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vant, l'ont suivi dans ce lieu. Je suis le plus infortuné. Mes compagnons ne sontplus; le dernier a reçu la sépulture de mes mains: moi seul , dans ce séjour de la mort , je l'implore vainement ; et lorsqu'elle me délivrera du fardeau de la vie, nul ne me rendra les devoirs funèbres , ma cendre ])érira , je n'augmenterai point ce cortège.
Saisi de surprise et de compassion, Joseph gardait le silence. Il porte les yeux sur ce fantôme de roi décoré d'une pompe inutile , sur ces esclaves qui paraissaient encore l'adorer, et sur ce vieillard qui pleurait de leur avoir survécu. Il est vivement frappé de l'orgueil inhumain de ces monarques qui, ayant peut-être opprimé leurs peuples, étendent leur barbarie au delà du tombeau , et immolent , lors même qu'ils ne sont plus, des victimes à leur ambition.
Mais un autre sentiment se réveille au fond de son cœur : ce vieillard , qu'il considérait avec attention , lui retrace l'image de son père, il lui semble le voir prêt à rendre le dernier soupir , invoquant la mort, et se plaignant que la main d'un fils tendrement ainié ne lui fermera point la paupière. Vivement attendri, il presse le
vieillard de le suivre loin de ce mausolée Je ne le puis , répond l'infortuné, j'expirerais dans les tourmens et l'infamie. Puisque j'ai vieilli dans ce tombeau, j'y saurai mourir. Depuis long-temps , entouré de cadavres, je ne suis plus fait pour les vivans; et mes yeux, accoutumés aux ombres du trépas , ne supporteraient plus l'éclat du
soleil Je me flatte de toucher au terme
de mes malheurs déjà mes pieds chan-
celans ne me portent plus à l'entrée de ce lieu, pour y prendre les alimens destinés à prolonger une vie misérable; déjà mes faibles mains n'entretiennent plus cette pâle
lumière mes jours finiront avec elle;
les ténèbres où je me verrai plongé seront pour moi les doux avant - coureurs de la
mort bientôt on ne respirera plus dans
ce tombeau.
Il dit; et tandis que Joseph le considérait d'un œil ému ; la lampe s'éteint, et le vieillard expire.
O vieillard, dit Joseph, que ne puis-je te rendre les devoirs funèbres ! pourquoi une loi sévère interdit - elle l'entrée de ce lieu à ceux qui pourraient te les rendre suivant les usages qui leur sont prescrits? Re-
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cois du moins mes regrets. Dieu rl'Abrahani et de Jacob , toi seul peux récompenser le dévouement de ce fidèle serviteur.
Il s'éloigne, pénétré d'horreur et d'attendrissement : il s'égare de nouveau dans la sombre nuit, que rend encore plus lu- Ljubre le spectable dont il vient d'être témoin. Arrivé enfin hors de ce séjour, il s'arrête devant la pyramide : on lui expli- (jue un des hiéroglyphes qui exprimait ces j)uroles : Peuples, ce n'est point ici la demeure de la mort ; du sein de cette masse qui touche les nues, je m'élèverai dans le ciel ; et là je serai votre divinité tutélaire.
O rois, s'écrie alors Joseph, la mort est donc pour vous une leçon inutile ! insensés ! vous partagez les honneurs divins avec les plus vils animaux, en vous élevant des monumens éternels qui attestent à la fois votre puissance et votre faiblesse.
En finissant ces mots, il s'éloigne de ces pyramides , le plus frappant témoignage de l'orgueil humain.
Il rentre dans la barque , il côtoie la plaine des momies, où les morts semblent avoir été d'une espèce différente. Autant ils occupent d'espace dans ces grands mau-
lyo JOSEPH.
solées , autant leurs rangs sont serrés sous cette plaine immense, et l'on y marche à chaque pas sur quelque victime de la mort. Dans ces vastes pyramides, on peut à pein<; découvrir les cendres qu'elles renferment : ici, des générations entières sont ensevelies ; les mêmes places ont été souvent occupées , et les tombeaux sont engloutis dans les tombeaux ; deux rangs de cadavres forment les routes étroites et nombreuses de ces lugubres souterrains, empire delà mort. Sur ces champs déserts, on distingue de dislance eu distance de basses pyramides , qui témoignent que l'orgueil des grands trouve toujours des imitateurs. Joseph, en côtoyant cette plaine, suit la pente de son âme, et s'abandonne à une douce mélancolie.
La barque vogue , et à ces sombres objets succède tout à coup un spectacle frap- })ant, la merveille de l'Egypte : c'est le lac Mœris , que creusa dans le roc la main infatiguable de l'homme , et qui seconde le Nil , en le recevant dans son sein lorsqu'il se répand avec trop d'abondance , ou en s'unissant à lui par des canaux lorsqu'il est avare de ses ondes. O mortels , vous