‹ JosephChapitre 51 sur 96 · LIVRE V- l5l · texte numérisé non relu

LIVRE V- l5l

et des débris du carnage, ici c'est le triomphe des vertus pacifiques.

A sou aspect , l'effrtu public se dissipe. La sagesse et l'humanité, empreintes dans ses traits, annoncent un avenir heureux, la douleur disparaît de tous les fronts; on se prosterne devant le char; la joie éclate, et la ville entière retentit d'acclamations.

Joseph, au sortir du sein de l'ignominie, n'est point ébloui de cette pompe ; ce char superbe, ce riche anneau, cette pourpre éclatante, touchent peu son âme : rnais il est énui des transports du peuple : il n'a point la dureté des grands, cpii, en croyant mériter l'adoration du vulgaire, y sont insensibles. Peu accoutume cependant à être distrait de ses plus chères pensées , au milieu de cet appareil de grandeur il se retrace le hameau de son père, Sélima; alors il ne voit plus la foule qui l'entoure; il n'entend plus les acclamations.

Cependant Zaluca errait dans ties temples ])rofanes, et invorpiait tous les dieux de l'Egypte. Celte nUit elle s'était mémo rendue dans la forêt où fut l'asile de Joseph ; là, prosferfiée devant l'autel qu'il

éleva , et l'ayant arrosé de pleurs : Divinité (le celui que j'aime! s'écria -t -elle , j'ai adressé des vœux stériles à de vains simulacres ; c'est toi que j'adore : tu es peutêtre le seul Dieu de la nature; je le croirais aux vertus de l'infortuné que je persécute. Sans doute il t'implore en ce moment , et je goûte la douceur d'invoquer le même Dieu que lui , et d'unir ma voix à la sienne. Arrache de mon cœur l'amour qui me dévore ; ou si cet effort surpasse ton pouvoir... arrache-moi Joseph.

Elle dit, et tout à coup elle craint que cette divinité ne venge l'innocence opprimée. Dans le trouble de son âme, il lui semble que l'autel tremble, que tous les arbres de la forêt s'agitent, et qu'une voix formidable sort de la terre ébranlée. Palpitante d'effroi, inondée d'une froide sueur, elle fuit, rentre dans Memphis, et se renferme au fond de son palais.

Le jour s'avance : elle a défendu que l'on troublât sa solitude : pâle et tremblante, elle ne voit point les objets sur lesquels s'arrête son œil égaré; il semble qu'une main invisible lui présente sans cesse le tableau de ses crimes; l'amour et

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