‹ Joseph RushbrookChapitre 12 sur 28 · II · texte numérisé non relu

II

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une bonne grosse femme , toujours de bonne humeur, et ayant une simplicité de cœur qui a quelque chose d'amusant. — Vous irez les voir, je présume?

— Comme de raison. — Comment se nomme-t-il ?

— • Le major Mac Shane, ayant servi dans le 53* régiment.

Si une balle avait traversé le cœur d'Austin, il n'aurait pas éprouvé un choc plus violent et plus soudain, et le mouvement qu'il fit sur la selle en tressaillant attira l'attention de son compagnon.

— Qu'avez-vous donc, Austin ? vous pâlissez. Êtes-vous indisposé ?

— Non. C'est une douleur aiguë que j'éprouve quelquefois , et qui est la suite d'une ^mcienne blessure à la poitrine. Je serai mieux dans un instant.

Austin arrêta son cheval , et appuya une main sur son cœur. Son compagnon s'approcha et resta à son côté.

— Elle est plus forte que de coutume , et j'en ai eu un pressentiment la nuit dernière. Je crains d'être obligé de retourner chez moi.

— Je vous accompagnerai.

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— Non , non ; je ne veux pas vous priver de votre amusement. D'ailleurs je me sens déjà mieux ; remettons-nous en marche , ou nous arriverons trop tard au rendez-vous.

Austin avait résolu de triompher de ses craintes. Son ami n'avait certainement aucun soupçon , mais quand nous sommes coupables, nous nous imaginons que tout le monde nous soupçonne. Ils marchèrent quelques minutes en silence.

— Je suis charmé que vous ne soyez pas retourné chez vous , — lui dit son ami , — car vous verrez votre nouveau voisin. Il a souscrit à la meute du comté. On dit qu'il a un excellent coursier; nous verrons comment il monte à cheval.

Austin ne répondit rien; mais après avoir fait quelques pas , il s'arrêta , en disant que sa douleur revenait , et qu'il fallait qu'il renonçât à la parlie de chasse. Son compagnon lui ex-^ prima son chagrin de son indisposition , et ils. se séparèrent.

Austin retou!'na chez lui sur-le-champ , descendit de cheval et monta dans son appartement. Sa femme , qui l'avait vu rentrer , et qui ne pouvait en imaginer la cause , alla l'y trouver.

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— Eh bien , qu'est-il donc arrivé ? — lui demanda-t-elle.

— Ce qui est arrivé ? — s'écria-t-il avec amertume en se promenant à grands pas dans la chambre; — le ciel et l'enfer conspirent contre nous !

— Ne parlez pas ainsi . mon cher Austin, De quoi s"agit-il ?

— De quelque chose qui me forcera à rester prisonnier dans ma propre maison , ou qui aura des suiles fâcheuses. — Nous ne pouvons plus rester ici.

Il se jeta sur un sofa et garda le silence. Enfin la douceur et la tendresse de sa femme remportèrent sur son humeur , et il lui dit que leur nouveau voisin Mac Shane était major de son régiment quand il était lui-même soldat ; qu'il le reconnaîtrait infailliblement , et que, quand même cette reconnaissance n'aurait pas de suites plus fatales , elle démentirait la supposition générale qu'il avait été officier, ce qui le dégraderait aux yeux de tous ses voisins.

— C'est sans doute une circonstance désagréable , mon cher Austin; mais êtes-vous sur qu'après un si grand nombre d'années il recon-

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naîtra le simple soldat dans l'homme qui jouit d'une fortune comme la vôtre?

— Aussi sûr que je le suis d'être ici , — répliqua Austin d'un air sombre; — je voudrais être mort.

— Ne parlez pas ainsi , mon cher Austin ; cela me rend misérable.

— Et moi, ne le suis-je pas toujours? — s'écria-t-il en se tordant les mains. — Que Dieu me pardonne ! J'ai péché ; mais n'en ai-je pas été puni?

— Oui , vous l'avez été ; et comme Dieu n'est pas sourd au repentir , vous éprouverez sa merci.

— Sa plus grande merci , sa pli'^s grande faveur serait la mort. — J'envie le sort du colporteur.

Mistress xiustin pleura. Son mari, courroucé de larmes qui lui semblaient un reproche , lui ordonna durement de se retirer.

11 n'est pas douteux qu' Austin ne se repentît du crime qu'il avait commis ; mais son repentun'était pas accompagné d'humilité chrétienne. Son orgueil luttait sans cesse dans son cœur , et n'était pas encore vaincu. C'était là ce qui tantôt lui donnait une humeur irascible , tantôt

le portait à se condamner lui-même ; et la guerre continuelle qui avait lieu dans son sein minait sa constitution.

Austin fit venir un médecin pour le consulter sur sa maladie supposée. Le docteur , ne lui en trouvant aucune , déclara que c'était une maladie du cœur. Il ne se trompait pas de beaucoup, et le genre de maladie de M. Austin fut bientôt la nouvelle du jour dans tous les environs. On lui fit des visites, on lui envoya des cartes , et il resta . nous ne dirons pas patiemment , prisonnier dans sa maison. Ses chevaux de chasse restèrent dans l'écurie, et ses chiens dans le chenil , et chacun dit que M. Austin était att.'^^ué d'une maladie dont il ne pourrait guérir. D'abord, cela fut extrêmement contrariant pour Austin, mais peu à peu il finit par s'y résigner, et même par préférer son existence sédentaire et isolée. Les livres étaient sa principale ressource, mais rien ne pouvait guérir une conscience malade , ni chasser de son esprit un souvenir cruel. Il devint tous les jours plus morose et plus misanthrope , et enfin il ne voulut plus voir que son valet de chambre et sa femme.

Telle était la situation des parents de Joé ,

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tandis que , sans le savoir, il était en chemin vers leur maison.

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