‹ JosephChapitre 60 sur 96 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

leurs royaumes et les fleuves qui coulent sous leurs lois à l'avantage de voiries sources du Nil , et d'apprendre les causes de sa fécondité : tant il est plus grand , quelquefois aux yeux mêmes de ces destructeurs des hommes, de connaître ce globe que de le conquérir! mais je ne satisferai point leurs souhaits. Pourquoi la nature communiquerait - elle ses secrets à ceux qui ne respirent que pour dévaster la terre? Heureuses ces ondes de couler loin d'eux librement, et de n'être pas souillées du sang humain qui ruisselle en tous les lieux où ils se montrent ! Toi , dont Tâme a plus de grandeur réelle , et qui, loin d'appeler les fléaux sur la terre , sais les combattre et en triompher ! viens , suis-moi dans les airs ; la nature veut l'ouvrir ses secrets.

11 dit , et Joseph croit suivre les traces de ce génie ; il semble avoir dépouillé son corps terrestre , et revêtu cette substance éthérée , vêtement immortel d'une àme immortelle : il regarde les airs comme l'élément où il doit vivre. La chute précipitée de l'épervier qui fond sur l'agneau bêlant n'égale pas la rapidité de sou vol. Tout ce qu'il voit lui offre de tableaux si vrais

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(le la n.ltnrc , que l'illusion ne rliffcre point (le la réalité. En un moment ils traversent l'Egypte , l'Ethiopie brûlante , et s'arrêtent en A])yssinie sur des rochers qui, s'élevant jusqu'au ciel , semblent vouloir dé- ^'ober à tous les regards le trésor c|u'ils enferment. Aussitôt un agréable murmure frappe l'creille de Joseph ; il voit deux sources limpides qui jaillissent de grottes ombragées de verdure et de fleurs : l'imagination elle-même, avec son riant pinceau , n'a pas donné aux naïades de retraite si délicieuse. Ces deux sources vont se ré;Linir dans un large bassin : fidèle miroir des cieux , il représente tantôt la rapide course des nuées , leur choc impétueux et les éclairs qui les déchirent; tantôt le tranquille azur de la voûte céleste, où. semblables à de blanches toisons , flottent ca et là de légers nuages dont les bords sont dorés des rayons du soleil. Les troupeaux ne s'abreuvèrent jamais dans cette onde ; les vents n'en rident point la surface , et aucun insecte n'y trouva son tombeau : c'est maintenant un lac paisible. Mais lorsqu'enflée des torrens du ciel elle surmonte les rochers qui semblent vouloir

s'opposer à son cours , c'est un fleuve déhordé dont le frémissement se fait entendre au loin , et qui dans sa fureur ne coîinaît aucune digue. Joseph , assuré de voir les sources du Nil, se précipite sur les bords du bassin, et il est le premier mortel dont ces eaux retracent l'image.

C'est peu , lui dit le génie , d'avoir pénétré jusqu'en ce lieu ; tu n'as encore aperçu que la surface des objets de la nature : viens ; en te conduisant à la première origine de cette source , je vais te dévoiler d'autres merveilles. A peine a-t-il parléj que la terre s'ouvre sous leurs pas, et ils entrent dans une route ténébreuse. Tels ceux qui pénétrèrent jusqu'aux enfers erraient long-temps dans de sombres abîmes ; et, lorsqu'ils touchaient aux portes de l'Erèbe, ils entendaient siffler les serpens des furies , vovaient leurs torches sanglantes , et le triple Cerbère vomissant des flammes. De même ici régnent d'abord , comme au séjour du trépas , une épaisse nuit et uu calme effrayant : mais , à mesure que Joj&eph avance , la scène change. Des torrens ^e flammes roulent à ses pieds avec un ^bruit terrible; soudain un océan se ])réci-

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])ite sur ces feux, et les vents semblent vouloir déchirer la terre jusque dans ses entrailles : coni])at plus épouvantable que la lutte de Vulcain et de Xanthe aux campagnes de Troie. D'horribles éclairs serpentent sur les vagues émues , et la nuit et le joui- s'effacent rapidement : comparée à ce tumulte , la tempête la plus furieuse est l'image du calme. Enfin de sourds mugissemens sortent du sein de la terre fatiguée de ces combats ; elle tremble , s'ouvre , et vomit dans des torrens de fumée le soufre, les métaux , et les rocs embrasés.

Joseph n'est point intimidé par ce grand spectacle. Cependant Ithuriel le conduit dans des lieux rians où le soleil est remplacé par des feux plus doux , dont les layons , dardés du centre de la terre, développent les germes de la vie. Là, sur des pierres précieuses , roulent des fleuves d'or et d'argent ; leur éclat ne s'est point encore obscurci en se filtrant à travers un sable impur. C'est là que la nature, déployant tout son pouvoir, crée les germes précieux des êtres ; ces germes coulent avec les fontaines et les métaux jusqu'à la surface de la terre. Là sont nées les sources des fleuves.

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'[in parcourent ce globe. Ithuiiel conduit Joseph devant celle du Nil , et lui apprend les causes de sa fécondité. Joseph s'ahreuve de ces eaux , et semble prendre uue vie nouvelle.

Ils sortent enfin de ce lieu, et revoient la lumière du jour. Maintenant , dit le génie, vois concourir les nuées à la fertilité du Nil. En prononçant .ces paroles, il s'élève jusqu'au ciel : ainsi que l'aiglon déjà accoutumé à se fier au vide des airs égale le vol de .son père, Joseph franchit le même espace. Là , il voit les nuages l'un sur l'autre entassés, sous l'image de montagnes mouvantes ; tel on dépeint l'Ossa roulé sur le Pélion. Là, Ithuriel lui montre comment le soleil pompe l'humide élément et les trésor.s des campagnes; trésors qui, exposés à tous les rayons de cet astre, puisent à leur tour dans ses feux la chaleur et la vie, et retombent sur la terre en fertiles rosées.

Après que Joseph a considéré tous ces objets : Divin guide, dit-il, qui m'as conduit aux bornes qui séparent la terre des cieux , faut-il respecter ces barrières? ou serait-il permis à un mortel de s'élever dans les plaines élhérées ? En disant ces

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mots , il regardait Ithuriel : mais déjà le génie s'est élancé au delà des nuages. Joseph ne tarde point à le suivre : Ithuriel le soutient dans ce vol impétueux. Ils s'arrêtent à quelque distance du soleil. Là , le génie explique au jeune mortel , ébloui de l'éclat de l'univers, comment les corps célestes , soutenus par leur propre poids , balancent leurs divers mouvemens , gravitent avec majesté l'un vers l'autre, et, dans leur course invariable , obéissent à la double loi qui les attire et qui les repousse. De là , guidé par Ithuriel, il vole vers cette région où les étoiles semblent se toucher , tant elles sont semées d'une main libérale.

Enfin ils paraissent vouloir s'élever jusqu'aux dernières limites des mondes, lorsqu'une harmonie divine , qui part d'un grand éloignement , frappe l'oreille de Joseph ; en même temps il découvre une lumière dont l'éclat, comparé aux feux réunis de tous les soleils allumés dans les cieux, les éclipserait aussi facilement que l'astre du jour éteint ceux de la nuit.

Arrêtons ici notre course, dit Ithuriel; il n'est pas permis à un mortel d'approcher de cet autre univers : celui que tu as vu

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