‹ JosephChapitre 85 sur 96 · LI V K E VIII · texte numérisé non relu

LI V K E VIII

primé sur mon front des signes qui manifestent mon crime? Il me semble que mon père, que Sélimd, que tous frissonnent d'horreur à mon aspect, que les troupeaux refusent de paître l'herbe sur laquelle j'ai marché, qu'ils ne s'abreuvent point dans les fontaines où j'ai étanché ma soif brûlante , et que partout où je cherche le repos j'entends murmurer la nature. Telles étaient les paroles de cet infortuné.

Jacob pensait que Siméon n'évitait sa présence qu'afîn de ne pas aggraver la douleur d'un père, en offrant à sa vue l'ennemi du fils qu'il pleurait. Sélima connaissait mieux la haine que t'avait portée ce frère injuste; mais les cœurs vertueux nourrissent rarement le soupçon de si noirs attentats : cependant chaque fois qu'elle l'apercevait, un frémissement involontaire parcourait ses membres.

Écoute maintenant quelle fut l'industrie de l'amour. Tu avais terminé ta cabane par un berceau épais au fond duquel était un ormeau qui devait couvrir ton lit nuptial. Un jour que, l'oeil chargé de pleurs, Sélima considérait cet ormeau : Si je pouvais, ditelle, imprimer sur ce tronc quelques-uns

a^fi JOSEPH.

tie ses traits ! A peine a-t-elle formé cette pensée, que sa main traça tes traits; mais concevant un plus grand dessein, elle abat la plupart des branches de l'ormeau et n'en laisse guère subsister que le tronc. Nul ne la troublait dans cet asile, et nous ignorions son projet quand un soir elle conduisit Jacob et moi sous le berceau. Quel fut notre saisissement! à la place de cet ormeau nous croyons t'apercevoir toimême. Des cris échappent de nos lèvres; ce tronc informe s'est animé sous la main de Sélima : ce sont tes traits, ta stature; tu étais dans l'attitude où nous t'avions vu au moment fatal où tu disparus à nos regards; tu nous tendais les bras.... Jacob, frappé de surprise et de joie, crut ensuite que c'était ton ombre qui venait nous consoler. Je me précipite vers cette chère image, tous trois nous l'embrassons et l'arrosons de nos larmes. Que de pleurs m'a coûtés cette douce occupation! nous dit Sélima; plus je réussissais, plus ces traits ressemblaient à ceux qui sont gravés dans mon cœur, plus j'étais attendrie. Quelquefois, au milieu de ce travail, une illusion soudaine me persuadait que je voyai»

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