CHAPITRE XVI
Contenant une longue histoire, mais qui ne pouvait être divisée en deux parties.
On peut faire une longue promenade dans
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la ville de Londres sans objet déterminé , et cependant trouver à s'amuser, car il y a peu d'occupations qui soient plus agréables et plus instructives, et qui suggèrent plus de réflexions, que celle de regarder aux fenêtres des boutiques. On paie un shelling pour voir une exhibilion quelconque , au lieu que là on a l'avantage d'en voir un nombre immense sans avoir rien à payer, pourvu qu'on ait la main sur son mouchoir de poche. Ce fut ainsi que Joé s'amusa : il vit à la fenêtre d'une boutique des châles iort élégants qu'on pouvait acheter pour une livre; des écharpes à trois shellings six pence , et des toiles d'Irlande safranées par le temps de manière à ne pouvoir jamais recouvrer leur blancheur primitive, à un prix extrêmement modique; — à une autre, des rangées de montres de toute espèce , depuis l'humble montre d'argent à cinquante shellings, jusqu'à la montre d'or ou émaillée à douze et quatorze guinées, toutes garanties excellentes. — Allant plus loin, il trouva une collection de tableaux peints à l'huile exposés en vente, comme pour montrer aux passants ce qu'ils devaient ne pas acheter. — Une boutique de gravures lui donna une idée du mérite des différents maîtres en
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dessin et en composition , et comme il ne pouvait se transporter au Vatican, autant valait voir ainsi ce que le Vatican contenait , et cette vue lui rappelait l'ancienne Rome et toute sa gloire. — Une boutique de marchand de tabac le transporta en Virginie, où bien des gens avaient été déportés autrefois. — Un épicier le conduisit en idée au milieu des nègres dans les Indes occidentales, et de là, comme par magie, dans les bosquets aromatisés des îles qui produisent les épices. — Une boutique de curiosités remplie de bronzes, d'armures, de porcelaines et d'ouvrages en marqueterie, présenta en même temps plusieurs siècles à son imagination : les temps de la féodalité et de la chevalerie, le xx" siècle, la belle du xvi% avec la canne à pomme d'ambre et les dentelles en point des élégantsqui briguaient ses bonnes grâces; tous ces personnages ayant disparu, n étant plus que poussière, tandis que des effets qui leur avaient appartenu , et même partie de leur costume existaient encore.
Notre héros continuait à marcher, ses pensées changeant ainsi d'objet à mesure qu'il avançait , quand son attention fut attirée par un de ces placards qui semblent s'être considé-
rablement perfectionnés depuis quelque temps, car leur dimension augmente de jour en jour, et l'on ne saurait dire quelle en sera la fin, à moins qu'ils ne deviennent des placards sans fin. Ce placard annonçait qu'il y aurait ce soir-là une mascarade au Vauxha 11, avec feu d'artifices, jets d'eau ;, etc. Joé avait entendu parler du Vauxhall, et sa curiosité étant excitée, il résolut d'y passer la soirée, car c'était alors un lieu de réunion à la mode.
Il était six heures et demie, et c'était le moment d'y aller ; il se dirigea donc vers le pont de Westminster, et, sans avoir été obligé de demander son chemin plus de trois fois, sans avoir perdu plus de trois minutes à regarder entre les balustresdu pontles barques et bateaux qui remontaient , descendaient et traversaient la Tamise, il arriva à la porte du Vauxhall, prit un billet et entra. Il s'y trouvait beaucoup de monde , mais peu de masques. On voyait environ vingt-cinq arlequins, sept à huit pantalons, trois diables et quarante à cinquante dominos; un homme, portant une armure d'airain, restait immobile, toujours à la même place, car son armure était si lourde qu'il pouvait à peine en soutenir le poids. Mais chacun
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le regardait en passant , et il était plus que dédommagé de ses souffrances par l'attention qu'il attirait. Joé se trouva bientôt près de l'orchestre , qui était resplendissant de lumière, et il écouta fort attentivement une dame ayant la tète couverte de plumes d'autruche , et chantant en italien un air de bravoure dont ses auditeurs n'entendaient pas un mot, tandis que des musiciens, en chapeau à cornes, placés derrière elle , accompagnaient sa voix de leurs instruments. Notre héros était appuyé contre un gros arbre, et il recevait sur son habit, sans le savoir, des gouttes de graisse fondue, tombant d'un lampion qui y était attaché. En ce moment, deux hommes s'arrêtèrent de l'autre côté du tronc de cet arbre, et l'un dit à l'autre : — Je vous dis qu'elle est ici , Joseph , et qu'elle y est avec le chrétien. Manassél'a découvert par le moyen du cocher de fiacre qui les a amenés. Si nous ne la découvrons pas cette nuit , elle ne reviendra jamais chez son père.
