‹ JosephChapitre 64 sur 96 · LIVRE vr. ig · texte numérisé non relu

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l'œil la course des oudes. Bientôt le fleuve, prenant les routes nouvelles qui lui sont prescrites , laisse voir à découvert les terres qu'il a formées : image de ce jour où les eaux qui couvraient ce globe coururent, à la voix de l'Eternel, dans les gouffres qui leur étaient destinés. Les troupes détournent leurs regards du Nil, et les portent sur ces campagnes naissantes. Alexandrie, qui seras fondée par un conquérant, comme pour expier les ravages de l'Asie entière , elles ont sous les yeux la place où, rivales de celles de Memphis , s'élèveront tes tours superbes! Grand Caire, l'espace immense où tu rassembleras tes richesses sort des ondes en ce moment !

Ces travaux étant lînis, Joseph rentre avec les troupes dans Memphis, Cette conquête ne coûte aucune larme : le père, blanchi par les années, goûte la consolation de revoir son fils; la tendre épouse, tenant entre ses bras les heureux fruits de son amour, serre son époux contre son sein j)alpitant de joie , tandis que ses jeunes rejetons imitent ses doux transports.

Joseph paraît devant le roi; et l'ayant instruit du succès de son entreprise : Main-

tenant, cllt-il, ordonnez que l'Egypte , surchargée criiabitans, en répande une partie dans cette terre nouvelle.

Pénétré de reconnaissance, le monarque l'embrasse. Bienfaiteur de l'Egypte, répond-il, vertueux conquérant, puissent les chefs des nations imiter ton exemple! puissent-ils , au lieu d'étendre leurs ravaîres sur des états civilisés , favoriser la culture de ces contrées, dont ils se dépouillent eux-mêmes, et qu'ils abandonnent aux bêtes féroces! Achève ton ouvrage; donne toi-même les ordres nécessaires, et conduis des hommes et la félicité dans un pays dont tu es le créateur.

Joseph y conduit des colonies, et fait le partage de ces terres. Nées du limon du Nil, et couvertes si long-temps de ses eaux, elles développent avec une rapidité surprenante les germes qui leur sont confiés. Tandis qu'elles se parent de verdure , de fleurs , de riches moissons , d'arbres courbés sous leurs fruits, s'élèvent les hameaux et les villes. Plus heureux que le cultivateur, qui , ayant formé un beau jardin , y porte tous les jours ses pas, voit d'un œil satisfait croître les arbres que sa main a plantés,

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jouit de leur premier ombrage, et, environné de sa famille naissante, s'attendrit à la douce pensée qu'elle recueillera les fruits de son labeur, Joseph parcourt ces riantes contrées ; l'Egypte entière avec ses richesses, depuis Memphis jusqu'aux cataractes du Nil, lui présentait un spectacle moins r?.viss£.nt. L'ange qui préside à la mer se promène sur ces rives florissantes ; il y oublie les tempêtes et les naufrages, la mer respecte ces campagnes ; et le génie de l'Egypte, volant dans ces lieux , se félicite de son ouvrage.

Tandis que Joseph examinait avec satisfaction un terrain étendu, remarquable par sa beauté, qu'il réservait pour le roi, sans en prévoir la destination heureuse, il entend un murmure mélodieux causé par l'entretien des deux anges. Il ne sait si l'écho pousse des accens inconnus, si les zéphyrs forment de -sublinies accords , ou si c'est de la bouche des immortels que part cette divine harmonie.

Plein de ces sons enchanteurs, il se rend aux portes de Memphis pour y rassembler les trésors des campagnes. De])îns les rochers de l'Ethiopie jusqu'aux bords <le la

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mer, on voit une longue suite de chariots , qui tous vont déposer leurs richesses à ses pieds.

Au milieu de ces soins se réveillent au fond de son cœur les sentimens qui en sont inséparables. Ne voyant reparaître aucun des esclaves qu'en divers temps il envoya au hameau de son père, il se livre aux craintes les plus vives : il croit que Jacob et Sélima ne sont plus, et qu'on n'ose l'eu instruire. O toi, s'écrie-t-il alors, qui arrêtas ici mes pas dans le temps que j'allais embrasser des personnes si chères , ou leur rendre les derniers devoirs , je n'eu murmure point; mais donne-moi la force de ne point succomber à ma douleur.

Souvent il se demande si Benjamin lui est aussi enlevé : son image est présente à ses yeux ; il lui semble encore voir l'amitié fraternelle sourire sur ses lèvres. Quelquefois il pense que , né comme lui de l'épouse chérie de Jacob , il a peut-être subi un sort égal au sien; que ses frères ont persécuté en lui le sang de Joseph; qu'ils l'ont éloigné du hameau paternel, et soumis au joug de l'esclavage.

Enfin tant d'alarmes sont suivies d'un

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