CHAPITRE XVIII
Dans lequel Marie découvre ce que le lecteur sait depuis long-temps.
Il était à peine dix heures du matin, quand Marie arriva à Exeter le surlendemain de son
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(lépnrt, et elle se rendit sur-le-champ à la prison. Ses yeux se fixèrent avec eflioi sur Textériciir (le ce bâtiment massif, et ses joues |)àlirent en voyant les chùnes et les fers sculptés au-dessus de la porte, emhélmes pailants de la destination de ce sombre édifice. Plusieurs personnes sur les dei^M'és et dans le passage demandaient à voir des prisonniers, ou prenaient des renseignemenis sur eux, el Marie futobligi'e d'attendre son tour. Mais son air et son extérieur la distiniïuaient tellement des individus qui l'entouraient, qu'un porte- clefs la regarda avec surprise, el lui demandi qui elle désirait voir. Marie eut à peine la force de répondre : — Joseph Rushbrook, mon frère.
En ce moment le geôlier en chef arriva.
— Voici une jeune femme qui demiinde à voir son frère , le jeune llushbrouk, — lui dit le porte-clefs.
— Eh bien , mon enfant, — dit le geôlier à Marie, — entrez dans mon logement ; et atfendez-y que je puisse disposer de quelqu'un pour vous conduire.
Ces deux hommes avaient parlé à Marie avec UD ton de douceur et de bonté qui n'est pas ordinaire dai^s leur profession , car ils avaient
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été touchés de son air d'affliction et émus par sa beauté. Elle s'assit dans l'appartement du geôlier, dont la femme eut pour elle tous les soins d'une sincère compassion. Un porte-clefs ne tarda pas à venir pour la conduire à la ciiambre de Joé, et lorsqu'elle se leva, la femme du geôlier lui dit : — Quand vous aurez vu votre frère , ma chère enfant, ne partez pas sans me revoir, et je pourrai peut-être vous être utile, en vous apprenant ce que vous pouvez faire pour lui et ce qui n'est pas permis ici.
Marie ne put parler, mais ses veux pleins de larmes remercièrent la femme du geôlier. La bonne femrne comprit ce langage et lui dit : — Allez, allez, et songez à revenir ici.
Le porte-clefs, sans lui parler, la conduisit à ia chambre de Joé, tira les verrous, ouvrit la porte, fit entrer Marie et se retira en la fermant. Marie se jeta dans les bras de Joé, l'embrassa tendrement, et lui mouilla les joues de ses larmes.
— J'étais sur que vous viendriez, Marie. -dit Joé; — maintenant, asseyez-vous, et je vous apprendrai comment tout cela est arrivé. Pendant ce temps, vous deviendrez plus calme, et vous serez plus en état de me parler à votre tour.
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Ils s'assirent sur un banc, et Joé, tenant encore une main de Marie dans la sienne, lui raconta en détail tout ce qui s'était passé. Les larmes de Marie se séchèrent pendant qu'elle récoufait,et elle reprit un peu de sang-froid.
— Et qu'avez- vous dessein de faire quand vous serez devant le juge? — lui demandât-elle ensuite.
— De ne rien dire, si ce n'est que je ne suis pas coupable, ce qui est la vérité. Je ne me défendrai pas autrement.
— Mais pourquoi ne voulez-vous pas avouer la vérité? Cette obstination m'a fait faire bien des réflexions, Joé, et je suis convaincue depuis long-temps que personne n'agirait ainsi, s'il ne s'agissait de la vie d'un père. Oui , ni vous, ni personne ne serait assez fou pour se sacrifier de cette manière, si ce n'est pour sauver son père.
Joé ne fit aucune réponse, et resta les yeux baissés vers le plancher.
— Si je ne me trompe pas dans ma supposition, — reprit Marie, — je ne vous demande de me répondre ni oui, ni non. Mais, encore une fois, pourquoi ne pas dire la vérité? Furness m'a dit que votre père et votre mère
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avaient quitté Grassford ; qu'il avait inutilement cherché à découvrir leurs traces, et qu'il était sûr qu'ils étaient passés en Amérique. En ce cas, pourquoi vous sacrifier sans nécessité?
— En supposant que vous ne vous trompiez pas dans vos conjectures, Marie, — répondit Joé les yeux toujours baissés, — quelle preuve y at-il que mes p;uents aient quitté l'Angleterre? Ce n'était qu'une supposition de Furness, et moi je suis convaincu du coniraire. Je ne sais où ils peuvent être, mais je suis certain que ma mère n'aurait pas voulu quitter ce p;iys avant d'avoir découvert où j'étais et sans m'emmener avec elle. Oui, Marie , mon père et ma mère, s'ils sont vivants, sont encore en Angleterre.
— Mais songez du moins, mon cher Joé, que votre père peut être mort.
