LIVRE YI
Comme sur l'empire des mers le mobile vaisseau n'obéit qu'aux vents , la barque s'illonne le Nil sans être guidée par des rames.
Bientôt se présentent aux regards de Joseph trois pyramides immenses, ouvrage de plusieurs générations. Sans la régularité de leur architecture , on les prendrait pour ces rochers inébranlables qui, depuis la nais* sance de ce globe , touchent le ciel , et accablent la terre de leur poids. Le marbre dont elles sont formées a conservé sa blancheur éclatante. De nombreux hiéroglyphes , premières images de la pensée humaine , et dont les plus anciens sont des emblèmes du grand Etre, les rendent vénérables.
Quel est , dit Joseph , l'auteur de ces superbes monumens ? On lui répond que c'est Hermès, l'un des rois, et maintenant l'un des dieux tutélaires de l'Egypte. Il consi-
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dère long-temps cette structure hardie qui, par sa solidité et sa grandeur, semble surpasser l'art humain , et qui , exempte du sort ordinaire des productions des mortels, paraît devoir échapper seule aux ravages du temps , et durer autant que le monde.
Il ne peut croire qu'un dessein peu important ait enfanté de telles merveilles : il veut pénétrer dans l'enceinte d'une de ces pyramides. Ou l'y conduit par des routes souterraines et secrètes. Les Egyptiens lui déclarent que l'entrée leur en est interdite; il ne les presse point de l'y suivre, et il se trouve seul dans une nuit profonde. Comme ces mortels intrépides qui , pour arracher l'or à la terre, s'engagent dans son sein ténébreux , au péril de faire leur tombeau de cette source de richesses ; Joseph , animé du désir de s'instruire, s'égarait dans ce sombre dédale.
Après avoir long-temps erré, il découvre de loin une lueur faible et tremblante : il y dirige ses pas. Le premier objet qui frappe ses regards est un cadavre embaumé , qu'éclairait une lampe sépulcrale prête à s'éteindre ; couvert de pourpre, une couronne
ceignait son front : il avait conservé tant de fraîcheur, qu'il semblait être animé, et n'avoir perdu de la vie que le mouvement. Auprès du cadavre était un vieillard peu éloigné du trépas; courbé par les années, sa barbe blanchie touchait la terre ; à sa maigreur on l'eût pris pour la mort qui veillait sur sa proie. De nombreuses momies , environnant celle qui était couronnée , paraissaient autant d'esclaves qui attendaient ses ordres : un silence lugubre régnait dans ce séjour.
Quel es-tu ? dit le vieillard alarmé , toi qui oses pénétrer dans ce lieu redoutable ? Parle , viens-tu troubler les morts ?
L'enceinte profonde répétait les accens de cette voix funèbre.
Ne crains rien , répond Joseph : si c'est ici l'habitation des morts , je respecte leur cendre. Mais quel est cet appareil ? Quel emploi t'arrête en cette horrible demeure ?
Alors le vieillard levant sur lui un œil éteint : Le doux son de votre voix, dit-il, et l'humanité qu'annoncent vos traits, dissipent mes craintes. Vous voyez le corps du dernier roi de l'Egypte, et ceux de ses serviteurs qui , destinés à mourir en le ser-