‹ JosephChapitre 78 sur 96 · LIVRE TII · texte numérisé non relu

LIVRE TII

i«es en fans, à mou père, à toute ma famille, et retenez-moi pour esclave à la place de Benjamin : je ne puis entendre la malédiction de Jacob.... Si vous avez ufi père, si vous connaissez les liens de l'amitié fraternelle... Vous répandez des pleurs, et je vois reparaître sur votre front la douce liumanité.

11 dit ; et le jeune Benjamin prenant la parole : Mon frère, dit-ll à Ruben, je ne souffrirai point que tu me sois sacrifié. Jo ne suis point coupable : mais puisque le Ciel a fait tomber sur moi seul cette infortune, seul je dois la subir. Puis s'adressant à Joseph : Je ne vous demande pas, dit- Il , mon entière liberté; mais merefuseriezvous la grâce que j'implore ? Pour ménager la vieillesse de mon père, daignez consentir à mon départ : hélas ! sa tristesse le conduira bientôt au tombeau : je n'aggraverai pas sa douleur, et ne l'instruirai j)oint de ma destinée; m'oubliant moimême, je pleurerai avec lui ce frère dont la mémoire m'est si précieuse : dès que Jacob ne sera plus, et que j'aurai arrosé sa tombe de mes larmes , j'atteste le maître lu Ciel et de la terre que je reviens ici vous

ajO JOSEPH.

nervir d'esclave. Sans doute il me sera douloureux de me séparer de Sélima et de mes frères; mais je ne vous quittais point sans regret , et votre rigueur même n'a pu étouffer le sentiment qui m'entraînait vers vous. Il disait ces mots en répandant des larmes, et avec une douce ingénuité.

Joseph, pénétré de tant de vertu, se reproche d'affliger l'innocence. Cette pensée déchire son cœur : il ne peut plus résister au mouvement qui le pousse dans les bras de Benjamin; et il s'avançait vers lui, lorsque Siméon se lève et se précipite vers Joseph : son œil égaré ne verse point de pleurs ; tout son maintien annonce le plus profond désespoir, et il semble entraîné par une furie au tribunal de son juge. Le voici, s'écrie-t-il en se frappant le sein; le voici ce cruel , ce cœur atroce , qui a vendu son frère ; pourquoi chercher une autre victime? Je les séduisis, je leur attirai tous ces malheurs : ne punissez donc que moi seul ; délivrez Jacob d'un fils qui est son opprobre. J'ai trahi Joseph : que je sauve Benjamin; qu'ils partent, et que je sois esclave, si je n'en suis pas indigne depuis que Joseph, la vertu même, languit dans les fers.

LI VR B V I I. i:»!

Il dit; et Joseph ne peut plus conî])altre l'amitié fraternelle. Comme un torrent que ne retient plus aucune digue , ses larmes se précipitent de ses yeux; du fond de ses entrailles émues il pousse un cri qui étonne tous ses frères ; il s'élance dans les bras de Siméoii , et s'écrie : Je suis Joseph.

A ce mot ils demeureut tous immobiles, ils lèvent sur lui leurs regards; et l'ayant reconnu , ils veulent faire éclater leur joie , lorsqu'une terreur subite glace ces transports. Le seul Benjamin jette un cri d'allégresse. Siméon frissonne dans les bras de Joseph; il se débat, s'arrache à des caresses dont il se sent indigne, et tombe à ses pieds.

Joseph le relève. Je suis ton frère , dit-il ; Ruben. Nephthali, et vous tous, levezvous , approchez , je suis votre frère. Dieu a permis ces infortunes afin que je pusse veiller sur l'Egypte et sur le hameau paternel. Je suis trop heureux, je goijte la

douceur de conserver vos jours Siméon,

pourquoi te refuser aux témciignages de ma tendresse? le seul soupçon de tes remords me faisait tout oublier; ne crains pas d'embrasser ton frère.

Alors Sirnéon , dont l'aeil n'avait fait éclafer que le sorr.bro feu du désespoir, versr un ruisseiiii de larmes ; il n'ose encore lever les yeux sur Joseph , mais il le serre contre son sein palpitant.

Tous les lils de Jacob s'avancent et environnent les deux frères. Benjamin prend une main de Joseph, il l'arrose de ses pleurs. Joseph quitte alors Siméon, et se livre à l'impatient Benjamin : long-temps entrelacés dans les bras l'un de l'autre, nul remords ne troublait leurs tendres caresses. Enfin Joseph embrasse tous ses frères; il pleure sur chacun d'eux : on entendait à la fois les cris de la joie et les sanglots de la douleur, mêlés au doux nom de frère que tous ne cessaient de répéter avec transpojt.

Ces accej.s pénètrent hors de ces murs. Putiphar et tous les amis de Joseph accourent à cette scène attendrissante : Benjamin surtout captive leurs regards. Les fils de Jaccob, dans l'impétuosité de leurs sentimens, ne s'aperçoivent point qu'ils sont entourés de sj)ectateurs. De temps en temps la voix du remords sort du sein des plus douces effusions de l'amitié , et trouble les embrassemens : Siméon se frappe la

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poitrine; chacun se reproche la part qu'il eut à leur crime commun. Mais Joseph les regarde d'un œil attendri. Ils entendent ce langage, suspendent les reproches, et dévorent leurs pleurs.

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