‹ JosephChapitre 92 sur 96 · LIVRE IX. 3or · texte numérisé non relu

LIVRE IX. 3or

fils d'Abraham entonnaient sur le rivage un cantique sacré. Jacob, levant les yeux et les mains vers le ciel, unit sa voix à ce cantique.

La scène change, il voit une montagne qui touche les nues ; de sa cime embrasée roulent les éclairs et les tonnerres; il entend sonner la trompette sacrée des cieux , <t tout annonce que la Divinité est présente. Les descendans de Jacob environnaient la montagne. Il demande quel est ce grand spectacle. C'est l'Eternel qui parle, répond l'nnge; il publie les lois qu'il grava dans les cœurs des mortels, cœurs aussi mobiles que Tonde : puissent-ils désormais ne point oublier sa voix !

Enfin Jacob voit sa race rentrée dans l'habitation de ses pères , l'autel élevé par la main d'Abraham est un temple superbe: les peuples se rendent en foule à cette montagne sacrée, et il reconnaît la place où sont les tombeaux de ses aïeux. Lorsqu'il détourne l'œil de cet aspect, il n'aperçoit plus l'ange; mais, rempli de la joie la plus vive , il descend de la colline, et va donner à ses liis l'ordre du dé|)art.

AtiRsifùf le tiiimilte règne dans toute» le»

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rabanes : on charge les chariots; on prépare le char. Ainsi dans une ruche bourdonne le jeune essaim d'abeilles qui, déployant leurs ailes, quittent le lieu de leur naissance pour fonder une nouvelle colonie.

Tout le jour se passe dans ces travaux : et déjà la nuit répandait ses premières ombres sur la terre , lorsque Jacob, rassemblant sa famille, lui ordonne de le suivre.

Au bout du liameau était un bois agréable que respectaient les vents , où l'écho ne faisait pas entendre sa voix , où tout invitait au renos : un gazon toujours frais y couvrait la terre, et des fleurs innombrables y exhalaient un parfum éternel. Abraham venait souvent se reposer dans ce bois ; et , regardant la mort comme un sommeil tranquille que termine l'aspect d'un beau matin, il choisit ce lieu riant pour sa sépulture. On y voyait sa tombe antique et celle d'Isaac : l'orgueil n'y avait point érigé de colonnes ; mais lorsqu'on entrait sous cet ombrage on était saisi de respecl, on croyait voir la Vertu elle-même assise sur ces tombeaux, et l'on vénérait jusqu'aux arhres dans lesquels circulait quelque partie de ces cendres sacrées.

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Suivi de toute sa famille, et tenant en ses mains des fleurs que l'on avait cueillies sur l'autel, Jacob arrive dans ce lieu, qui, tous les jours arrosé par ses ordres, n'avait point souffert du funeste fléau : la lune répandait sa douce lumière à travers le feuilliige paisible. Le vieillard s'arrête devant la tombe d'Abraliam : tous gardent uu profond silence.

Ombre vénérable, dit -il, reçois mou dernier bommage; les fleurs renaîtront, et ma main ne les sèmera plus sur ce tombeau. Si je l'abandonne, c'est pour embrasser mon lîls, le seul bien qui me reste à goûter sur la terre, mon fils en qui respirent tes vertus: mais, quand le sommeil de la mort aura fermé mes yeux, je te rejoindrai, et ma cendre reposera auprès de ta cendre.

Il dit. Après que ses mains tremblantes ont jeté des fleurs sur le monument , il l'embrasse. Toute sa famille , jusqu'aux plus jeunes enfans, fait les mêmes adieux aux restes d'Abraliam. ]Mais, lorsque Siméou approche à son tour de ce tombeau , où depuis son crime 11 n'a point porté ses pas , 5.embla})le au captif que l'on entraînait au

