‹ JosephChapitre 58 sur 96 · LIVRE V I · texte numérisé non relu

LIVRE V I

rp.ie le plus haut chêne; le lotos, qui donna l'idée (le Tumljroisie des immortels ; le papyrus , qui, de sa cime lanugineuse étend au loin ses vastes feuilles , sur lesquelles , dans ces lieux enchantés , Orphée , dit-on , écrivit les premiers vers.

Des oiseaux , remarquables par l'éclat de leur plumage , volent dans ces riantes forêts, tandis que, tout brillans des rayons du soleil, nagent sur la surface du Nil les nombreux habitans de ses eaux.

Au milieu de ces superbes jardins , qm ne semblaient destinés qu'à Thomme , errent , à demi cachés par le gazon, des trou- ])eaux d'une beauté frappante ; la nature en les formant paraît avoir eu le pinceau à la main , tant ils sont marquetés avec symétrie. Des hameaux, des villes , des temples et des pyramides, dont le Nil retrace les images , varient encore le tableau : ces monumens élevés loin des frimas, sous un ciel toujours serein , conservent leur premier lustre; et l'Egypte, berceau des arts, en respecte encore les productions , et les transmet À la postérité la plus reculée.

Mais des deux côtés un contraste remarquable embellit la scène. Ici des rochers

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arides , xous mille formes monstrueuses , s'élèvent jusque dans les nues, les repoussent , et brisent l'effort des vents , afin qu'un ciel calme et sans nuage règne éternellement dans la longueur de cette contrée : là on entrevoit, à travers la chaîne interrompue des montagnes, les vastes déserts de la sablonneuse Lybie. Frappée de tout ce spectacle , l'Egypte se persuada que les dieux l'avaient choisie pour leur demeure. Tels encore elle peignit les champs élyséens, où le Léthé, comme le Nil, serpentait dans une jierspective ravissante , où l'on respirait la paix et l'oubli des disgrâces , où des rochers éternels séparaient ce séjour du Tartare.

Joseph , semblable aux habitans de ces lieux fortunés, oublie un moment ses malheurs : il demeure immobile de .surprise, tandis que son œil erre avidement , et voudrait embrasser tout ce magnifique tableau: cependant son âme s'élève à l'auteur de la nature. Mais, au milieu de ces sentimens, il aperçoit de toutes parts des temples profanes : ici l'on adore le crocodile ; à côté , l'ichneumon , son ennemi , reçoit des vœux ; là, on se prosterne devant l'animal aboyant.

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