— Si cela était, ma mère m'aurait déjà découvert. Elle aurait mis des avertissements dans les journaux, — elle aurait mis tout en œuvre, — elle serait retournée à Grassford, et
— Et quoi , Joé ?
— Je ne dois pas en dire davantage, Marie,
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j'ai beaucoup réfléchi depuis que je suis en prison; j'ai pris ma résolution, et elle ne changera jamais. — Mais laissons ce sujet, ma chère Marie; parlez-moi de ce qui vous concerne.
Marie resta encore une heure avec lui, et lui alors elle tit ses adieux, car il lui tardait de retourner chez mistress Austin, et deTinformer du résultat de cette entrevue. Llie descendit fort affligée, et rentra dans la chambre du geôlier.
— Voudriez-vous prendre cjuclque chose?—:
lui demanda la femme du geôlier quand elle fut assise. Marie lui demanda un verre d'eau, qui lui fut donné sur le-champ,
— Et comment avez -vous trouvé votre frère ?
— Il est innocent , — je sais qu'il est innocent; — mais il s'obsline à ne pas vouloir parler, et il sera condamne.
— Eh bien , eh bien , ne vous affligez pas trop. Il devait être bien jeune à cette époque, et, innocent ou coupable, il ne sera pas puni de mort, c'est une chose certaine; mais il faudra qu'il quitte le pays.
— En ce cas, je le quitterai avec lui.
— Mais il est possible qu'il obtienne sa grâce.
Prenez donc courage , et si vous avez de l'argent , assurez-vous d'un bon avocat.
— Pouvez-vous m'en indiquer un ?
— Oui, M. Trévor. C'est un homme fort habile , et il ne manque jamais de venir aux assises d'Exeter. Si quelqu'un peut sauver votre frère , c'est lui.
— Je prendrai son adresse, s'il vous plaît. La bonne femme donna à Marie un morceau
de papier, une plume et de l'encre, et après avoir écrit le nom et l'adresse de M. Trévor, Marie lui fit ses remerciements et ses adieux.
De retour chez mistress Austin , Marie lui fit part de tout ce qui s'était passé. Mistress Austin vit que Joé serait inébranlable dans sa résolution , et que tout ce qu'on pouvait faire pour lui était de lui procurer le meilleur avocat possible.
— Ma pauvre fille , — dit mistress Austin , — voici de l'argent , car il en faudra pour venir à l'aide de votre frère adoptif. Vous dites que vous avez obtenu le nom du meilleur avocat qu'on puisse employer pour lui. Il fiMit que vous alliez demain à Londres pour le voir. Il est inutile de lui parler de moi. Comme sa sœur, il est tout naturel que vous cherchiez à
lui procurer le meilleur défenseur. Vous lui parlerez donc comme de vous-même.
— Oui , madame.
— Si vous le jugez nécessaire, vous pouveï rester à Londres deux ou trois jours , mais ayez soin de m'écrire tous les jours.
— Oui, madame.
Et si voire séjour à Londres se prolonge, vous m'enverrez votre adresse , afin que je puisse vous écrire, si j'ai quelque avis à vous donner, quand je saurai ce que vous avez fait.
— Oui , madame.
— Et à présent , vous ferez bien d'aller vous coucher, ma pauvre fille , car vous avez l'air fati-uée. Je n'ai pas besoin de vous recommander de ne rien dire à aucun des domestiques.
Marie se mit au lit , car elle était réellement épuisée de fatigue, d'inquiétude et de chagrin. Enfin , elle s'endormit. Le lendemain matm elle était sur la route de Londres , ayant salisfait la curiosité des domestiques en leur disant que la cause de son voyage était une maladie dangereuse de son frère.
Des qu'elle fut arrivée dans la capitale , elle se fit conduire chez M. Trévor. Il était chez
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lui , et après avoir attendu quelques instants , elle fut introduite en sa présence par un de ses clercs.
— Qu^ puis je faire pour vous , jeune dame? — lui demanda M. Trévor avec quelque surprise. — 11 est rare que l'antre d'un homme de loi soit embelli par une telle vision. — Ayez la bonté de j)rendre un siège.
— Je ne suis p;is une jeune dame , monsieur. Je viens vous prier de vous charger de la défense de mon Irère , qui va être mis en jugement à Exeler,
— Votre frère? De quoi est-il accusé?
— De meurtre, — répondit Marie; — mais en vérité, monsieur, il n'est pas coupable, — èôniinua t-elle en fondant en larmes.
M. Trévor était non seulement un avocat habile, mais un homme bon et compatissant. Il garda le silence quelques minutes, pour donner à Marie le temps de se remettre de son émotion. Quand il la vit plus calme , il lui demanda comment se nommait son fière.
— Joseph Rushbrook , monsieur.