— Quoi ! deviendra-t-elle une meshumed^ — une apostate! — s'écria l'autre ; — j'aimerais mieux la voir dans son cercueil. — Père de toute sainteté! la fille d'un rabbin couvrir sa
famille d'une telle honte! ! Nos péchés et ceux de nos pères ont attiré ce malheur sur notre maison. Si je trouve ici ce chrétien, je lui enfoncerai mon poignard dans le cœur.
— Lemaaii hasheml Pour l'amour du dieu d'Abraham, mon fils, songez à ce que vous dites, et ne soyez pas si téméraire. Hélas! hélas 1 nous vivons au milieu des païens, et elle est sans doute déguisée sous les vêtements des femmes moabites. Manassé m'a dit qu'il avait aussi découvert que le chrétien portait un domino noii- H manches tailladées , et dont les taillades étaient garnies en blanc. C'est une marque qui nous le fera reconnaître, et s'il a une femme avec lui, ce ne pourra être que votre sœur Miriau).
— Je vais le chercher, et je vous retrouverai eu cet endroit dans une demi-heure.
— Non, Joseph, mon fils, nous ne nous séparerons pas, je ne puis me fier à vous dans votre colère, et je sais que vous êtes armé. Non , nous les chercherons ensemble. Roosh Hakodeshl Puisse l'esprit saint nous guider, et la fille de notre maison nous être rendue, car elle est à présent l'amertume de mon cœur et la désolation démon àme.
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— Que je découvre legaw, — l'infidèle ! — s'écria Joseph en suivant son père. Et Joé le vit placer une raain dans son sein, et en tirer à demi un poignard de sa gaine.
Notre héios comprit aisément ce dont il s'agissait. Une jeune fille juive avait donné rendezvous à un amant chrétien, ou s'était enfuie avec lui, et son père et son frère étaient à sa poursuite.
— Tout cela est fort bien , — pensa Joé, — mais quoiqu'il leur soit très permis de chercher à empêcher ce mariage, je n'aime pas le poignard dont ce jeune Israélite est armé. Dans tous les cas, si je rencontre ces deux jeunes gens, je leur ferai part de ce que le hasard vient de m'apprendre — Ayant pris cette détermination, Joé quitta l'orchestre, et entra dans l'allée couverte qui conduit à ce qu'on appelle ordinairement les allées sombres. Il venait d'y entrer quand il vit s'avancer vers lui deux individus en dominos , dont le plus petit s'appuyait sur le bi'as du plus grand, de manière à prouver que c'était un homme et une femme. Quand ils furent arrivés à environ vingt pas des promenades éclairées, ils se retournèrent sur leurs pas , et Joé s'aperçut en ce
moment que le domino noir du plus grand avait des manches tailladées et garnies en blanc.
— Ce sont eux, — pensa Joé, — ils ne sont pas en sûreté ici , car on pourrait y commettre un meurtre presque sans aucune chance d'être découvert. A tout hasard , je les avertirai. — Il les suivit de manière à les rejoindre peu à peu; mais ils étaient si occupés de leur conversation qu'ils ne s'aperçurent de sa présence que lorsqu'il n'était plus qu'à quelques pieds d'eux. Le domino noir se retourna avec un air d'impatience , comme s'il eût voulu lui demander pourquoi il les suivait ainsi.
— Vous êtes épié et en danger , monsieur, si vous êtes la personne pour qui je vous prends, — dit Joé à voix basse en s'approchant de lui.
— Qui étes-vous , pour me parler ainsi? — demanda le domino noir.
— Un étranger pour vous , — un homme qui ne vous reconnaîtrait pas, quand même vous n'auriez pas de masque. Le hasard m'a fait entendre une conversation relative à un homme qui porte un domino semblable au vôtre. Au surplus, j'ai pu me tromper ; mais,
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dans tous les cas , cet avis ne peut vous nuire. — Et à ces mots , Joé tourna d'un autre côté.
— Priez-le de ne pas s'éloigner , mon cher jjenri , — dit la voix douce d'une femme. — Je crains que nous ne soyons réellement en danger , et il ne peut vous avoir parlé ainsi que par intérêt pour nous.
Le domino noir suivit sur-le-champ notre héros, et l'accosta en le priant d'excuser le ton brusque qu'il avait pris en répondant à son avis, ce qu'il attribua à la manière inattendue et soudaine dont Joé le lui avait donné, et il lui demanda comme une grâce de vouloir bien lui expliquer pourquoi il avait cru nécessaire de lui parler ainsi.
— Je vous le dirai bien volontiers, monsieur. Ce n'est pas que j'aime à me mêler des affaires des autres; mais voyant que l'un d'eux avait un poignard, et
— Un poignard ! — répéta la femme , qui les rejoignit en ce moment.
— Oui, un poignard; et il paraissait déterminé à s'en servir. En un mot, madame, si votre nom est ]Miriam , ce que j'ai entendu vous regarde; dans le cas contraire, il est inutile que j'en dise davantage.