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mausoioc de sou vainqueur [lour y ùtic immolé, il pâlit, il tremble. 11 n'ose serrer entre ;es bras cette cendre auguste : il y est cojitraiiit cependant par la présence de .son père et de sa t'amiile, il se penclie sur lu tombe : mais tout à coup il lui semble qu'elle s'ébranle et le repousse ; ses cheveux se hérissent, et il se lelève saisi d'horreur. Jacob avec tous les siens se rend ensuite devant le tombeau d'Isaac, sur lequel il répand aussi des fleurs , nou sans être attendri. Enfin il arrive devant celui de Rachel. Il garde un moment le sih^nce, un sentiment plus vif pénètre son âme. Chère épouse, dit-il, je vais revoir ton iîls , ta vive image. Oh! si tes cendres, devenant moins insensibles, pouvaient participer à ma joie ! En disant ces mots , il se courbe sur le monument ; et , tandis que ses mains répandent les fleurs , il l'arrose de ses larmes , puis il le serre long-temps contre son sein : toute sa famille en est émue, et des pleurs coulent des yeux de Benjamin et de Sélima. Lorsqu'il a satisfait à ces doux senîimens de la nature, il attache encore une fois ses regards sur ces tombeaux et sur cette retraite paisible après laquelle il au-

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lait aspiré sans le désir de revoir sou cher fils, et il rentre dans sa cabane.

La nuit n'avait pas achevé son cours, et Sélima, ne pouvant attendre l'heure du départ, quitte sa couciie : le silence régnait encore dans le hameau.Pour ne pas troubler le sommeil du vieillard, elle s'approche doucement de son habitation , lorsqu'elle l'en voit sortir. Elle vole dans ses bras; et bientôt arrivent les fils de Jacob , leurs femmes, leurs enfans , avec le char et les nombreux chariots.

Alors Sélima rentre un moment dans sa demeure. Adieu, dit-elle, berceau consacré à la douleur; adieu , cabane qui n'as été qu'un séjour de deuil et de larmes : je n'ai point joui de ton éclat , et ce n'est pas pour moi que tu ranimeras ton feuillage; témoin de mes regrets , tu ne le seras point de notre bonheur. Reçois les derniers pleurs que m'arrache encore le souvenir de ma tristesse. Elle dit , et quelques larmes mouillent sa paupière. Mais aussitôt que, sortant de la cabane, elle aperçoit Jacob et Benjamin assis sur le char, ses larmes tarissent; l'allégresse anime tous ses traits; elle s'élance d'uii Aol agile à tôle du vieillard.

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Alors la famille de Jacob monte sur les chariots. Le char s'éloigne ; les chariots le suivent, et d'innombrables troupeaux forment le cortège.

Jacob regarde pour la dernière fois sa cabane; et, quoiqu'il aille voir son fils, il ne peut quitter sans attendrissement l'habitation de ses pères. Chacun tourne des regards émus vers sa demeure; les hommes gémissent, les femmes versent des larmes , tandis que les enfans, cliarmés de se rendre dans une contrée étrangère, poussent des cris de joie. Ces sons confus , joints aux voix des taureaux mugissans et des brebis bêlantes , retentissent dans les cabanes délaissées , et jusque dans le sein des tombeaux que l'on abandonne.

Cependant Joseph attendait avec la plus vive impatience l'arrivée de sa famille. Semblable à celui qui, pendant une nuit longue et ténébreuse , a roulé au milieu des sables mouvans d'Afrique , et dont l'oreille n'a été frappée que du fracas du tonnerre mêlé aux rugissemens des lions; s'il aperçoit enfin les rayons de l'aurore, s'il entend des voix humaines , et marche enfin sur une terre solide, il craint encore qu'elle ne se

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dérobe sous ses pieds , qu'il ne soit replonge dans la nuit , et que les hétes féroces ne viennent saisir leur proie : de même Joseph, qui trop souvent s'est vu précipité du faite du bonheur dans l'abîme de l'infortune , n'est pas exempt de craintes. Combien de fois ne fut-il point arraché aux siens à l'instant même qu'il croyait les tenir entre ses bras ! Ose-t-il se fier aujourd'hui aux apparences les plus flatteuses , et peut- il se promettre que rien ne troublera sa félicite , et qu'enfin il se verra environné de tous ceux qu'il aime ?

