‹ JosephChapitre 93 sur 96 · LIVRE IX. 3ll · texte numérisé non relu

LIVRE IX. 3ll

tous ses ornemens, comme pour embellir la fête du plus Ifeureux hyménée. Le ciel s'ouvre et envoie ses bénédictions à la terre. Un ange , ministre tle ses bienfaits, en descend : il commande aux nuées et à la tempête; les vents de Lybie sont enchaînés; et du midi s'avance majestueusement une longue chaîne de nuages qui apportent l'abondance. Ace fortuné signal, le génie de l'Egvpte revole aux sources du Nil.

Alors des torrens, semblables à plusieurs fleuves réunis, tombent des cieux : déjà coulent au sein des rochers les sources bienfaisantes; grossies à chaque instant, elles reprennent leur route accoutumée.

Bientôt les nations voisines des cataractes sentent trembler la terre , et entendent un tumulte terrible, comme si quelque astre fondait sur ce globe ébranlé. D'abord elles sontsaisies d'épouvante; mais, lorsqu'elles voient le Nil se précipiter à gros bouillons dans son lit aride, la terreur se convertit en joie: à mesure qu'il s'avance, les peuples le reçoivent comme un dieu , avec des cris d'allégresse. IMaintenarit il s'enfle, surmonte ses bords, et impatient d'arroser les terres qu'il a si long-tems abandonnées , il répand

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< I e tous cô tes ses eau X i mpélueuses.' L' Kgy pte «Mitière est une vaste mer sur laquelle on aperçoit, comme autant d'îles, des cités et <les hameaux.

Dès que le fleuve est rentré dans son lit , les fleurs et les plantes croissent à l'envi ; l'Egypte renaît , et l'on dirait qu'elle s'élève des eaux , parée de tous ses charmes , ainsi que l'on peint la reine de la beauté, sortant, ornée de tous ses appas, du sein des flots qui lui donnèrent naissance. Les peuples considèrent ce spectacle avec trans- ])ort : déjà les oiseaux revolent dans les bocages ranimés; déjà l'on conduit les troupeaux dans les campagnes; tous célèbrent ce renouvellement de la nature, et l'homme unit ses chants à leurs voix.

Alors Joseph, à qui les habitans de l'Egypte ont confié leurs terres et tous leurs biens, les remet à leurs possesseurs; lui qui fut esclave , et qui connaît les droits de l'humanité, il ne veut point assujettir une nation entière ; il sait que la sûreté des chefs et le bonheur des peuples consistent dans un heureux accord du pouvoir et de la liberté; il leur rend leurs troupeaux et toutes leurs richesses, dont il no

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?'ejt iff^ardé que comme le (h'positaire. Puis, du consentement de Pntiphor, ii affranchit ses compagnons d'esclavage :

mais, depnis qu'il a su adoucir leur sort, ils préfèrent celui du villageois à une condition plus relevée; ils chérissentPnti])har; ils aiment leurs troupeaux, et déjà leurs veux sont tournés vers les campagnes florissantes.

Mais, non content des premiers témoignages de sa joie , le peuple d'Egypte , après avoir long-temps en vain imploré le Nil , célèbre la fête solennelle qui tous les ans lui était consacrée, et qui, depuis que ce fleuve a disparu, semblait enfin avoir été mise en oubli. Les prêtres, suivis de tout le peuple, portent en pompe et avec un un res,pect religieux les statues d'Osiris et d'Isis, pour représenter l'hyménée du Nil avec l'Egjpte dont elles sont les images; plusieurs d'entre eux sont chargés d'urnes sacrées qu'ils ont remplies des eaux de ce fleuve , et qu ils vont placer sur les autels. Les prêtres, le peuple , se prosternent devant ces statues et ces urnes : au sombre deuil succèdent des festins, et des jeux , et des chants éclatans d'hyménée. O Nil ,

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s'ccrie le peuple, Osiris, Océan, car ces noms l'honorent, père des autres dieux, ton épouse désolée te voit donc reparaître. Que votre union soit éternelle ! Divinité suprême, n'abandonne plus ton peuple ni tes contrées; reprends ton urne trop longtemps sans eau et ta corne d'abondance , et verse sans interruption sur nous tes bienfaits.

Un sacrifice horrible, consacré par un wsage ancien, devait terminer cette fête ; une jeune fille, distinguée par ses vertus et par sa beauté, devait être arrachée des bras paternels , et précipitée dans les eaux du Nil. Déjà la victime était choisie; déjà on la conduisait vers le lieu du sacrifice. Mais Joseph , que le roi seconde, Joseph, saisi d'indignation, paraît, il fait entendre l'éloquente voix de l'humanité , demande que ces sacrifices barbares soient abolis pour jamais : les prêtres, comme si du ciel leur parlait une divinité supérieure à celles qu'ils adorent, obéissent sans murmurer, abandonnent la victime : le peuple , adouci par les vertus de Joseph et par ses bienfaits, ému des témoignages qu'il vient d'offrir de la piété filiale et de l'amour

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