ennoblit même les fers de la servitude. O mon père! tu m'as dépeint le sort du malheureux qui le premier répandit le sang humain, le sang de son frère ! Un homicide porte sur la terre ses pas errans , et partout est esclave ; enchaîné par le remords , il est poursuivi de la terreur d'un juge redoutable. La nature peut vous faire entendre une voix consolante ; cet ombrage, ces fleurs, peuvent interrompre le sentiment de vos peines. Butophis n'est pas inflexible; vous le gagnerez en veillant mieux sur vos troupeaux. Itobal, j'ai pu attendrir Butophis en ta faveur; ne pourrais-je obtenir de toi que tu n'attentes pas sur sa vie? Si mes prières sont vaines, ])artez, abandonnez un malheureux, je reste seul en ce triste séjour.
A mesure qu'il parle leur fureur se ralentit, et l'aurore du bonheur frappe leurs regards. Le fier Itobal étouffe les sentimens de la vengeance , baisse les yeux , s'attendrit, tombe aux pieds de Joseph et les embrasse. Ainsi, lorsque l'ange à qui l'Éternel a confié l'empire des mers élève sa voix au milieu de la tempête, la foudre arrête tout à coup son épouvantable fracas, les nuages
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fuient jusqu'au bout de l'horizon, les vents se précipitent clans leurs antres; et les vagues, qui, se portant jusqu'aux cieux, semblaient effrayer de leurs mugissemens les sphères célestes , retombent et coulent avec la tranquillité d'un ruisseau.
L'amitié que tous ces esclaves avaient pour Joseph les engageait à troubler souvent sa solitude. Il chercha donc une retraite plus écartée , où il put se retracer librement les amis auxquels il pensait être arraché pour toujours. Il arrive dans une forêt sombre , séjour de la nuit et de la mélancolie; il s'y arrête , ce lieu phtît à sa douleur. Deux palmiers antiques, qui, courbés l'un vers l'autre , confondaient leurs branches entrelacées, attirent tout à coup ses regards : ils avalent crû dans cet étroit embrasseraent; leurs rameaux s'étendant à l'eutour touchaient la terre, et formaient comme d'eux-mêmes une cabane. Helas !
dit Joseph, frappé d'un triste souvenir, ainsi dans le hameau paternel s'entrelaçaient les deux palmiers qui m'invitaient à hàtir ma cabane nuptiale; mes mains l'ont élevée; mes jours devaient y couler unis à ceux de Sélima Funeste image, mais
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qui peut servir d'aliment à ma tristesse !.... Je veux achever de joindre ces rameaux, l^uisque je dois terminer ici une vie infortunée, consacrons cet ombrage au plus cher de mes sentimens : là je me livrerai sans témoin à ma douleur; je n'y vivrai point avec Sélima , mais elle y sera toujours présente à ma pensée. En même temps il exécute ce dessein. Il unit facilement les rameaux flexibles, qui , croissant l'un vers l'autre, semblaient tendre à cette union. Puis il cueille les fleurs que la terre produisait abondamment autour des deux palmiers, et il en décore la cabane. Au milieu de ce travail il se rappelle ce temps heureux où, formant une habitation semblable, il la consacrait non aux larmes, mais au bonheur. Alors il s'arrête, il soupire; et des pleurs coulent de ses yeux sur les fleurs et sur les branches. L'ouvrage étant achevé, il y attache un œil attendri, et croit voir sa cabane nuptiale. Seulement règne ici cette négligence qui annonce la douleur.
Mais bientôt se livrant à des pensées différentes: Quoi! dit-il, m'abandonneraisje au seul sentiment de la tristesse ? et , tan-