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— Son nom est Miriam , — dit le domino noir, — et je vous conjure, monsieur, de nous dire tout ce^ue vous avez appris.
Joé leur conta brièvement tout ce qu'il avait entendu, et leur dit qui étaient ceux qui les poursuivaient.
— Nous sommes perdus ! — s'écria la jeune femme; — nous ne leur échapperons jamais.
— Que faire? Mon frère est un lion quand il est en courroux. •
— Je ne crains rien pour moi, — dit le domino noir; — si Ton m'attaque , je saurai me défendre. Mais s'ils nous rencontrent, je vous perdrai; car votre père vous emmènera pendant que je me défendrai contre votre frère.
— Dans tous les cas , monsieur , — dit Joé ,
— je vous engage à ne pas rester dans ces allées sombres , à présent que vous savez ce qui peut arriver.
— Mais si nous allons dans la partie des jardins qui est illuminée , ils me reconnaîtront sur-le-champ, puisqu'ils savent quel domino je porte.
— Quittez-le.
— Ce serait encore pire, car ils me connaissent parfaitement. — Votre conduite a été si
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obligeante, monsieur, que peut-être vous ne nous refuserez pas votre aide ?
]Sotre héros était amoureux, et il était naturel qu'il prît intérêt à ceux qui éprouvaient le même sentiment que lui, Il répondit donc au domino noir que s'il pouvait leur être utile, il était à leur service.
— En ce cas, ma chère Miriam, voici ce que je propose. Vous vous mettrez sous la protection de 'monsieur. Yous n'avez rien à craindre, car il nous a prouvé qu'il a un bon cœur. Il peut vous faire sortir du jardin sans que vous ayez à redouter d'être découverte , et vous conduire ensuite en lieu de sûreté. Moi je resterai ici encore une demi-heure. Si votre père et votre frère me rencontrent,iis pourront me reconnaître à mon domino ; mais comme vous ne serez pas avec moi , ils n'auront aucun prétexte pour m'attaquer, et après un certain temps je retournerai chez moi.
— Et moi , que deviendrai-je? — demanda la jeune fille.
— Vous donnerez mon adresse à monsieur, et il voudra bien demain matin venir m'informer où vous êtes. — Je vous donne beaucoup d'embarras , monsieur ; mais je vous prouve en
même temps toute ma confiance. — J'espère pourtant que ma demande ne contrariera aucun de vos arrangements préalables.
— Je me flatte que votre confiance n'est pas mal placée , monsieur; et je suis en ce moment maître absolu de mon temps. Je vous promets que si cette dame veut bien se fier à un étranger, j'exécuterai toutes vos instructions. — Je n'ai point de masque, madame , croyez-vous pouvoir m'accorder votre confiance?
— Je le crois, et il le faut, monsieur, sans quoi il y aura du sang répandu. — Mais les voici , Henri , — je les reconnais. — Regardez :
— là-bas, au bout de cette allée éclairée.
Joé se retourna et aperçut les deux hommes dont il avait entendu la conversation. — Ce sont eux, monsieur, — dit-il au domino noir.
— Enfoncez- vous plus avant dans les allées sombres ; je donnerai le bras à madame, et nous passerons hardiment devant eux. — Partez, monsieur, partez vite !
Il passa à la hâte le bras de la jeune juive sous le sien et s'avança hardiment vers les deux Israélites. Quand ils furent près d'eux, il sentit qu'elle tremblait comme la feuille, et il craignit que les jambes ne lui manquassent. Lorsqu'ils
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passèrent devant eux, les yeux noirs des deux juifs se fixèrent avec attention sur notre héros. Il les regarda à son tour d'un œil fixe et continua son chemin. Quand ils furent éloignés de quelques pas , il dit à demi- voix à sa jeune compagne: — Vous êtes en sûreté maintenant.— Il lui fit traverser le jardin, et quand ils en eurent passé la porte , il fit venir une voiture, l'aida à y monter, et l'y suivit.
— Où vous conduirai-je? — lui demanda-t-il.
— Je n'en sais rien , — où vous voudrez , pourvu que nous nous éloignions d'ici.
Joé nomma au cocher l'hôtel où il était logé, car il ne connaissait pas d'autre endroit où il pût la conduire. Lorsqu'ils y furent arrivés , il la laissa dans la voiture, afin de préparer l'hôtesse à la recevoir. Il lui dit qu'il venait de sauver une jeune personne d'une situation très périlleuse, et qu'il la priait de la prendre cette nuit sous sa protection, jusqu'à ce qu'il pût la reconduire chez ses parents le lendemain matin. Bien des gens aiment à être consultés pour se donner un air d'importance. La bonne dame, qui avait froncé les sourcils en entendant parler d'une jeune personne en domino qu'un jeune homme amenait chez elle au commen-
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cément de la nuit, permit à ses traits de se relâcher, quand elle apprit qu'elle devait rester sous sa protection spéciale, et y consentit de la manière la plus gracieuse.
