‹ JosephChapitre 73 sur 96 · LIVRE VII. -i'il · texte numérisé non relu

LIVRE VII. -i'il

cessaire afin de retarder ce triste départ.

Cependant la famine continuait ses ravages ; le blé diminuait, et l'abattement et l'effroi régnaient dans tout le hameau. Les fils de Jacob , résolus de périr sans se plaindre , ne l'importunaient point de leurs cris; mais leurs femmes et leurs enfans erraient devant sa cabane, et leur silence exprimait assez leurs terreurs.

Le vieillard compte enfin le nombre des jours durant lesquels il peut nourrir sa famille, et il est effrayé de voir que , dans un terme peu reculé, Sélima qui lui est si chère, ce fils qu'il craint de perdre, et tous ses enfans , descendront à la fois dans le tombeau : s'il tarde encore, il n'est plus temps d'aller en Egypte chercher du secours contre la famine. Il frémit à cette pensée. Puis il se demande si le malheureux Siméon n'est pas son fils; il se rappelle qu'il l'a vu pleurer la perte de Joseph, autrefois l'objet de sa haine. Aussitôt il sort de sa cabane, et va seul trouver ses fils étonnés à sa vue; ses mains tremblantes sont chargées d'or, de résine, de miel, et de mvrrhe : il s'efforce à retenir ses larmes.

Allez., leur dit-il, vers cet homme quii

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arrache le* fils aux pères : malgré notre disette, présentez-lui ces productions, les meilleures de cette contrée; portez-lui le dou])le de l'or qu'il a rejeté; qu'il garde mon or, et me renvoie mes enfans. Enfin.... puisqu'il le faut.... prenez votre frère, et partez. Faites connaître à cet homme puissant ma situation malhereuse. Dites-lui que j'ai perdu un fils qui tous les jours me coûte encore des pleurs; que le temps ne jieut fermer cette plaie ; qu'en retenant Siméon il l'a envenimée; mais que s'il me ravit Benjamin je n'y pourrai point survivre. Apprenez-lui que Benjamin, fruit de ma vieillesse, et seul gage qui me reste d'une épouse chérie, porte tous les traits de ce fils qui n'est plus, et l'a remplacé dans mon cœur. Précipiterait-il dans le tombeau un vieillard qui, sur le bruit de ses vertus, le bénissait de loin, aimait à s'entretenir de lui, et rendait grâce au Ciel d'avoir donné un tel protecteur à l'Egypte et à sa famille? S'il trompe mon attente, dites-lui que, malgré mon âge, j'irai, j'irai moimême chercher Benjamin, qu'il verra couler les pleurs d'un père , et s'il est inflexih\e, qu'il me verra mourir à ses pieds....

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