‹ JosephChapitre 74 sur 96 · LIVRE VIT. a · texte numérisé non relu

LIVRE VIT. a

Huben, tu me l'as promis, souviens-l'en; c'est à toi que je redemanderai ton frère. Ecarte de lui jusqu'à Tapparence du péril; qu'il soit au milieu de vous comme un dépôt sacré dont vous devez répondre. Environnez-le tous, et servez -lui de défenseurs. Quand vous traverserez les forêts , prêtez l'oreille, et portez les yeux de toutes parts, afin que vous puissiez le garantir des bêtes féroces, et qu'il n'ait point le sort de Joseph. Mes fils, je ne renouvelle pas d'anciens reproches : mais vous n'aurez point ici de prétexte à m'ai léguer; vous ne pourrez point me dire que vous étiez éloignés, que vous n'avez pas entendu ses cris , que je ne l'avais pas commis à vos soins. Je vous le confie; et, si vous ne le ramenez point dans mes bras, j'atteste le Ciel que je ne toucherai pas au blé dont son sang sera le prix.... Allez : que mon Dieu, le Dieu de mes pères , vous fasse trouver grâce devant le gouverneur de l'Egypte, et détourne de -vous tous les dangers. Cependant je resterai seul, et je croirai avoir perdu tous mes fils! En prononçant ces paroles il ne peut retenir ses larmes.

Oui, dit Ruben attendri, je te promets

ao.

2j4 JOSEPH,

encore de ramener mon frère dans tes bras. Si je manque à ma promesse , je veux que tu me regardes comme coupable de sa mort, et que tu m'accables de la malédiction d'un père. Ils lui font tous le même serment.

Jacob retourne à sa demeure : le jeune Benjamin, qui l'aperçoit de loin, court à sa rencontre, et le reçoit avec les plus tendres caresses. Le vieillard ému l'embrasse sans proférer une parole , et , le tenant par la main , rentre lentement dans la cabane. Là il lui déclare qu'il doit se disposer à partir. A ces mots un torrent de larmes coule des yeux de Sélima. Quoi! dit-elle, tu veux m'arraclier Benjamin ! Benjamin mon frère ! la vivante image de l'époux que je pleure ! Je me disais souvent : Si je meurs avant Jacob, Benjamin soutiendra ses vieux ans; si Jacob me précède au tombeau, du moins Benjamin me reste encore. Veux-tu nous Tiriver de notre appui mutuel ? En même temps ses regards conjuraient Benjamin de s'unir à ses prières.

Mais lui , essuyant les pleurs qui reparaissaient toujours dans ses yeux, et prenant la main du vieillard et celle de Se-

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