Laissant avec l'hôtesse la jeune personne dont il n'avait pas encore vu les traits, Joé monta sur-le-champ dans sa chambre. Le lendemain matin vers neuf heures, il envoya demander des nouvelles de sa protégée , qui lui répondit en le faisant prier de venir la voir. Il la trouva seule dans son appartement. Son costume avait quelque chose d'oriental, et il fut surpris de son extrême beauté. Sa taille s'élevait un peu au-dessus de la moyenne, elle était parfaitement bien faite . et ses pieds et ses mains étaient un modèle de perfection. Dans le fait, c'était un des plus beaux échantillons de la nation juive, et cela suffit pour en achever le portrait. Elle se leva quand ii entra et rougit en le saluant. Notre héros, qui vit sa confusion, se hâta de l'assurer qu'il était prêt à exécuter tous les ordres qu'elle voudrait lui donner, et qu'il espérait que l'idée de sa situation désagréable ne l'avait pas trop tourmentée.
— Je vous suis plus obligée que je ne puis vous le dire, monsieur, — lui répondit-elle; —
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le seul fait qu'en arrivant ici, vous m'avez mise sous la protection de la maîtresse de la maison, m'a assurée que vous êtes un homme d'honneur. Tout ce que j'ai à vous demander en ce moment, c'est d'aller dans Berkeley-Square, n*..., et d'informer M. S... de ce que vous avez bien voulu faire pour moi. Il vous apprendra probablement la cause de la situation étrange dans laquelle vous nous avez trouvés, et dont vous nous avez tirés.
Notre héros prit l'adresse par écrit, et partit sur-le-champ pour se rendre chez M. S...; mais en entrant dans Berkeley- Square, il rencontra deux hommes qu'il reconnut sur-lechamp pour le père et le frère de la jeune israélite. A l'instant où il passa devant eux, les yeux noirs et perçants de Joseph se fixèrent sur lui; il eut l'air de le reconnaître, dit à son père : — Il était avec elle, — ou quelques mots semblables, et dès que Joé fut passé, tous deux revinrent sur leurs pas et le suivirent à quelque distance. Notre héros pensa qu'il était inutile d'attendre qu'ils se fussent éloignés pour frapper à la porte de M. S..., car il était évident qu'ils étaient là pour épier tout ce qui se passait chez lui, et qu'ils ne perdraient pas de n. i4
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vue sa maison. Il y frappa donc , et la porte lui fut ouverte sur-le-champ. Il trouva M. S... dans une salle au rez-de-chaussée, où il se promenait avec un air d'inquiétude. Son déjeuner était servi sur une table , mais il n'y avait pas touché. Il fit à Joé l'accueil le plus cordial , et celui-ci lui ayant appris ce qu'il avait fait et entre les mains de qui il avait placé la jeune juive, ajouta que le père et le frère étaient en ce moment aux aguets devant sa maison et qu'ils l'avaient reconnu.
— C'est à quoi je m'attendais, — répondit M. S,,., mais je crois pouvoir aisément déjouer leur vigilance. Ils ne savent pas que cette maison a par derrière une porte de communication avec la petite rue dans laquelle j'ai ma remise et mon écurie, et nous pouvons sortir par là sans qu'ils nous aperçoivent. Je vous dois taut de remerciements, monsieur, du service important que vous nous avez rendu , que je ne sais comment vous les exprimer; vous avez droit à toute ma reconnaissance, et je ne puis mieux vous en prouver la sincérité qu'en vous donnant toute ma confiance, et en vous faisant connaître ceux que vous avez tirés d'un embarras cruel, et toutes les circonstances de cette
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étrange affaire. Cette jeune personne, monsieur, est, comme vous le savez déjà, juive de naissance et fille d'un rabbin, homme très riche et d'une famille très ancienne, et ce dernier avantage se trouve cerfainemenf jthis souvent chez les juifs que chez aucune autre nation de la terre. Je possède moi-même une belle fortune , suffisante pour me permettre de choisir une femme sans m'arréter à des considérarations pécuniaires , ce que je dis pour vous prouver que des vues intéressées n'ont eu aucune influence sur ma conduite. J'ai fait la connaissance du père et de la fille pendant un voyage que je fis sur le continent. Ils étaient en route pour l'Angleterre, et leur voiture ayant versé et s'étant brisée dans un défilé des montagnes de la Suisse, ils auraient été obligés de passer la nuit dans cet endroit, si le hasard ne m'y eût fait arriver à l'instant tle cet accident; et comme j'étais seul dans mon équipage, je les conduisis dans la ville voisine. J'ai toujours eu beaucoup de respect pour la nation juive, et je crois que c'est un sentiment que tout véritable chrétien devrait partager; mais ce n'est pas le moment de discuter cette question. Ce fut probablement parce que je leur
laissai voir mon opinion à cet égard, et qu'ils trouvèrent en moi une connaissance assez approfondie de l'histoire de ce peuple, que, pendant les deux jours que nous passâmes ensemble dans cette ville, une estime réciproque serra entre nous les nœuds de l'intimité, et nous nous séparâmes avec le désir mutuel de nous revoir en Angleterre. A l'époque dont je parle, c'esl-à-dire il y a trois ans et quelques mois , Miriam n'était à mes yeux qu'une jolie enfant, et bien certainement ni alors, ni quelque temps après que je l'eus revue dans ce pays, je ne m'imaginais que j'éprouverais pour elle un autre sentiment que celui de la bienveillance. Mais les circonstances et l'amitié ^ue me témoignait son père firent que nous nous vîmes souvent, et depuis bien des années elle n'avait plus de mère. Au bout d'un certain temps, je sentis que je m'attachais à elle ; je me le reprochai et je m'en représeniai les conséquences. Je savais combien les lois des juifs étaient sévères quand quelque membre d'une famille contractait une alliance avec un chrétien. Ce n'est pas seulement l'individu considéré comme coupable qui est déshonoré, tous ses parents partagent sa dégradation, et on leur refuse
