LIVRE r, ai
voix à celangage? Hélasl ces objets, qu'autrefois je trouvais si enchanteurs, ne portent plus la satisfaction dansmon âme; mais malheur à moi si je n'y voyais pas gravée la plus grande et la plus consolante vérité ! En même temps il lui montre la magnifique scène qui se présentait à leurs regards.
Le globe étin celant du soleil s'élevait avec majesté sur l'horizon, tandis que les astres innombrables qui avaient régné avec tant d'éclat pendant la nuit pâlissaient par degrés, et, près de s'éteindre, semblaient se retirer et se perdre dans l'espace immense des cieux. La nature entière paraissait sortir d'un sommeil profond ; à la fraîcheur de la verdure on eût dit qu'elle venait d'éclore : l'homme partageait avec le ciel l'encens invisible qu'exhalait la terre ranimée. Les rapides rayons de l'astre du jour couronnaient la cime des montagnes , se répandaient sur la rosée étincelante des prairies, et, pénétrant dans la ténébreuse horreur des forêts, dernière retraite de la nuit, y réveillaient des chants harmonieux. Les mugissemens des troupeaux, dont retentissaient les vallons, s'unissaient à la mélodie Àes bois, plus douce et plus touchante.
aa JOSEPH.
Les deux jeunes esclaves, gardant le silence, prêtaient l'oreille, promenaient leurs regards sur ces objets ravissans. Joseph en détournait quelquefois les yeux, et, les portant sur son ami , jouissait des sentimens dans lesquels il paraissait absorbé.
Tandis qu'Itobal contemplait la marche pompeuse du soleil, l'idée d'un Dieu, comme le soleil de l'univers , sort à ses yeux d'une nuit profonde. Oui, s'écria-t-il avec transport, et tenant toujours l'œil attaché sur le spectacle de la nature, une lumière nouvelle achève de m'éclairer; une voix plus forte parle distinctement à mon cœur. Il est un être qui forma ce soleil, ces astres , qui régla leur cours , qui répandit sur la terre toutes ces richesses , qui m'y plaça moimême..,. Dieu qu'invoque mon ami, toute la nature semble en ce moment te célébrer; et moi, je tarde encore à te rendre mon premier hommage ! En même temps il se prosterne.
Joseph se précipite dans ses bras. Cher ami, s'écrie-t-il, voici depuis ma captivité mes premières larmes de joie. Esclave de tes semblables, tu l'étais encore des animaux que tu adorais ; maintenant , libre du