‹ JosephChapitre 72 sur 96 · LIVRE VII. 3*iS · texte numérisé non relu

LIVRE VII. 3*iS

Cependant, intimidés par ses regards, saisis du trouble qu'éprouve le crime à l'aspect de la vertu, ils n'osent lever les veux sur lui , et ils attendent qu'il rompe le silence. Votre père vit-il encore ? leur dit-il d'une voix émue. Jacob vit, il est chargé d'années, répond Ruben. Joseph l«^ve au ciel des veux que la reconnaissance mouill.ut de larmes. Eh quoi ! reprend-il," vous l'avez tous abandonné ? qui soutient ses vieux ans? Ea prononçant ces mots son émotion est prête à le trahir. Benjamin, le plus jeune de ses fils , dit Ruben , et Sélima, qu'il a adoptée, l'aident à porter le fardeau de la vieillesse.

Alors Joseph, ne pouvant contenir les sentimens tumultueux de son cœur, sort , et ses pleurs se précipitent le long de ses joues : Ils respirent, s'écrie-t-11, les objets de ma tendresse! ils respirent, et je tarde encore à les aller rejoindre! Partons; c'est ma famille, elle doit m'étre plus cbère qu'un peuple étranger. Il fait quelques pas, et s'arrête. Mais quoi! ce peuple est-il étranger pour moi? Dieu ne l'a-t-il pas confié à ma vigilance? Puis-je l'abandonner sans son ordre? et laisserai-je mon ou-

lafi J os El' H.

rrage imparfait? Mon bonheur mémo est

tlonc entremêlé d'amertumes! Souniel-

tons-nous à la volonté de celui qui m'a donné tant de signes de sa protection : d'ici je m'opposerai mieux au fléau qui ravage le hameau paternel. Mais je puis adoucir un tel sacrifice. Sélima, tu es trop nécessaire au vieillard doJit tu fais la consolation; occupe ma place auprès de lui jusqu'à ce que je partage ces doux soins : mais toi, Benjamin, viens dans mes bras; viens m'aider à supporter les derniers jours d'un exil si funeste.

Il essuie ses larmes, et rejoint les fils de Jacob, qui, l'attendant avec inquiétude, craignaient que leur demande ne fût rejetée. Résolu de se faire connaître à eux avant leur départ: J'ai donné mes ordres, leur dit-il; hâtez-vous de partir, volez au secours de votre père.... et de celle qu'il a adoptée.... Ce vieillard ne m'est pas entièrement inconnu ; on m'a parlé de ses vertus.... Je vous accorde du blé; mais la famine vous forcera sans doute à reporter vos pas en Egypte. Je veux savoir si votre récit est fidèle , et j'exige que l'un d'entre vous demeure ici jusqu'à ce que vous m'a-

meniez le plus jeune de vos frères... N'avezvous point eu d'autre frère?... En même temps il fixait sur eux ses regards.

A cette question ils sont troubh's, et gardent le silence. Siméon pâlit ; Neplithali soupire : il leur semble à tous que cet homme puissant lit au fond de leurs cœurs. Nous étions douze frères , dit Ruben en hésitant.... mais nous ne savons ce que l'un d'eux est devenu.

Cependant ils se regardaient les uns les autres pour se demander qui d'entre eux restera dans cette terre étrangère. Alors Siméon s'adressant à eux d'une voie basse : le Ciel continue à nous poursuivre, leur dit-il. Vous savez qui de nous est le plus coupable : partez, retournez au hameau de Jacob, je demeure ici; tout lieu est égal poui- moi, partout mon cœur sera déchiré de remords. Ses frères l'embrassent, et lui promettent de partir à l'instant pour abré- . ger les jours de sa captivité.

Aux regrets de Siméon, et à ces adieux , Joseph eut fait éclater les sentimens qu'il renfermait dans son Ame : mais le génie tutélaire de l'Egvpte, voulant, par l'ordre de TEtei-nel , punir Siméon , prolonger les re-

mords de ces frères perfides , et faire exercer la justice à l'innocence persécutée , jie permet point à Joseph de se découvrir en ce moment à ses frères. Ils s'éloignent, iU partent. Siméon, triste et abattu, reste seul.

Joseph, sorti comme d'un sommeil tumultueux, demande les étrangers qui ont eu recours à sa protection ; on lui apprend leur départ. Alors il se livre à une vive douleur. Est-il bien vrai, s'écrie-t-il, que j'ai vu mes frères? pourquoi ne les ai-je point embrassés? Ame cruelle, tu connais donc la vensreance ! Il veut au moins revoir Siméon : mais on ne le trouve point, et Joseph ignore que son frère, portant dans les campagnes un pas égaré, a été conduit loin de ces lieux par une main invisible. Il fait chercher de toutes parts Siméon et ses autres frères sans découvrir leurs traces.

Les jours s'écouleiit, et Jacob , assis devant sa cabane, avec Benjamin et Sélima . voit arriver ses fils. Ils descendent de leurs chameaux; ils déposent aux pieds du vieillard les sacs remplis de blé. Il reçoit ses enfans avec tendresse; mais, après qu'il ]es a tous embrassés, il tourne autour de

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lui des regards inquiets : Où donc est Siméon ? dit-il; je n'aperçois ni lui ni ses chameaux.

Veuille ne point t'alariner, répond Ruben ; c'est à juste tilre que l'on célèbre le gouverneur de l'Egypte. Tandis que sa grandeur nous intimidait, son affabilité rassurait nos âmes; il est sensible au sort des malheureux, la vertu l'intéresse. Tu ne lui es pas entièrement inconnu; il s'est informé de tout ce qui te touche.

Je veux voir, a-t-il dit, tous les enfans de Jacob ; la famine vous forcera sans doute à reporter vos pas en Egypte. La seule sévérité qu'il ait exercée envers nous, j'ignore par quelle défiance , c'est de retenir Siméon jusqu'à ce que nous lui ame- * nions le plus jeune de nos frères...

Ce mot est pour Jacob un coup de foudre. Cruels! interrompt-il, vous voulez donc me priver de tous mes enfans ? J'ai perdu Joseph, je ne revois point Siméon, et vous pensez m'arracher Benjamin ! Non, ne vous flattez pas que je vous le livre. En même temps il le serrait dans ses bras.

Les fils de Jacob étaient consternés et gardaient 1«^ silence. Ruben prenant enfin

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la parole : Mon père, dil-il, que peux-tu redouter ? J'ai deux enfans; fais-les mourir si ji." ne te le ramène.

M'as-tu ramené Joseph? dit le vieillard courroucé : n'est-il en Egypte ni forêts ni bêtes féroces ? crois-tu que le sang de mes petits-fils puisse me consoler de la perte de mes enfans? Ruben n'ose lui répondre.

Ils ouvrent en silence les sacs remplis de blé; et le premier objet qu'ils aperçoivent est l'or dont Jacob les a chargés, qu'ils ont mis entre les mains de Joseph , et qu'à leur insu il a fait replacer dans leurs sacs. Ils sont frappés de surprise. Mais le vieillard, occupé des périls où il croirait exposer Benjamin en consentant à son départ, fait peu d'attention à l'or qu'ils lui rapportent.

Tant que le blé abondait, Jacob ne songeait point à renvoyer ses fils en Egypte : il regrettait Siméon, mais il ne pouvait se résoudre à se séparer de Benjamin. Comme l'oiseau, pour conserver ses chers nourrissons, leur distribue libéralement la pâture dont il se prive lui-même , ce père tendre, ne refusant rien à sa famille , et avare pour lui seul, se retranchait souvent du né-

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