II
» Je me trouve heureux de pouvoir dire que, » grâce à la terreur panique de l'ennemi, je n'ai » à mentionner ici que quelques contusions. » Celle de James Anderson , quartier-maître , » est très sérieuse ; celles de John Peters , ma- » telot de première classe; de James Morrison , » soldat de marine, et de Thomas Snowball , » cuisinier du capitaine, sont plus légères. — » J'ai l'honneur d'être , monsieur, votre très » humble et très obéissant serviteur. »
» Alcibiade Ajax Boggs. »
— Eh bien, Joé, voilà ce que je regarde comme une excellente lettre. Pas un Français, pas même un Américain n'aurait pu mieux farder une telle affaire. L'amirauté fut convaincue qu'un exploit brillant avait eu lieu, quoique le brouillard empêchât d'en juger aussi bien qu'on aurait pu le faire sans cela, et mon commandant fut récompensé par le grade de capitaine, A présent écrivez à votre sœur, et recommandez -lui de vous répondre sur-lechamp, attendu que dans trois ou quatre jours nous partons pour aller chercher des commandes , et que nous ne serons de retour que dans trois mois.
Joé écrivit «me longue lettre à Marie, lui raconta son aventure avec les deux coquins qui avaient voulu le voler; lui parla de la rencontre qu'il avait faite ensuite d'un gentleman qui faisait le commerce de quincaillerie, et qui l'avait prisàson service, et il la pria de lui répondre promptemenl, attendu qu'il allait faire avec son maître un voyage de trois mois pour obtenir des commandes.
La réponse de Marie arriva avant leur départ. Elle disait qu'elle était heureuse et contente j que sa maîtresse était pleine de bonté pour elle ; qu'elle avait beaucoup d'ouvrage, mais qu'elle s'acquitterait de ses devoirs envers ses maîtres. Elle donnait plusieurs bons avis à Joé, du ton le plus affectueux ; revenait de temps en temps sur le passé, et remerciait le ciel de ne plus être une honte pour sa famille et pourson sexe. C'était une effusion touchante de contrition et d'humilité, de reconnaissance et d'affection , qui faisait honneur à la pauvre Marie, et qui prouvait qu'elle désirait sincèrement continuer à marcher dans le droit chemin, et qu'elle était vivement attachée à notre héros. Joé la lut et relut plusieurs fois , et versa des larmes de plaisir en se rappelant le passé. J^e pauvre Joé croyait
avoir perdu pour toujours son père etsa mère, et c'était une consolation pourlui de savoir qu'il existait dans le monde quelques êtres qui l'aimaient, et il passait des heures entières à penser à Marie et à mistress Chopper, et à ses bons et dignes amis, M. et mistress Mac Shane.
Deux jours après l'arrivée de la lettre de Marie, Spikeman et Joé allèrent voir toutes leurs connaissances pour leur annoncer leur départ. Spikeman paya tout ce qu'il devait à Dudstone , et plaça dans sa chambre divers nouveaux objets qu'il avait achetés. Joé et lui mirent alors leurs vêtements de voyage , et quand la nuit fut venue, ils se rendirent dans ie cabaret où ils avaient laissé la roue à repasser les couteaux. Spikeman avait pris la précaution de se noircir en partie le visage, pour mieux ressembler à un chaudronnier, et d'après son avis, Joé en avait fait autant. Quand ils y arrivèrent, le cabaretier demanda à Spikeman ce qu'il avait fait pendant tout ce temps, et celui-ci lui répondit, suivant sa coutume , qu'il avait été voir sa vieille mère, et qu'à présent il fallait qu'il fit tourner sa meule. Après avoir bu un pot de bière près du feu, ils allèrent se coucher, et le lendemain au. point du jour ils se mirent en route.
ou LE BRACONNIER. 3^