‹ JosephChapitre 53 sur 96 · LIVRE V. l · texte numérisé non relu

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nioler Sclima à ses yeux, et le frapper ensuite du même poiguard?... Insensée! tu parles de punir, et ton châtiment s'ap- })rète!... Puisse-t-il trouver Sélinia expirante ! ou , s'il faut qu'ils soient unis, puisse leur hymen rassembler autant d'horreurs que le mien! Hâte-toi, mon ombre : suis ses pas , va troubler leur bonheur, sème les noirs soupçons dans leurs âmes; et si, malgré tes efforts , ils sont heureux , vois leur union, et prolonge tes tourmens au delà du tombeau. Puisse l'Egypte s'armer un jour contre leur race, et la poursuivre sur la terre et sur les mers ! Alors mon ombre goûtera, quelque calme....

Le poignard do;it elle se frappe interrompt ces motr. Elle tombe; son sang coule, inonde m robe de Joseph. Mais sa rage étant satis/aite, son cœur, prêt à se glacer, brûle encore des feux de l'amour : l'image de Joseph erre encore devant ses yeux éteints; ses pâles lèvres prononcent le nom de Joseph ; et lorsque froide , expirante, elle ne peut plus articuler ce nom chéri ; elle lui donne son dernier soupir.

Le jeune Hébreu cependant, après la pompe solennelle de son élévation, est

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conduit devant un palais que Pharaon lui destine. Il descend du char ; il entre da)is cette demeure superbe, où la main de l'art imita les beautés de la nature.

Joseph, n'aspirant qu'après le repos, écarte la foule de ses esclaves. Transporté d'un cachot dans ce palais , il regarde autour de lui, comme pour s'assurer si fout n'est pas un songe. Mais bientôt, semblables aux flots amoncelés devant lesquels on écarte une digue , les sentimens qu'un spectacle tumultueux l'avait contraint de renfermer au fond de son cœur se précipitent au-dehors. Il se prosterne ; et ce séjour retentit, pour la pretnièie fois, du nom de l'Éternel.

Grand Dieu, dit-il, c'est toi, c'est toi qui m'as tiré du fond d'un cachot! Où suisje ? au faîte des grandeurs ! Malheureux ! je leur ai tout sacrifié! L'orgueil aurait-il corrompu mon âme? S'il était vrai, que n'expirai-je dans la prison!... Mais c'est toi, ô mon Dieu, qui as ordonné ces sacrifices. Mon cœur en saigne encore; je m'abandonne cependant à ta main puissante , qui tient le fil de mes destinées. Maintenant, si ma vertu s'est conservée pure au

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sein du malheur, ne permets pas qu'elle se démente au rang où tu ne m'as élevé que pour veiller, semblable à un sage pasteur, sur le bonheur d'un peuple.

Mais avant d'établir l'ordre dans cet empire, il veut dissiper une partie du trouble de son cœur. Il appelle un de ses ''esclaves, dont on luir a garanti le zèle. Rends-toi, dit-il, au pays de Chanaan. A l'entrée du hameau de Jacob, mon père, est un agréable vallon que traverse un clair ruisseau. Là , tu trouveras une jeune bergère nommée Sclima : tu la reconnaîtras à ses larmes. Dis-lui que je respire. Ne lui parle point de mes infortunes, elle a répandu assez de pleurs : parle-lui de ma fidélité; dis-lui que si le Ciel ne m'ordonnait de consacrer quelque temps au bonheur d'un grand peuple, j'eusse préféré à ce palais notre cabane nuptiale. Qu'elle instruise Jacob de mon sort, et qu'elle ménage sa sensibilité Entre dans le hameau

même; parais aux yeux de mon père, s'il vit encore; vois s'il n'est point accablé du poids de la vieillesse et de la douleur. Je me flatte que, si ses forces ne sont pas épuisées, il s'éloignera pour quelque temps de

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ses autres fils, et qu'il ne viendra pas seul adoucir les jours de mou exil. S'il n'est plus va dans la prairie cueillir quelques fleurs; rends-toi devant son tombeau ; répands-y ces fleurs , et dis : C'est votre

fils Joseph qui vous les offre Vois si le

jeuue Benjamin , si tous mes frères respirent. Pars, vole : tout mon bonheur dépend de toi. Il dit, et l'esclave s'éloigne, en lui promettant d'exécuter fidèlement ses ordres.

Joseph continue à s'occuper tour à tour des divers sentimens où il vient de se livrer, jusqu'à ce que les vapeurs du sommeil se répandent dans ses membres, et portent le calme dans son âme.

Le soleil avait à peine surmonté l'ho-. rizon ; Joseph qui ne connaît point l'indolence se lève. Déjà il se prépare à parcourir l'Egypte , dans le dessein de s'opposer au fléau qui la menace. Mais après avoir satisfait aux sentimens de la nature , il veut encore satisfaire à ceux de l'amitié : avant de parcourir l'Egypte, son char prend la route du hameau où il subit l'esclavage.

On était dans la saison où la nature a repris les ornemens de sa première jeu-^

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nesse. Une verdure luisante couvrait les bois, les coteaux et les prairies; on respirait l'haleine des fleurs, et l'oreille était frappée du murmure des ruisseaux rentrés dans leurs bords, et du gazouillement des oiseaux qui venaient de naître. Quel spectacle touchant pour Joseph! Peu ébloui, au sortir du cachot, de la pompe des grandeurs, les beautés simples de la nature le captivent et l'attendrissent. Il revoit avec transport les bocages ; il salue les collines , les fontaines; il descend du char; sa main cueille des fleurs naissantes, et il se désaltère dans l'eau fugitive d'un ruisseau.

La renommée n'avait pas encore publié dans le hameau de Putiphar l'élévation de Joseph. Les bergers, tristes, abattus, s'entretenaient de ses disgrâces, lorsqu'ils aperçoivent un char superbe : ils ne sont point détournés du sujet douloureux de leur entretien. Tout à coup Itobal, passant de la plus profonde rêverie à la joie la plus vive, se précipite vers le char : les bergers surpris le suivent de l'œil , lorsqu'un jeune homme couvert de pourpre, et unissant la douceur à la majesté, s'élance du char dans les bras d'Itobal; ils reconnaissent

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Joseph. D'abord ils sont immobiles d'étonnement ; bientôt ils volent vers les deux amis, les entourent, et poussent des cris d'allégresse. Comme une famille éplorée qui, déjà revêtue de deuil , revoit un père qu'elle a cru mort dans un combat ; saisie d'effroi, elle doute si c'est son ombre, et craint de l'embrasser ; mais bientôt la nature triomphant de sa crainte, elle vole dans ses bras, la joie éclate, et l'on dépose les vêtemens lugubres : ainsi ces bergers se livrent à leurs transports.

Joseph est plus sensible à ces témoignages de tendresse qu'à la pompe avec laquelle Memphis a célébré son élévation.

Ici l'on ne voit point l'orgueil jaloux se prosterner en murmurant, et l'on n'entend pas les acclamations d'un peuple tumultueux; c'est l'amitié qui rend et qui reçoit des hommages.

Cependant ils veulent connaître le détail des événemens miraculeux qui l'ont ,porté à ce rang suprême. Assis avec eux sur le gazon , il contente leurs désirs , et leur fait avec simplicité ce récit étonnant. La surprise et la joie se peignent tour à tour dans leurs regards : ils craignent de l'interrom-

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