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n'en est que l'ombre. Tu es plus éloigné du palais de l'Eternel que nous ne le sommes de la terre; et cette harmonie, dont tu entends les plus faibles sons , est celle des immortels.
Il se tait. Joseph prête l'oreille : son cœur, qui bat avec force, est trop ému pour soutenir plus long-temps et ce spectacle et les seutimens excités par ces sublimes accords; transporté, ébloui, et ne voyant plus ni les mondes ni les soleils à travers lesquels le génie dirige son vol, il s'abandonne à son guide, et descend jusque sur les nuées qui couvrent notre hémisphère. Là , commençant à se reconnaître : Généreux interprète de la nature , dit-i! , tu m'as appris ses secrets; celte terre n'est plus qu'un point à mes yeux. Je veux instruire les sages de ces secrets. Je ne pourrai leur en présenter qu'une faible image; mais eux et leurs successeurs s'efforceront de les approfondir ; ces connaissances élèveront les pensées des humains vers celui qui est, et les porteront à l'adorer et à respecter ses lois.... Cependant et les merveilles et la majesté de l'univers n'ont point affaibli en moi des senlimens attachés à
tSa JOSEPH.
mon être. Satisfais mon cœur comme tu as éclairé mon esprit. Aidés par toi , mes faibles yeux ne pourraient-ils découvrir ie hameau de mon père ?
Tout à coup il sent son œil animé d'une force supérieure; il voit le lieu de sa naissance, et son père, chargé d'ans, assis devant sa cabane avec Sélima : tous deux plongés dans une profonde tristesse, ils appelaient Joseph et versaient des larmes. Joseph vivement attendri leur tend les bras; des pleurs ruissellent de ses yeux; il leur adresse la parole, il veut voler à eux et les serrer contre son sein. Mais, ne pouvant plus supporter une si forte émotion , il se réveille : tout a disparu ; et l'aspect des sphères célestes , et Ithuriel, et le hameau de Jacob; il se trouve couché aux bords du Nil, et la terre est arrosée de ses larmes. Mais une force divine est répandue dans son cœur : son esprit est plus éclairé, et il se lève pour reprendre des travaux consacrés au bonheur de l'Égvpte.
Maintenant on abat la voile ; et la barque, retraçant la route qu'elle a parcourue, retourne, et descend avec le fleuve. Elle aborde de lieux en lieux : partout Jo-
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■ ])li s'informe ùu produit des terres, et rdonne qu'on lui amène à Memphis la cinquième partie des moissons.
Il rentre dans cette ville aux acclamations d'un peuple qui ii'ignore point que le fruit de ce voyage sera la félicité publique. Mais Joseph ne se livre point dans son palais à la mollesse : par son ordre, on creuse des puits dans tout le royaume, et l'on élève aux portes de Memphis des édifices immenses pour y recevoir le blé.
Joseph ne se bâtira point, à l'imitation des grands, une tombe superbe. Des travaux consacrés au bonheur des hommes , voilà les monumens de sa gloire. L'Egypte passera sous d'autres maîtres; le Grec, le Romain, l'Arabe, y porteront tour à tour leurs lois : mais tandis que ces pyramides, qui bravent le temps , n'instruiront plus la postérité de la cendre orgueilleuse qu'elles renferment, le souvenir de Joseph, du bienfaiteur de l'Egypte, vivra au milieu de tous ces peuples; ils respecteront les vestiges de ses travaux , et la main de la l'econnuissance aura comme gravé son nom sur les pierres de ces ruines augustes.
Fendant que l'on s'occupe à ces travaux ,
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Joseph songe à l'exécution d'un plus grand projet. Avant de rentrer dans Memphis il a suivi le cours du Nil jusqu'à la mer. Ce fleuve qui, à son entrée dans l'Egypte, surmonte des rochers si hauts, qu'il seinhle se précipiter du ciel , rencontre à sa sortie de nouveaux obstacles : autant il est impétueux en descendant de l'Ethiopie , autant ses eaux troubles serpentent ici lentement sur le limon qu'il a rassemblé , terrain marécageux dont l'œil ne peut embrasser l'étendue; ce limon s'accroissant formerait une digue qui arrêterait le Nil. Joseph ne pense d'abord qu'à faciliter le cours du fleuve.
Mais cette pensée, comme un germe heureux , se développe et le conduit à un projet plus important; il est plongé dans une méditation profonde. Tel qu'un ami vertueux des muses, qui, dans un beau soir, porte ses pas sur un coteau pour contempler la nature; seule elle captive d'abord sou attention, mais bientôt il forme le dessein de chanter dans des vers heureux l'auteur de la nature, et d'inspirer la vertu aux liommes ; déjà son génie s'enflamme et produit de sublimes accoj d!> :