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même les honneurs funèbres d'usage. C'est la môme chose quand un juif embrasse le christianisme, la même honte frappe toute sa famille. Sachant toutes ces circonstances, je résolus de triompher de mon penchant pour Miriam , et je cessai d'aller chez son père. Il aurait été cruel de mettre mon ami, — car il l'était certainement, — dans une telle position; d'autant plus qu'en sa qualité de rabbin, il aurait dû prononcer lui-même la sentence contre lui et contre ses enfants.
Il fut surpris de mon absence : il vint chez moi , me demanda pourquoi il ne me voyait plus, et ne voulant pas lui en dire Ja cause véritable , je m'excusai sur quelques affaires , et je retournai chez lui comme par le passé , quoi(ju'un peu moins souvent. Je ne me trouvais que trop fréquemment seul avec Miriam , car [fresque tous les jours son père avait à sortir pour s'acquitter de ses fonctions. Un nouveau voyage me parut donc le seul moyen que je pusse prendre pour agir honorablement et pour surmonter un penchant qui commençait à prendre trop d'empire sur moi. J'allai chez mes amis les Israélites pour leur faire mes adieux; mais en descendant l'escalier,
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le pied me glissa , et je me donnai une si forte entorse que je ne pus me relever sans assistance. Le père ne voulut pas que je me fisse transporter chez moi , et déclara que cet accident était un signe que le ciel désapprouvait mon projet de voyage. Je restai donc huit jours chez lui , et pendant que j'étais étendu sur un sofa, Miriam était sans cesse près de moi. Il est certain qu'elle me montrait son affection de toutes les manières que pouvait le faire une jeune fiile modeste. Je fis pourtant un dernier effort. Je lui avouai mes sentiments pour elle, mais je lui mis en même temps sous les yeux les suites qui en résulteraient , et qu'il était de mon devoir comme ami , et du sien comme fille, de prévenir. Elle m'écoutâ en silence, fondit en larmes , et quitta l'appartement.
Le lendemain elle parut avoir recouvré son calme , et notre conversation passa assez rapidement d'un sujet à un autre. Bientôt elle me parla des rites du culte héhraïque; de là, par une transition adroite et presque insensible , elle passa au christianisme , et elle me demanda les motifs et les preuves de notre foi. Je ne pus m'em pécher d'entrer avec chaleur dans ce sujet , et je cherchai à lui prouver ,
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autant que j'en étais capable , que le Messie que les juifs attendent encore était déjà venu. Elle prit plaisir à renouveler cette conversation pendant tout le temps que je restai chez son père , et comme ce sujet détournait notre attention de celui que je désirais éviter , je n'étais pas fâché de le discuter , quoique je n'eusse pas la moindre idée de la convertir à notre foi.
Telle était la situation des affaires quand je quittai sa maison ;, et je pensais sérieusement une seconde fois à m'éloigner d'un lieu où j'étais exposé à de si fortes tentations , lorsque son frère Joseph arriva de Madrid où il avait passé quelques années chez un de ses oncles, et son retour fut célébré par une petite fête à laquelle je ne pus me dispenser d'assister. Joseph est un beau garçon , aussi instruit qu'intelligent, mais d'un caractère très irascible, et il doit peut-être à son long séjourenEspagnecette humeur vindicative qui est presque inconnue dans notre pays. Il conçut beaucoup d'amitié pour moi, et j'y répondis certainement , quoiqu'il ne sache rien pardonner; qu'il soit fier d'être issu d'une des plus anciennes familles de son pays, et qu'il tienne aux dogmes de sa foi avec toute l'obstination d'un pharisien. Dans
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le fait , il est étrange qu'il ait contracté une telle intimité avec un chrétien , imbu comme il Test des ])rincipes inculqués aux juifs par leurs rabbins, par suite, ainsi qu'il faut en convenir , des persécutions continuelles et inexcusables exercées contre les juifs pendant tant de siècles par ceux qui s'appellent chrétiens , mais dont la pratique à cet égard a été en opposiiion directe aux principes du fondateur de leur foi, Ij est pourtant vrai que Joseph conçut beaucoup d'affection pour moi. Il venait me voir continuellement, et il ne me for- Çiùt que trop souvent à aller chez son père. Enfin je me décidai à quitter l'Angleterre pour quelque temps, et je fis sourdement mes préparatifs de départ , ne voulant en parler à personne de cette famille. Un matin que j'étais seul avec Miriam , assis sur un sofa , elle s'avança vers moi. Je lui fis signe de s'asseoir à mon côté, mais elle resta debout devant moi avec un air plein de dignité, ses grands yeux noirs fixés sur les miens.
