‹ Joseph RushbrookChapitre 19 sur 28 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Correspondance très agréable.

Dès que Joé fut arrivé dans la métropole , il se rendit chez le correspondant de Portsmouth, pour s'informer si l'on y avait reçu quelque lettre pour lui. Il en trouva une intéressante de M. Small qui , après quelques préliminaires

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relatifs aux affaires , et quelques commissions dont il le chargeait clans la capitale , continuait ainsi qu'il suit :

« Votre santé a été une source de grande in- » quiétude pour nous tous , non seulement » dans le bureau , mais dans le salon. On a at- » tribué votre maladie à une application trop » constante à vos devoirs ; et je dois convenir » que , tant que vous vous êtes bien porté, » vous ne vous êtes donné aucun relâche. Mais » nous avons Ueu de supposer que d'autres » causes peuvent avoir occasionné ce change- » ment rapide de votre enjouement et de votre » activité en une prostration totale de corps » et d'esprit. Vous serez fâché d'apprendre que » la santé d'Emma a beaucoup souffert depuis » votre départ , et toute l'expérience de M. Tay- »lor, notre médecin , ne peut atteindre à la w cause de cette maladie. Cependant elle a fait » assez de confidences à sa mère pour nous » faire savoir que vous y êtes entré pour beau- » coup. Elle lui a avoué qu'elle ne s'est pas bien » conduile envers vous , et qu'elle ne vous a » pas rendu justice , et je crois que c'est cette » conviction qui est la principale cause de sa » maladie. J'ai été trop constamment dans le

w bureau pour savoir ce qui s'est passé dans le » salon ; mais je crois que vous devez nous con- » naître trop bien , pour ne pas savoir que nous » désirons votre bonheur en tous points, et votre » séjour permanent au milieu denous. Qu'Emma » se tourmente , c'est une chose certaine ; » qu'elle est fort aimable , c'est ce i<iù ne l'est » pas moins. Votre retour nous ferait à tous le )) plus grand plaisir. Je n'ai pas besoin de vous » dire que j'aime ma nièce et que je désire son » bonheur. Je vous aime aussi, et je désire éga- » lement le vôtre. J'espère donc que la légère » altercation qui paraît avoir eu lieu entre ma » nièce et vous sera bientôt oubliée; car il faut » que vous ayez été ensemble sur le pied de l'inw timité pour avoir eu ensemble une querelle , » et pour qu'elle ait produit sur elle un tel effet. » J'ai en vous la confiance que je suis sûr que » vous méritez , et c'est pourquoi je vous dis » que , d'après le rapport que m'a fait sa mère , » je crois que son cœur n'est plus à elle , et je » ne connais personne à qui je donnerais plus » volontiers ma nièce , personne à qui mistress )) Phillips accorderait avec plus de satisfaction » la main de sa fille, que celui à qui nous pen- )) sons qu'elle l'a donné. Si donc je ne me

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» trompe pas dans ma supposition , vous serez » reçu ici à bras ouverts par tout le monde , et » même par Emma , dont le caractère n'a pas » un atome de coquetterie. Elle a ses défauts , » comftne tous ses semblables ; mais , si elle en M a, elle n'est pas assez fière pour refuser de les » avouer. Vous en conviendrez vous - même » quand vous aurez lu le billet ci-inclus , qu'elle » m'a chargé de vous faire parvenir, en me » priant de le lire auparavant. J'espère que » cette missive accéit^rera votre guérison , et » que nous vous reverrons avant peu. Dans « tous les cas, répondez-moi de suite ; et si je » suis dans l'erreur ^ dites-le moi franchement, «afin que je détrompe les autres. )>

Joé ouvrit alors le hillet d'Emma, qui était ainsi conçu :

« Mon cher ami , — en y réfléchissant , je » pense que j'ai été injuste envers vous , et mon » dessein était de vous le dire, si vous n'étiez » point parti si précipitamment, que je n'ai pu » en trouver l'occasion. Ma faute a pesé sur » mon esprit depuis ce temps , et je ne puis » perdre le premier moment que je trouve pour » vous en demander pardon. J'espère que lors- « que nous nous reverrons , ce sera avec les H. i3

w mêmes sentiments d'amitié que nous avons » toujours eus l'un pour l'autre avant cette » malheureuse circonstance.

» Votre affectionnée ,

i> Emma. »

On peut bien s'imaginer que ces deux lettres furent pour notre héros une source de bonheur sans mélange. L'oncle d'Emma lui disait assez clairement qu'il pouvait aspirer à sa main et l'obtenir , et certainement le billet de la nièce ne contenait rien qui pût lui faire supposer le contraire. Cependant il ne put y répondre par le même courrier. Si l'inquiétude et le chagrin avaient occasionné sa maladie , la joie le priva presque de ses facultés , et il fut obligé de se mettre au lit. Mais il était heureux , presque trop heureux , et il put enfin goûter les douceurs du sommeil; et il fit de ces rêves qui ne peuvent arriver qu'à ceux qui voient par anticipation tous les désirs de leur cœur accomplis. Le lendemain il écrivit à M. Small , lui faisant avec franchise l'aveu de son amour pour Emma , et disant que s'il ne l'avait pas avoué plus tôt , c'était parce que son humble origine l'avait rendu timide , et qu'il sentait combien

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peu il était digne d'elle. Enfin , il le priait d'employer son influence en sa faveur, attendu qu'il n'oserait parler pour lui-même, jusqu'à ce qu'il fût assez assuré de son bonheur pour l'y encourager. U répondit à Emma qu'il la remerciait de conserver sa bonne opinion de lui. L'idée de l'avoir perdue l'avait rendu bien malheureux. Il était honteux de la vivacité à laquelle il s'était laissé emporter , et c'était à lui de demander pardon , et non à celle qui avait eu pour lui si long-temps tant de bonté et d'indulgence. Il ajouta qu'il se trouvait déjà beaucoup mieux, et qu'il espérait abréger l'absence que lui avait permise son excellent oncle. Ayant fini et envoyé à la poste ces deux épîtres , notre héros sortit pour faire une promenade dans la capitale.

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