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li»s années ; tu me rends mon fils, mon fils (jue j'ai pleuré si long-temps ; tu l'as arraché aux l)èles féroces; ta main l'a tiré du tombeau. Ptîaintenant je ne te demande plus qu'une faveur; puissé-je, avant de mourir, voir ce cher fils, et le serrer dans mes hras ! Reçois cependant ces témoignages de ma reconnaissance, de notre reconnaissance commune, et la dernière victime que je t'offrirai dans ce lieu.... Fleurs, envovez vers le ciel votre plus doux encens; oiseaux, joignez vos chants à ma voix:
cèdres, palmiers, exprimez ma joie par d'heureux frémissemens : que toute la nature me seconde; et vous, mes enfans, vous ne serez pas insensibles, et vous vous r.nirez à mes transpoits.
Eu même t^mps il frappe le chevreau ; le sang coule sur l'autel, et des larmes de joie tombent des yeux du vieillard, et se mêlent au sang de la victime.
Alors Sémila , ne pouvant plus renfermer ses sentimens dans son cœur, se prosterne devant l'autel, l'embrasse, et lève ses regards vers le ciel ; sa bouche est muette; mais la reconnaissance ne s'exprima jamais avec tant d'énergie : ses pleurs inondent
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son sein ; et à la fumée du sacrifice, qui monte jusques aux nues, se joint le pur encens de ses soupirs.
Cependant les fleurs exhalent leurs parfums, les oiseaux entonnent des hymnes attendrissans, les cèdres et les palmiers agitent leurs rameaux, la nature entière paraît sensible aux transports d'un père, et sa famille nombreuse fait entendre un agréable murmure.
Mais le cœur de Siméon était troublé. O ciel ! dit-il en secret, suis-je digne d'approcher de cet autel , et de mêler mes prières à celles du vertueux vieillard ? Je te bénis cependant d'avoir réparé mon crime, et fait descendre la joie dans le sein de ceux que j'avais remplis d'amertume. Mais puis-je espérer que tu me pardonnes, et que je sois jamais délivré de mes remords ? Tels étaient ses vœux ; et en implorant le ciel il n'osait y élever ses regards.
Le sacrifice étant achevé, Jacob, avec tous les siens , rentre dans sa cabane. Alors ses fils, aidés de leurs enfans, vont se charger des présens de Joseph , et les apportent à leur père et à Sélima, qui. embrassant ces dons : O jour heureux !
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*'écrient-ils, jour bien différent de celui où l'on nous apporta sa dépouille sanglante! Puis Jacob fait un grand festin à sa famille : depuis l'absence de son fîls , c'est la première fois qu'il la rassemble.
Pendant le festin , on ne s'entretenait que de Josepb ; le vieillard accumule les questions sur un sujet si intéressant : mais il veut savoir par quelles circonstances son fds fut conduit en Egypte. Ils gardent tous le silence, et Siméon peut à peine cacher son trouble. Ruben, prenant enfin la parole : Joseph, dit-il.... sans doute pour ne pas renouveler notre douleur.... nous a peu parlé de ces temps malheureux.... Des brigands cruels.... après l'avoir frappé de j)lusieurs coups.... l'ont vendu à des 31adianites.... qui l'ont conduit en esclavage, Siméon pâlit à ces mots, et Jacob et Sélima soupirent.
Le soir, Sélima, rentrée dans sa demeure , s'arrête devant l'urne qui contenait la robe de son amant ; elle l'ouvre, et aujourd'hui elle l'arrose de larmes de joie. Ensuite elle se hâte d'ôter les cyprès dont la cabane était tapissée; et le sommeil, lui amenant les images les plus riantes, sus-
pend les transports tumultueux où son cœur s'est abandonné.
li'anroreéclaiijut à peine les ct^teaux, el déjà le vieillard est éveillé par son allégresse : il se lève; et voulant se livrer seul à des sentimens si nouveaux pcmr lui, il porte ses pas dans uii bocage qui n'était ])as éloigné de sa cabane. Occupe de Joseph et de l'espérance de le revoir, il arrive dans un lieu du bocage rpii était sacré; L'on n'y vovait qu'une grande piene : mais alors toutes les productions de la nature pouvaientdevenirdes monumens religieux.
A l'aspect de cette pierre, Jacob se retrace un souvenir qu'avaient écai té de sa mémoire sa joie et le désir deinbiasser Joseph ; il se rappelle qu'en ce Heu un ange du Seigneur lui apparut, et lui adressa ces paroles : Cette terre que Dieu a donnée à Abraham, Dieu te la donne à toi et à ta lace. L'ange disparut, et Jacob fît sur cette pierre dés libations d'huile et de vin. Il se souvient de cet événement, et il lui semble que la voix immortelle, retentissant encore à son oreille , lui ordonne d'habiter celte contrée.
En méiiîe temps il croit entendre Abra»
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liam qui lui dit : Quoi ! tu veux abandonner ce lirinieau où l'Eternel a fixé mes pas, cet autel que je lui consacrai, cette cabane érigce i)ar mes mai:»s, ma cendre, celle de ton j)ère , celle de ton épouse ! Tes os no reposeront point auprès des leurs ! Que deviendront ces nombreux monumens qui attestent les faveurs du Ciel et noire reconnaissance? Tout sera donc effacé, et tes enfans iront se confondre avec un peuple idolâtre ! Le no\n de Dieu sera éteint sur la teri-e, et mon ombre errante cherchera vainement ma race et des adorateurs de l'Éternel !
Jacob frémit à ce tableau. Avec quelque ardeur qu'il désire d'embrasser Joseph et de terminer aujirès de lui sa carrière, la religion a plus d'empire encore sur son âme que l'amour paternel. Cependant il soupire , il gémit; et , penché sur la pierre, il l'arrose de ses larmes, en s'écriant : Joseph ! Joseph! t'aurai -je retrouvé sans goûter la consolation de te serrer contre mon cœur! ta main ne me fermera-t-elle point la paupière ?
Tandis qu'il éprouve ces combats, s'avance nn ange sous une forme éclatante ;
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le monument religieux en est éclairé ; son front était ceint d'une couronne qui semblait composée des rayons du soleil , et son vêtement paraissait teint de la pourpre de l'aurore naissante ; l'or et le saphir brillaient sur ses ailes ; une joie tranquille , image du printemps éternel qui règne dans les cieux, relevait la beauté de ses traits et la majesté de sa personne. Le vieillard , levant les yeux, reconnaît l'ange qui , dans le même lieu, lui apparut de la part du Seigneur: il se courbe devant lui, et cependant il craint d'entendre renouveler l'ordre qui l'agite.
Bannis le trouble de ton âme , lui dit l'ange (et les échos d'alentour répétaient comme à l'envi les sous harmonieux de cette voix); je ne viens point condamner tes désirs; reçois le prix que sur la terre Dieu accorde à tes vertus, livre ton cœur à l'amour paternel; va embrasser ton fils. Tout l'univers est le temple du Très-Haut : tu peux en tous lieux lui élever des autels, et l'aspect de ton fils sera pour toi et ta famille le plus doux monument de ses bienfaits. Va, porte au siège de l'idolâtrie le culte pur et sublime d'un Etre suprême ,