Un matin cependant il s'éveille avec une allégresse que depuis long-temps son cœur n'a point ressentie; et l'ange qui, volant entre le ciel et la terre , publie les rares vertus et leurs récompenses, fait entendre ces mots à Joseph : Jacob s'avance.

Soudain se couvrir de ses vêtemens , faire atteler son char, s'y élancer, prendre un rapide essor dans la campagne, est pour lui l'ouvrage d'un moment. Tandis que le char roule, il porte au loin ses avides regards. Enfin les voix de nombreux troupeaux parviennent à son oreille; et au bout de l'horizon il aperçoit un nuage épais de

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])OUSSJ('re. Comme si quelque divinité, an sein d'une nuée, descendait des cieux au secours des mortels , ainsi s'avançaient Jacob et sa famille. Alors volent les coursiers de Joseph : ses yeux voudraient pénétrer à travers le nuage qui lui dérobe Jes objets les plus chers; son cœur palpite, et le plus léger obstacle irrite son impatience. Mais, lorsque ayant franchi l'espace qui le séparait des siens, il entre dans le nuage, et distingue , quoique encore faiblement , son père et son amante, il se précipite de son char, et court à Sélitna qui volait à sa rencontre. Il s'arrête dans ses bras.

Mais la tendresse filiale les arrache l'un à l'autre; et secondant Jacob, qui se plaignait de la Iciiteur de la vieillesse, ils l'aident à descendre du char. Alors tous trois étroitement entrelacés, comme si la même àme les animait, ils mêlent long-temps leiu's soupirs, leurs larmes, et leurs paroles entrecoupées. Jacob , tenant toujours ce cher fils entre ses bras, lève au ciel des yeux où éclate la plus vive reconnaissance. Grand Dieu! s'écrie-t-il je mourrai satisfait.

A ces mots, Joseph serre plus fortement

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le vieillard coiitie son sein : ayant résisté à tant d'infortunes, il est ])rès de succomber à l'excès de sa joie ; il prononce avec ravissement les doux noms de père et d'épouse; et les sentimens de l'amour et de la tendresse filiale, sans (ître affaiblis, sont confondus dans son âme.

Sélima, muette, tremblante, chancelait dans les bras de Joseph : on voyait palpiter sonçœnr; ses lèvres poussaient dos soupirs ; tantôt ses larmes coulaient en torrens, tantôt elles s'arrêtaient soudain, et toute si» sensibilité était concentrée eu ellemême. Ils se tenaient entrelacés comme si chacun craignait qu'un objet si chéri ne lui échappât encore.

Cependant ils étaient environnés de leuinombreuse famille, qui considérait d'un œil ému ce touchant spectacle. Enfin ils s'arrachent à ces doux liens, et se regardent avec les expressions de la plus vive tendresse : bientôt ils renouvellent les embrassemens. Lorsqu'il a satisfait à ces premiers transports, Joseph porte ses pas au milieu de sa famille; ])artc)ul i! voit ou ses frères , ou leurs éj^ouses, (»u leurs rejetons : il se prête à leur inipatiencc ; sa sensibilité seule peut

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suffire à cette longue effusion d'amitié; on entendait un muiinure agréable, entremêlé de cris de joie. Jacob et Sélima à leur tour sont témoins de cette satisfaction commune , qui se retrace sur leurs fronts comme les rayons du soleil resplendissent dans l'onde.

Mais Josepli , rejoignant son père et son amaatc, les place sur son char; il s'y assied avec eux ; tous remontent sur leurs chariots, et Ton prend la route de Memphis. A leur arrivée, les peuples, des extrémités de l'Egypte, viennent se prosterner devant le vénérable vieillard, père du libérateur de l'empire. Le roi lui-même veut lui rendre quelque hommage , et Jacob est conduit par son fils au pied du trône. Couronné de ses cheveux blancs et de ses vertus , sa vue frappe le monarque , et il reçoit de lui un tribut de respect. Jacob bénit le roi, qui lui demande son âge. Il y a cent trente ans , répond-il, que je suis voyageur: le temps de ma vie a été court et fâcheux , et n'a point égalé celui de la vie de mes pères.

Cependant l'Egypte touche à la fin de ses calamités, et la nature va se parer de

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