‹ JosephChapitre 76 sur 96 · LIVRE VI r · texte numérisé non relu

LIVRE VI r

efforts, l'arrêtent, et ne lui permettent pas encore de se faire connaître.

Cependant on a préparé un festin : on a dressé deux tables, dont l'une est occupée par Joseph et son ami, et l'autre par ses frères, qui se placent suivant leur âge; Benjamin est servi avec plus d'attention et de choix. Ah ! disait-il à ses frères , si nous pouvions dissiper les frayeurs de Jacob et de Séliraa, et les instruire des bontés du gouverneur de l'Egypte!

A ces noms si chers , prononcés par la bouche de Benjamin, Joseph était ému jusqu'au fond de l'àme. Itobal , tandis qu'il modérait les sentimens de son ami,les partageait. Ils prêtaient l'oreille à tous les discours de ces iils de Jacob ; et, promenant sur eux leurs regards attendris , ils les arrêtaient avec complaisance sur le jeune Benjamin, qui seid parmi eux portait sur son front la sérénité, douce compagne de l'innocence.

Dès les premiers rayons de l'aurore, la famille de Jacob , pour ne point prolonger les craintes de leur père, se dispose à partir. Itobal donne des ordres secrets aux serviteurs de Joseph , en exigeant que son

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cœur sensible soutiemie encore un dernier coniliat. Cruel ami, dit Joseph, que du moins ce combat soit court; n'abuse pas du pouvoir que je t'abandonne en ce jour sur mon cœur : pourquoi veux-tu prolonger la punition de mes frères? ne connais -tu pas lenrs remords?

Les enfans de Jacob s'éloignaient de Memphiset s'avançaient dans la campagne : ils s'entretenaient delà réception favorable du gouverneur de l'Egypte, et de la joie que goûterait leur père à l'aspect de Benjamin et de tous ses fils , lorsque Siméon s'arrête.

Non, leur dit-il, l'œil obscurci par le désespoir; non, je l'ai l'ésolu, je ne vous suivrai point au hameau de Jacob. Poussé peut-être par une intelligence céleste, j'ai porté mes pas dans un temple auguste où règne la vertu , où j'ai trouvé , le croiriezvous? des adorateurs de l'Eternel. J'ai voulu me délivrer du fardeau de mes crimes, et je leur ai tout révélé : je les ai vus pâlir d'horreur : ils m'ont conduit dans une demeure séparée , et m'ont condamné à la solitude et au silence : là , n'étant détourné j)ar aucun objet, les remords ont déchiré

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ce cœur coupable. Ces hommes vertueux ont enfin eu pitié de mon sort; tous les jours ils venaient m'entretenir et me consoler: mais, loin qu'ils aient adouci mes remords en me rappelant à la vertu , ils les ont rendus plus terribles, et je sens que j'y serai en proie aussi long-temps que je n'aurai pas réparé mon crime. Apprenez donc nîon dessein : je vais errer dans toutes les contrées jusqu'à ce que je rencontre Joseph. Ah ! s'il était en Egypte ! Mais si je ne l'y trouve pas, j'irai partout où sont des esclaves : il n'est point de forêt, il n'est point de vallée obscure où mes yeux ne le cherchent, où ma voix ne l'appelle : si j'ai le bonheur de l'apercevoir, je volerai à lui, je lui dirai : Ne t'épouvantes pas, je ne viens point t'ôter la vie, laisse-moi prendre ici ta place ; délivre-toi de ma vue odieuse, et cours ranimer les jours languissans de ton père. Allez, dites à Jacob que je ne suis plus ; qu'il est délivré d'un fils indigne de lui... Ne vous opposez point à mon dessein. Quoi! voudriez-vous que toute ma vie s'écoulât dans l'opprobre du crime? Et si Joseph reparaissait aux yeux de Jarob, si vous le serriez dans vos bras,

regretteiiez-vous encore Siméon ? Et , quoique je ne pusse ])oint partager vos caresses, ne me serait-il pas doux, au sein de l'esclavage, de penser que j'ai dissipe les nuages sombres que j'avais amasses sur le hameau paternel ; que le Ciel ne regarde plus d'un œil irrité la demeure d'Abraham; que j'ai comme retiré mon père de la tombe où ma main l'avait précipité; que Sélima ne se consume plus dans les larmes?.... Mais, non; je ne serai point assez heureux pour retrouver Joseph ; sans doute il a succombé à la douleur et à des travaux pénibles : il n'est plus , et les remords doivent me dévorer jusqu'au tombeau. Du moins aurai-je fait tout ce qui est maintenant en mon pouvoir pour réparer mon crime; du moins les gémissemens de Jacob ne troubleront plus mon âme; du moins je n'offrirai plus à sa vue l'exécrable meurtrier de son fils. Je m'arrache à l'autel sacré et aux tombes vénérables que j'ai souillés par ma présence. Funeste plaine de Dothaïm î tu étais trop près de moi; chaque fois que mes yeux se portaient sur les collines qui t'entourent, une sueur froide inondait mon corps , et il me semblait que

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