‹ JosephChapitre 62 sur 96 · LI VUE VI · texte numérisé non relu

LI VUE VI

tel Joseph , qui ne songeait qu'à favoriser le cours du Nil, enfante un projet plus vaste. 11 veut, desséchant ce marais immense, créer un nouvel empire et l'unir à l'Egypte; il voit dans ce dessein autant l'aggrandissement de l'état qu'un secours inattendu contre la famine. Un noble feu éclate dans ses regards ; déjà il lui semble que ce terrain est couvert des plus riches productions , et il jouit d'avance du bonheur qu'il va procurer aux peuples. Rempli de ces idées, il est rentré dans Memphis.

Il parait devant Pharaon , et lui dit que, non content d'établir l'ordre dans son empire , il veut en étendre les limites. Le roi , étonné, l'interrompt. Quel est le pays, ditil, où vous porterez le feu de la guerre ?

La guerre! répond Joseph, cette calamité terrible, la honte de l'homme, et qui ébranle les états mêmes qu'elle semble affermir ! la guerre! Le meurtre souillerait mes mains ! et j'ensanglanterais les moissons, les fleurs, l'eau pure des ruisseaux, et les tranquilles cabanes! Ah! je reprendrais plutôt la houlette, et j'aimerais mieux être la victime de ce fléau, que d'en conduire le feu dévorant. O roi, souffrez que

lÇ)t> JOSEPH.

je vons parle avec franchise; élevé dans les liameaux , je ne sais pas l'art de feindre. Votre trône doit être semblable à un chêne qui, de son ombrage étendu, embrasse tous les peuples que vous gouvernez , et offre un asile salutaire à vos voisins. Attirez-les par la douceur de votre empire; voilà les plus solides conquêtes. Quant à moi, je veux agrandir l'Egypte sans répandre une goutte de sang. Alors il lui explique l'entreprise qu'il a conçue.

Le roi, satisfait, lui répond : Je reconnais votre sagesse, et je me plais à entendre parler par votre bouche la touchante voix, de l'humanité. Sur])ris d'abord de Totre projet, je craignais que les grandeurs ne vous eussent inspiré cette ambition barbare qui trop souvent fait du monde entier un théâtre de carnage. Je suis loin de vouloir élever mon trône sur des ruines ensanglantées. Allez : mes soldats sont à vous ; dociles à vos ordres , ils exécuteront un dessein si grand et si utile. Ainsi parla le roi.

Joseph ne tarde point à sortir de Mem- ])his avec un corps nombreux de troupes , armées d'instrumens propres à ses vues.

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