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devant moi mon époux. O Joseph! m'écriais-je, en quel lieu as- tu porté tes pas? comment as -tu pu m'abandonner?
Alors le fer tombait de ma main, et je ne sortais de l'illusion qu'en embrassant ce bois insensible. Ainsi nous parloit Sélima.
C'est dans cet asile sacré que, l'œil attaché sur ton image, nous nous entretenions de toi : par un sentier secret mon père se rendait de sa cabane à ce berceau consacré aux larmes. Il nous semblait quelquefois que ton ombre errait autour de nous, et que ton image s'attendrissait aux accens de notre douleur.
Cependant je croissais; et plus j'avançais en âge, plus mes traits étaient semblables aux tiens. A mesure que le temps ajoutait à cette ressemblance, Jacob et Sélima me regardant d'un œil ému : C'est sa voix , disaient-ils entre eux; c'est son front, sa bouche, sa chevelure. Je me félicitais de cette conformité, et aux bords des fontaines j'aimais à considérer en moi ton image. Souvent mon père, attendri, m'appelait du nom de Joseph : comme on ente de beaux fruit!» sur un arbre étranger, il
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*€ plaisait à transplanter tes vertus dans mon âme.
J'avais peu de liaison avec mes frères : Siméon surtout, frappé sans doute de ma ressemblance avec toi , fuyait à mon aspect. Le seul Nephtliali nie recherchait; tu étais l'objet de tous nos entretiens. Un jour il me dit qu'il voulait verser un grand secret dans mon cœur; et, me conduisant à l'écart, il me raconta l'histoire de tes infortunes. Quelle fut ma joie en apprenast que tu vivais! mais que de douleurs troublaient cette joie ! tu n'en étais pas pas moins mort pour nous. Juge de mes combats; il me fallut renfermer ce secret dans mon sein. En instruire Jacob et Sélima, c'était renouveler et peut-être redoubler leur désespoir; et, quelque horreur que j'eusse de Siméon, il était assez puni par ses remords, sans que je lui attirasse la malédiction paternelle.
O Joseph! ô mon frère! que n'étais-je •moins jeune lorsque tu courus affronter le ressentiment des fils de Jacob! j'eusse accompagné tes pas; et quand j'aurais dû partager tes malheurs, je me serais opposé seul à leur troupe inhumaine. Combien de
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fois, cherchant la solitude, me suis-je occupé de toi! mon cœur t'appelait, je te tendais les bras, mes yeux erraient dans les plages lointaines. Où respire-t-il? m'écriais-je ; est-il consumé des feux du midi? ou périt-il au milieu des glaces d'un hiver éternel? Je me tournais de toutes parts; je te demandais au ciel et à la terre. Souvent j'étais prêt à m'arracher des bras de Jacob pour te chercher dans les contrées les plus barbares ; et si le Ciel ne t'avait rendu à mes vœux, je n'eusse pu longtemps combattre cet ardent désir.
Il dit; et Joseph, comme accablé de tous les sentimens qu'il éprouve, se précipite dans les bras de Benjamin. La douleur, la joie, l'amour, la tendresse filiale, l'amitié fraternelle, et une compassion généreuse, régnent à la fois dans son âme; il s'y livre long-temps encore entre les bras de ce frère chéri. Enfin ils se retirent, et les vapeurs du sommeil calment ces mouvemens tumultueux.