‹ JosephChapitre 57 sur 96 · LIVRE VI, X7I · texte numérisé non relu

LIVRE VI, X7I

semblez quelquefois les dieux de la nature ! ce roc s'est changé en océan.

Au milieu du lac s'élevait un palais superbe , entouré d'obélisques , qui se peignaient dans le miroir brillant des eaux. C'est là que , dans les ardeurs de l'été, le roi avec sa cour respire une délicieuse fraîcheur : tel on représente un temple du dieu des mers , environné de tritons et respecté des tempêtes. Cependant ce palais et ces obélisques , confondus dans l'éloignement avec ces mausolées , sont une vive image du néant de la pompe humaine, et du terme où vont se briser les grandeurs.

Joseph poursuit sa route : un spectacle plus grand s'ouvre à ses regards; l'Egypte, dans une perspective immense, lui offre toutes ses richesses. Le Nil , après avoir surmonté les obstacles nombreux qui &'opposent à sa course, se précipite en mugissant des hautes roches de l'Ethiopie; puis il roule une onde paisible entre deux chaînes de montagnes qui boident l'Egypte, et qui, accompagnant le fleuve jusqu'à la la mer , semblent le contraindre d'arroser cette vaste contrée.

Le» bords du fleuve , jusqu'au pied de

Ija JOSEPH.

ces montagnes, sont couverts de moissons florissantes, d'un gazon épais et d'arbres fruitiers, qui, formant un jardin immense, présentent dans toute l'étendue de ce pays leurs dons au voyageur, et le garantissent des feux du soleil. Comme dans les forets les chênes, les ormeaux, les sapins et les peupliers, entrelaçant leurs rameaux, croissent dans une douce union, sans que la main du cultivateur les seconde ; de même ici naissent agréablement confondus l'orange dorée, la verte olive, le jaune citron , la pêche veloutée et la pomme luisante ; un même arbre semble porter à la fois ces productions , tant les branches sont entremêlées : l'œil est ébloui de la vivacité de tant de couleurs , et le parfum qu'on respire est pour l'odorat ce qu'est pour le palais l'ananas délicieux , qui dans un seul goût réveille celui de tous les fruits.

De distance en distance , des palmiers et des cèdres , qui paraissaient les aïeux de ces forêts , élèvent au-dessus d'eux leur tête altière , et les protègent contre les rayons enflammés de l'astre du jour. On y distingue aussi des arbres et des plantes créés pour ces climats; le sycomore, tel

Page 1