‹ JosephChapitre 8 sur 96 · LIVRE I. ig · texte numérisé non relu

LIVRE I. ig

la cabane, et il l'entend pousser de profonds gémissemens. Tandis qu'il en est attendri, Joseph prononce une de ces prières qu'exhalait souvent son cœur vertueux et infortuné. A ce langage Itobal est ému jusqu'au fond de l'âme. Tel qu'un homme qui, d'un désert affreux où il ne vit que des rochers couverts de glaces et n'entendit que les hurlemens des bêtes féroces, arrive dans un climat riant et heureux ; à l'aspect du feuillage entremêlé de fleurs , d'où part sur les ondulations d'un air odoriférant une harmonie qui ravit l'oreille , il est saisi de surprise et d'attendrissement ; ainsi le jeune esclave , tenant les yeux attachés sur ce beau séjour, est ému de la prière de Joseph. Immobile, il s'en retraçait encore les expressions touchantes, lorsque son ami s'éloigne et rentre dans le hameau.

Un matin , tandis que les troupeaux s'abreuvaient de la fraîche rosée, il conduit Joseph à l'écart : ils s'asseyent sur le sommet d'une colline. Après quelques momens de silence, Itobal prend la parole.

Il faut que je t'ouvre mon cœur, dit-il : depuis que tu m'as fait connaître les charpies de la vertu, tout a changé de face

XO JOSEPH.

pour moi ; les objets de la nature , que je regardais avec tant d'indifférence, font naître eu moi une foule de sentimens auxquels je me dérobe toujours à regret. T'apj)reudrai-je mon indiscrétion? Inquiet de ta tristesse, j'ai osé te suivre dans ta retraite. Lorsque j'arrive dans la forêt, tes gémissemens déchirent mon cœur , et bientôt tu prononces une prière dont le souvenir est encore présent à mon âme attendrie. Mon cher Joseph, toutes les paroles que tu profères me touchent; mais tu ne m'as jamais tant ému qu'en ce moment; il me semblait que tu renouvelais en moi la vive impression que j'éprouve à l'aspect des objets de la nature. Quel est, dis-moi, ce sentiment? quel est cet être en qui tu mettais toute ta confiance, et qui par degrés calmait tes sanglots?

En disant ces paroles, il regardait, d'un air attentif et timide , Joseph , qui , tournant sur lui des yeux satisfaits : Heureuse indiscrétion ! s'écrie-t-il. Oh! mon ami, la nature a parlé à ton cœur; aurais-tu encore besoin d'un maître ? Regarde ce spectacle ; n'entends-tu pas de toutes parts de subli»' mes leçons? et faut-il qu'un mortel mêle Si,\

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