‹ JosephChapitre 81 sur 96 · LIVRE T iir. afir · texte numérisé non relu

LIVRE T iir. afir

l'aspfct de la cabane de Jacob; que serace quand nous l'apercevrons lui-même ?

Que lui dirons-nous? que lui répondronsnous lorsqu'il nous demandera Joseph ? Ces questions augmentent leur trouble et leur effroi.

Mais Siméon voulant dissiper sa propre terreur et celle de ses frères : Nous avons, leur dit-il, gardé la robe de Joseph; présentons-la tout ensanglantée à mon père, afin de lui persuader qu'une bête féroce a dévoré son fils. Ils acquiescent à ce dessein , et leur agitation semble calmée; le seul Nephthali continuait à regarder d'un œil mouillé de pleurs la cabane de Jacob.

Aussitôt Siméon prend ta robe, l'étend à terre, arrache un jeune chevreau à la mère qui l'allaitait. Eu vain elle accourt alarmée : il frappe le chevreau , et le sang ruisselle sur ta robe. Ainsi cet innocent animal, au lieu d'être immolé sur l'autel du Dieu de l'univers pour célébrer la naissance d'un fils, ou quelque autre événement fortuné, tel que ton retour, fut victime d'une main criminelle , et périt à l'occasion de la perte d'un fière.

Ta robe étant ensanglantée, ils délibc-

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rent sur le choix de celui qui la présentera à Jacob. Siméon veut que le sort en décide; mais Ruben s'y oppose. Que celui , dit-il , qui commença cette trame achève son ouvrage. Nephthali frissonne d'horreur à la seule idée d'un tel ministère. Eh bien! dit Siméon d'une voix désespérée, c'est moi qui porterai cette robe à Jacob. En même temps il la montre à ses frères dans ses mains toutes dégouttantes de sang , et s'éloigne d'un pas rapide. Cette dépouille sanglante, cette démarche précipitée , cet air égaré , et cette livide pâleur qu'à l'instant du crime le remords imprime sur le front à l'insu du coupable, l'eussent fait prendre pour un meurtrier, et peut-être Jacob l'eût accusé d'avoir répandu le sang de Joseph : mais tout à coup Siméon s'arrête ; on voit qu'il éprouve deviolens combats; plusieurs fois il frappe du pied la terre. Enfin il revient sur ses pas plus pâle et plus sombre qu'auparavant , passe devant ses frères sans tourner sur eux ses regards, et s'adressant au gardien de son troupeau : Va, dit-il, porte cette robe à Jacob. Le berger la reçoit , et s'avance vers le hameau.

Cependant Jacob ne pouvant plus sup-

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porter l'agitation de son âme ; J'irai , dit-il , cheacher Josepli et tous mes enfans. Sans doute il leur est arrivé quelque infortune accablante ; ou si la tendresse qu'ils me portaient s'est affaiblie, peut-être la présence de leur père la réveillera dans leurs cœurs.

En disant ces mots il sort de la cabane, à l'entrée de laquelle l'attendait un chameau. Sélima éplorée suivait ses pas , lorsque dans l'éloignement ils aperçoivent un jeune berger. D'abord un rayon de joie dissipe leur terreur, et ils se flattent que c'est toi. Mais soudain Sélima jette un cri , et tombe presque sans vie aux pieds du vieillard, qui, saisi d'étonnement et d'effroi, veut la secourir, lorsque , voyant lui-même ta robe ensanglantée , il abandonne Sélima, se précipite vers le berger, et de ses bras tremblans saisit cette triste dépouille. Le berger attendri ne peut lui adresser la parole. Grand Dieu! s'écrie mon père, mon fils n'est plus.... mes présages sont accomplis.... une bête féroce....

En même temps une pâleur mortelle couvre son front; il chancelle : le berger le soutient. Ees femmes et les enfans de mes

frères accourent , et, attachant l'œil sur ta robe et sur le vieillard , jettent des cris douleureux. Pour moi, égaré, je courais de Jacob à Sélima, et de Sclima à Jacob....

Ici Benjamin est interrompu par ses sanglots et par ceux de Joseph : les deux frères s'embrassent; et, après avoir longtemps mêlé leurs pleurs , Benjamin reprend ainsi la parole.

Comme les fils de Jacob touchaient à l'entrée du hameau, leurs cœurs palpitent. Ils s'avancent lentement, et passent devant leurs cabanes : partout régnaient la solitude et une tranquillité funeste : il semble à leurs âmes coupables que leur crime soit dévoilé , et que leurs épouses et leurs enfans fuient loin d'eux avec horreur. Siméon , qui suivait ses frères malgré lui , marchait derrière eux et à quelque distance.

Bientôt ils voient leurs femmes et leurs enfans rassemblés devant la cabane de Jacob. Ils y portent leurs pas. Ruben et Nephthali se font jour à travers cette foule, s'avancent vers le vieillard : mes autres frères , plus coupables, se confondent dans cette famille désolée; ils tremblent devant leur père , et n'osent attacher sur lui leurs

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