— Vous rappelez-vous , — me dit-elle d'un ton lent et solennel , — les conversations que nous avons eues sur nos croyances respectives ? Vous souvenez-vous de m'avoir fait con-
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naître les motifs de la vôtre , et votre sincère conviction que le Messie attendu par les juifs est déjà venu ?
— Oui , — répondis-je , — mais ce n'était pas dans le dessein de vous faire changer de croyance; je ne voulaisque justifier la mienne.
— Je ne dis pas le contraire, — répliqua Miriam , — je vous crois ; mais j'ai sur moi ce qui porterait mon père et mon frère , s'ils le savaient , à me fouler aux pieds , et à me maudire au nom du grand Jéhovahl — Et à ces mots, elle tira de sa veste à l'orientale un exemplaire en petit format du Nouveau-Testament. — Voici le livre de votre croyance; je l'ai comparé avec ceux de la nôtre; j'ai cherché et trouvé les autorités ; j'ai lu les écrits des juifs qui ont rapporté la vie et les aclions de Jésus de Nazareth , et, — je suis chrétienne.
Cela pourra vous paraître étrange, monsieur, mais je vous assure que vous ne pouvez vous figurer la peine que je ressentis en entendant Miriam se déclarer convertie à notre foi. Lui dire que j'en étais fâché , c'eût été faire peu d'honneur à mes principes religieux ; mais en réfléchissant au chagrin et à la honte que son changement de religion causerait à sa famille, et en
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songeant que j'en étais la cause , je ne pus m'empêcher de lui dire : — O Miriam, je voudrais que nous ne nous fussions jamais vus !
— Je ne sais que trop pourquoi vous parlez ainsi , — répondit-elle, — mais nous nous sommes vus , et ce qui est fait est fait. Moi aussi je suis désolée et désespérée quand je songe âmes parents ; mais quel est mon devoir à présent ? Si je suis sincèrement convertie à votre croyance , — et je déclare que je le suis , non seulement par le grand Jéhovah , mais par le Messie crucifié , — dois-je trembler et le cacher, à cause de mon père et de mon frère ? Le Messie n'a-t-il pas dit : — Abandonnez tout et suivezmoi? — Ma faible voix ne doit-elle pas s'élever pour reconnaître la vérité , si je veux être regardée comme chrétienne? Mon aveu que je le suis ne doit-il pas être public? Oui, il doit l'être et il le sera. Pouvez-vous me blâmer?
— INon , — lui dis-je , — je n'oserais vous blâmer; je regrette seulement que les différences d'opinion religieuse nuisent ainsi au peu de bonheur qui nous est accordé en ce monde, et que ni les juifs ni les chrétiens ne veuillent admettre ce que notre Sauveur lui-même a déclaré , — qu'il n'y a pas de différence entre le
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juif et le grec , ou le gentil. — Je prévois qu'il résultera beaucoup de malheurs de cette affaire ; qu'on m'accusera d'en avoir été la cause , qu'on me reprochera d'être un ingrat, et je ne puis m'empécher de le regretter.
— Vous avez fait votre devoir , — répliqua Miriam , — et c'est par là que j'ai été convertie. Maintenant , moi aussi j'ai le mien à faire. Je sais quelle sera l'afftiction de mon père , de mon frère , de toute ma tribu ; mais s'ils souffrent, ne souffrirai-je pas encore davantage? Ne serai-je pas chassée de la maison de mon père , et chargée des malédictions de tout mon peuple ? Il ne sera permis à aucun juif de me donner un asile , pas même un morceau de pain ou un verre d'eau. Je serai errante ^ proscrite , tel est mon destin.
— Non , Miriam , — m'écriai-je ; — non , si votre tribu vous abandonne
Miriam m'interrompit. — Ecoutez - moi encore un instant. Vous souvenez-vous de la conversation que nous eûmes ensemble avant de parler du sujet de nos croyances différentes? Ce que vous me dites alors était-il vrai, ou n'était-ce qu'une excuse ?
