‹ JosephChapitre 75 sur 96 · LIVRE Vif. a · texte numérisé non relu

LIVRE Vif. a

lima : Que je me sépare de vous à regret ! dit-il; mais si le jeune Isaac , ainsi que me l'a conté mon père, monta docilement sur le bûcher, quoique Abraliam n'eut pas d'autre fils, est-il quelque péril où je ne doive m'exposer avec joie pour vous garantir de la famine ? J'embrasserai les genoux de cet homme puissant ; je le prierai de permettre que je revienne pleurer Joseph avec vous; et je me flatte de le trouver favorable.

Oui, mon fils, s'écrie Jacob, ma confiance se ranime : un ange sauva Isaac; j'espère qu'un ange du Seigneur conduira les pas de Benjamin. Il dit ; mais les pleurs de Sélima coulaient encore.

Le jour du départ étant arrivé , Jacob prend Benjamin des bras de Sélima éplorée : il arrose son fils de ses larmes ; il lève les yeux au ciel, et implore le dieu de ses pères. Chacun se tait, on interrompt les sanglots. Puis il remet son fils à Ruben. Benjamin , tout en pleurs , donnant une main à l'aîné de ses frères et l'autre à Nephthali , sort de la cabane. On l'assied sur un jeune chameau : tous les fds de Jacob l'environnent aux veux du vieillard; ils partent.

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Jacob et Sélima le suivent de l'oeil , et K'comiiiandeiit encore à Ruhcn ce cher dépôt. Eu ce moment un triste souvenir leur retrace l'instant funeste où ils virent s'éloigner Joseph ; ils expriment ce sentiment par leurs regards, et leurs larmes coulent avec plus d'abondance.

Cependant Josepli attendait avec une vive impatience le retour de ses frères. Comme un nautonier qui, après les plus terribles tempêtes, iouit d'un calme heureux, respire avec délices l'haleine des vents qui le conduisent vers sa patrie, découvre enfin les tours de sa ville natale, et tressaillant de joie à l'aspect d'une épouse chérie qui vient le recevoir aux bords du rivage, il lui tend les bras; quand tout à coup un affreux murmure , parti des gouffres de l'océan , frappe son oreille; la nuit succède en un moment au jour; les vents, déchirant les airs, renouvellent leurs combats ; le vaisseau est précipité loin du port, et les tours ont disparu avec le rivage et la tendre épouse : ainsi Joseph voit reculer l'instant de son bonheur, et quelquefois pense être arraché pour jamais à sa famille. Dans régarement de son àme,

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il porte ses pas dans les campagnes , et appelle ses frères à haute voix. Inquiet surtout du sort de Siméon , il redoute le désespoir où il lui avait paru livré : on lui a dit qu'il na pas rejoint les fils de Jacob : il se demande ce qu'il leur répondra quand ils viendront dégager leur promesse. Malheureux! s'écrie-t-il, as-tu aussi enlevé un fils à son père?

Une nuit qu'il était plongé dans ses sombres pensées, Itobal, vivement ému, arrive auprès de lui. Ami, lui dit-il, tu m'as caché tes secrets; je ne les ignore plus; tes vertus égalent la grandeur de tes infortunes.... Joseph étonné lui prétait une oreille attentive.

Il y a quelque temps, reprend Itobal, qu'un inconnu, pâle, agité, comme poursuivi d'un Dieu vengeur, et portant sur le front l'empreinte du crime et du remords, entre dans le temple où je préside. Interdit et tremblant , il ne peut dire qui l'a conduit dans cette demeure sacrée : on le mène dans une des enceintes solitaires destinées à ceux qui ont des crimes à expier : après un long terme, je l'interroge, il se nomme; c'est Siméon ton frère....

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O douce nouvelle! interrompt Joseph ; ami, tu ne sais point de quel trouble tu me délivres; viens, guide mes pas, que j'embrasse le malbeureux Siméon....

Arrête , répond Itobal , et respecte des lois qui sont ton ouvrage. Tu n'ignores point que le coupable qui vient se découvrir à nous , et celui qui veut s'initier dans nos mystères, sont condamnés long-temps à la solitude et au silence. Siméon m'a dévoilé tous ses crimes ; j'en ai frémi : il est livré au désespoir; mais il faut que celui qui outragea la vertu et les liens les plus sacrés de la nature soit arraché pour quelque temps à la société des hommes : quand il sera plus digne de toi, je te l'amènerai; ton ami te rendra ton frère. Mais j'exige qu'alors même tu ne te fasses pas d'abord connaître à lui. Tu sais vaince la haine : je te demande une plus grande victoire; sache réprimer ta tendresse, et résous ton cœur fraternel à porter la terreur dans l'âme des tiens ; ce sera leur dernier châtiment. Il faut que Siméon entende plus fortement encore la voix des remords, et que tu en sois témoin : il faut que les fîls de .Tacob fassent un jour par

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leurs vertus la consolation de sa vieillesse.

Joseph consent malgré lui aux desseins d'Itobal , et il lui recommande d'adoucir le sort infortuné de Siméon.

Les heures et les jours se précipitent dans Tabîme des siècles, lorsqu'enfîn l'on annonce à Joseph des étrangers, qui, tout couveits encore de sueur et de poussière, demandent à être admis en sa présence. II ordonne qu'à l'instant ils soient introduits. Ils entrent chargés de leurs dons. A l'aspect de ses frères, Joseph est transpoité de joie : ses yeux attendris s'arrêtent sur Benjamin , qui d'abord le regarde d'un œil timide , cl bientôt avec un doux saisissement.

Ruben, portant de l'or d'une main, et tenant de l'autre son plus jeune frère, s'avance à la tête des fils de Jacob. Ils se prosternent tous aux pieds de Joseph, qui leur dit : Votre père , ce vieillard , et sa fille qui doit le consoler de votre absence, viventils encore?

Ils vivent, répond Ruben; et mon père vous envoie , avec de la résine , du miel , et (le la mvrrhe , légers dons, le double de

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l'or que nous vous avions apporté, et que vous avez ordonné sans doute qu'on remit dans nos sacs. Accordez-nous encore du blé , et rendez-nous Siméon : vous êtes obéi; nous vous amenons le plus jeune fils de Jacob. En même temps ils lui présentaient Benjamin, les dons, et l'or.

Joseph , fixant uniquement la vue sur Benjamin : Jeune homme, dit-il d'une voix attendrie, le Ciel te soit favorable! Et il se retire pour cacher ses pleurs. Benjamin ému se demande pourquoi il éprouve plus de tendresse que de crainte.

Mais Joseph appelle un de ses serviteurs : Va , lui dit-il , cours vers Itobal ; dis-lui qu'il me sacrifie quelques jours , et ne retienne plus l'étranger auquel je m'intéresse; que ses frères sont arrivés, qu'ils l'attendent.,., que je désire autant qu'eux de le revoir.

Après qu'il a donné cet ordre , il reparaît; et bientôt Itobal amène Siméon, qui se précipite dans les bras des fils de Jacob. Joseph , témoin de leurs transports , voudrait les partager ; c'est la première fois qu'il envie quelque avantage à ses frères. Mais les regards d'Itobal, et ses propres

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