‹ JosephChapitre 7 sur 96 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

seul père; prends pitié de ma jeunesse délaissée. Le temps n'est plus où, entouré de ma famille, je ne t'adressais que des chants d'allégresse et des pleurs de joie. Aujourd'hui, isolé, esclave, souvent pour toute prière je ne pousse que des sou])irs douloureux. Je ne suis pas seul infortuné ! soutiens un père, une épouse, qui comme moi s'iibreuvent de larmes. Puissent mes frères s'aimer entre eux plus qu'ils ne m'ont aimé! puissent-ils, plus heureux que moi , consoler les vieux ans de Jacob , et dissiper la douleur qui les empoisonne !

A mesure qu'il parle, ses pleurs coulent avec moins d'abondance; il sent son courage se ranimer ,et il s'éloigne de ces lieux, plongé dans une plus douce mélancolie.

L'Egypte entière avait pleuré la mort du bœuf Apis , et le jour était arrivé où le nouveau dieu devait prendre sa j^lace; orné de festons , le plus superbe temple de Memphis l'attendait : le hameau de Putipbar se trouvait sur son passage. Dès les premiers rayons de l'aurore , il arrive traîné sur un cliar magnifique. Sa beauté est frappante : la nature avec syméirie a marqueté iW blauc sa peau d'un noir d'ébène; à se»

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cornes dorées pendent des guirlandes de fleurs ; entouré de prêtres vêtus de robes d'une blancheur éblouissante, il est suivi d'une foule innombrable ; il pousse de longs mugissemens, que la multitude écoute avec une religieuse terreur , tandis que leurs hommages et leurs cris l'épouvantent luimême : toutes les bouches répètent au son des instrumens sacrés : Voici, voici le dieu de l'Egypte. A cet aspect les esclaves du hameau se prosternent.

Joseph , saisi de surprise et de douleur , se dérobe à cette fête impie , et se retire dans son asile. Arrivé devant l'autel qu'il a consacré à l'Etre suprême : Grand Dieu , dit-il , tandis que l'on prostitue ton nom au bœuf qui broute les campagnes, reçois ici le culte qui t'est du : ma bouche seule t'implore en ce séjour, mais je te serai toujours fidèle.

Il dit, et dès ce moment il songe à éclairer l'ignorance de ses compagnons. Il avait exigé d'eux qu'ils respectassent son asile. Le lendemain de cette fête , poussé par une tendresse inquiète , Itobal l'y suivit de loin. Comme il y veut pénétrer, il découvre à travers l'épais feuillage Joseph auprès de

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