— Ce que je vous disais alors, Miriam , —
répondis-je , — était aussi vrai qu'il l'est que je suis devant vous. Oui, je vous ai long-temps et passionnément aimée. J'ai cherché à triompher de cet amour, à cause du malheur que votre mariage avec un chrétien devait causer à votre famille ; mais si vous persistez à avouer votre nouvelle foi , ce malheur n'existera pas moins ; et c'est pourquoi mon sort est doublement lié au vôtre, non seulement par mon amour, mais parce qu'en vous convertissant, je vous ai placée dans une position si terrible; et je vous offre non seulement un asile, mais mon cœur et ma main , si vous daignez les accepter.
Miriani croisa les bras sur sa poitrine , et s'agenouilla , les yeux baissés. —Je ne puis vous répondre qu'en empruntant les paroles deRulh, — répondit- elle d'une voix basse et tremblante (i). — Il est à peine nécessaire de vous dire qu'après cette entrevue , l'affaire fut décidée. — La grande difficulté était de la tirer de la maison de son père. Mais il faut avoir été
(1) J'irai où tu iras, j'habiterai où tu habiteras ; ton peuple sera mon peuple, et ton dieu sera mon dieu. — Liv. deRuth, ch. 1 , V. 16. — Note du traducteur.
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dans la maison d'un juif du premier rang pour connaîtreleurs arrangements'intérieurs. Il était impossible que Miriam pût s'absenter une heure sans qu'on s'en aperçût , et il n'était pas moins difficile qu'elle sortît seule sans être vue. Une de ses cousines a épousé un juifqui tientune boutique de costumes et de masques dans Tavistock-Street; elle y accompagnait quelquefois son père et son frère , et montait dans les .appartements des femmes , tandis que les hommes restaient au rez-de-chaussée. Voici donc le plan que nous adoptâmes : Le premier jour qu'il y aurait une mascarade au Vauxhall, elle engagerait son père et son frère à aller avec elle chez sa cousine; je serais tout auprès dans un fiacre , et quelques minutes après qu'elle serait arrivée , j'entrerais dans la boutique pour y louer deux dominos comme les autres pratiques , et j'attendrais ensuite dans le fiacre jusqu'à ce qu'elle pût s'échapper des appartements des femmes , descendre à la porte , monter en voiture , et venir avec moi au Vauxhall. Mais , me direz-vous , pourquoi aller au Vauxhall ? Parce qu'il ne pouvait s'écouler que quelques minutes avant que sa fuite fût découverte , et qu'il aurait été presque impossible de la con-
duire plus loin sans nous exposer à être poursuivis et rejoints; car on me connaissait dans la boutique, et vous vous rappelez que Manassé, qui s'y trouvait, informa les deux juifs que j'avais pris un domino noir, dont les manches étaient tailladées en blanc. Si je n'avais pas connu le caractère violent du frère , je me serais peu inquiété qu'il me suivît chez moi ou partout ailleurs , mais je savais qu'il était homme à sacrifier sa sœur à sa rage. Je pensai donc qu'une fois auVauxhall, et confondus dans une foule d'autres dominos , il perdrait nos traces s'il nous suivait, et que je déjouerais ainsi toute poursuite. — Je crois à présent vous avoir fait connaître toutes les circonstances de cette affaire , et j'espère que vous voudrez bien continuer à m'accorder votre aide.
— Très certainement, — répondit notre héros; — je le regarde comme un devoir. Je ne puis m'empécher de croire que ces juifs m'ont reconnu pour celui qui conduisait miss Miriam hors des allées sombres. Les avez-vous rencontrés après notre départ?
— Non, je les ai vus se promener quelque temps sans venir de mon côté , et quand je les ai vus à l'autre extrémité du jardin, je me suis
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hâté d'en sortir, et prenant une voiture, je me suis fait reconduire chez moi. Je ne crois pas qu'ils m'aient reconnu, à moins qu'ils n'aient aperçu de loin mon domino quand je doublai le pas pour m'en aller.
— Et à présent quelles sont vos intentions?
— Je désire retourner avec vous à votre hôtel; ensuite je prendrai une chaise de poste, et je me rendrai en Ecosse avec Miriam aussi vite que quatre chevaux pourront nous y conduire. Une fois mariés, nous partirons pour le continent, afin de donner à leur indignation et à leur rage le temps de se calmer,
— Ce plan me paraît bon , et je suis à votre service.
M. S... etJoé sortirent par la porte de derrière, et dès qu'ils arrivèrent à une place de fiacres, ils en appelèrent un et se firent conduire à l'hôtel où était restée Miriam.
A peine avaient-ils passé quelques minutes avec elle , qu'un garçon accourut d'un air alarmé ponr leur dire que deux hommes montaient l'escalier de vive force en dépit de tous les efforts que le maître de l'hôtel et les autres garçons faisaient pour les en empêcher. Le fait était que Joseph et son père avaient vu M. S...
et Joé monter dans un fiacre , et que montant eux-mêmes dans un autre, ils avaient ordonné au cocher de suivre le premier.
Le garçon avait à peine eu le temps de leur annoncer cette nouvelle ;, que la porte fat enfoncée avec violence, et il fut si épouvanté qu'il se réfugia derrière Joé et M. S... dans les bras duquel Miriam avait cherché une protection. Ce ne fut pourtant pas sans opposition que les deux juifs réussirent à entrer, car le maître de l'hôtel et ses garçons leur faisaient des représentations et cherchaient à les retenir. Joseph se dégagea de leurs mains en tirant son poignard; mais notre héros, se précipitant en avant, le lui arracha des mains. L'Israélite furieux saisit alors une lourde pendule en bronze, et la lança de toutes ses forces contre M. S... et Miriam, en s'écriant : — Voilà pour le gaiv et la jneshumed, — l'infidèle et l'apostate! Elle n'atteignit pas son but, mais elle frappa à la tête le malheureux garçon qui s'était réfugié derrière eux, et qui tomba sans connaissance.
A cet acte de violence, le maître d'hôtel et ses garçons se jetèrent sur les deux juifs, qui firent une résistance désespérée, mais qui fu-
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rent enfin obligés de cédei- au nombre. On envoya chercher un officier de police , et on les conduisit devant un magistrat. On laissa en liberté M. S... et Mariam; mais Joé fut invité à les suivre chez le magistrat, afin de faire sa déposition de tout ce qui s'était passé. Ils eurent à attendre un bon quart d'heure avant d'être admis en présence du magistrat, qui était occupé d'une autre affaire. Pendant ce temps le chirurgien qu'on avait envoyé chercher pour donner des secours au garçon, vint annoncer qu'il était mort. Le magistrat reçut les dépositions, fit conduire eu prison le père et le fils, et exigea de Joé et de quelques autres un cautionnement pour assurer leur comparution comme témoins lors du procès des deux juifs. Deux heures se passèrent avant que Joé pût retournera l'hôlel. II y trouva un billet qu'avait laissé M. S... pour l'informer qu'il avait jugé à propos de partir à l'instant, de crainte qu'on n'exigeât sa présence et celle de Miriam devant la cour de justice, ce qui donnerait à la famille de celle-ci le temps de prendre contre eux de nouvelles mesures. Il finissait par lui dire qu'il lui écrirait le plus tôt qu'il lui serait possible. Cette affaire fit quelque bruit, et il en fut II. i5
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parlé dans tous les journaux. Joé écrivit à M. Small, pour lui en rendre un compte détaillé. Il prit des informations, et apprit que la session de la cour de justice comniencerait dans quinze jours, et que le grand jury s'assemblerait la semaine suivante. Il résolut donc de ne pas retourner à Portsmouth avant qiie Taffaire fût jugée, et il écrivit à M. Small pour l'en informer. Il partit ensuite pour Ricliemond, où on lui avait dit qu'il respirerait un air plus convenable à un convalescent que Tatmosplière épaisse et enfumée deLondi-es.
Là notre héros s'amusa à fairedes promenades sur la rivière ; il recevait souvent des lettres de Portsmouth et de Marie, et les réj)onses qu'il y faisait étaient pour lui une autre source d'amusement. M. S... l'informa aussi que son mariage avec Miriam avait eu lieu à Gretna- Creen , en le priant de lui rendre compte du jugement de l'affaire des deux juifs dès qu'il serait rendu. La santé de Joé était presque erilièrement réiablie quand il reçut une citation pour paraître comme témoin devant la cour de justice , le grand jury ayant déclaré qu'il y avait lieu à une accusation d'homicide contre Joseph.
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Notre héros retourna à Londres, et le lendemain de son ariivée , il se rendit à la cour de justice. Quand il fut placé sur le banc des témoins, on lui demanda son nom. Il venait de prêter serment dédire — la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, et il répondit : — Joseph Rushbrook.
— Votre déposition devant le magistrat est signée Joseph O'Donahue, — dit l'avocat de l'accusé; — que signifie cela, monsieur? avezvous un autrement dit ^ comme' tant d'autres?
— Rushbrook est luon nom véritable, — répondit Jdé; — mais j'ai porté quelque temps celui dO'Donahue.
Cette réponse donna lieu à l'avocat de faire quelques remarques sévères sur ce changement de nom; mais en reçut la déposition de Joé, qui fut regardée comme favorable à l'accusé, car il déclara qu'il était convaincu que le coup avait été dij-igé/noii conlre le défunt, mais contre M. S...
Après un interrogatoii'e qui dura près d'une heure, on appela un autre témoin; mais comme il pouvait devenir nécessaire de Tinterrogcr de nouveau, il fut reconduit d»^ns la saîle où les témoins étaient assemblés.
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