— Rushbrook! Je me rappelle fort bien ce nom. Joseph Rushbrook 1 Que cela est étrange ! c'est aussi le même nom de baptême. — Cela
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est certainement singulier. Il y a quelques années , j'ai aidé un JosepU Rushbrook à entrer en possession d'une grande fortune, et me voici chargé de défendre un autre Joseph Rushbrook , accusé de meurtre.
Marie fut étonnée de celte observation, mais ne répondit rien.
— Avez- vous le mandat d'emprisonnement?
Non , je suppose. Et où le meurtre a-t-il eu lieu ?
— Dans le comté de Devon , monsieur.
— Et il est à présent en prison à Exeter? Allons , contez-moi tous les détails de l'aOaire.
Marie lui dit tout ce qu'elle en savait d'une manière claire et concise.
— Eh bien , ma bonne fille , il faut que je voie votre frère. Dans deux jours je serai à Exeter. Si vous le voyez , ou si vous lui écrivez avant ce temps , dites-lui qu'il faut qu'il ait une confiance entière et sans réserve eu s(;n avocat; sans cela je ne puis lui être utile. — Permctlez-moi de vous demander si vous avez des parents dans le comlé d'York.
— INon , monsieur, aucun.
— Et cependant le nom et le prénom sont exactement les mêmes. — C'est une coïnci-
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dence bien étrange 1 Au surplus ils ont changé de nom en prenant possession de leur domaine.
— Changé de nom, monsieur! quitté le nom deRushbrook! — s'écria Marie, qui crut avoir trouvé un fil qui la conduirait à trouver les parents de Joé.
— Oui. Une des conditions du legs était que Joseph Ruslîbrook prendrait le nom d'Austin , et il demeure à présent dans le comté de Dorset. J'en parle , parce que s'il était votre parent,
son crédit pourrait être utile à votre frère
Mais'qu y a-t-il donc? — s'écria M. Trévor en se levant pour soutenir Marie, — Smithers! — de l'eau ! — vite ! — cette jeune fille se trouve mal.
La surprise de cette nouvelle inattendue, son affection pour mistress Âustin , le jour que ce qu'elle venait d'apprendre jetait sur la cause de l'intérêt que cette dan^e prenait à Joé, et la conviction des souffrances qu'elle devait éprouver, tout cela réuni avait été pour Miirie un choc auquel elle n'avait pu résister. Au bout de quelques minutes elle revint à elle.
— Je vous remercie, monsieur; mais mon pauvre frère me cause tant d'affliction et d'in-
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quiétude ! — dit Marie en balbutiant et respirant à peine.
— Ce ne peut être tout-à-fait un mauvais sujet, puisque vous l'aimez tant.
— Ah , monsieur , — murmura Marie , — je voudrais valoir la moitié autant que lui.
— Je ferai tout ce que je pourrai pour lui , dès que j'aurai en main toutes les pièces de l'affaire et que je les aurai lues. J'irai même à Exeter vingt-quatre heures plus tôt que je ne me le proposais, à cause de votre frère. — Vous sentez-vous en état de partir? On ira vous chercher un fiacre. Demeurez-vous à Londres? Si cela est, il faut me laisser votre adresse.
Marie lui répondit qu'elle avait dessein de partir le soir même pour Exeter.
Quand le fiacre fut arrivé , M. Trévor y conduisit Marie lui-même , l'aida à monter , et ordonna au cocher de la conduire à l'auberge où elle était descendue- Les sens de Marie étaient presque égarés. Il était tard , et la diligence devait partir dans une heure ou deux. Elle y prit sa place , et pendant tout ce voyage elle s'aperçut à peine du cours du temps. En arrivant le lendemain , elle courut à la prison. Le II. 17
geôlier et sa femme l'accueillirent avec la même . bonté que la première fois , et un porte-clefs alla lui ouvrir la chambre de Joé. Dès qu'elle y fut entrée, elle se jeta à genoux, la tète appuyée sur le lit, et s'écria en sanglotant, sans faire attention à Joé:
— Oh! cela est horrible, — trop horrible ! — Mais que doit-on , — que peut-on y faire ? — D'un côté comme de l'autre, ce n'est que honte et misère. — Que le ciel me pardonne ! je crois que je perds l'esprit. — Que vous soyez ici, — que vous vous trouviez dans une telle situation ! — Si c'était moi , à la bonne heure , je l'ai mérité. L'emprisonnement, la mort , ce ne serait rien de trop pour moi. Mais vous , mon cher Joé, vous!
— Que signifie tout cela, Marie? — demanda Joé. — Je n'y comprends rien. Les choses sont-elles devenues pires qu'elles ne l'étaient auparavant? — Et pourquoi parler de vous-même de cette manière? Si votre conduite n'a pas toujours été irréprochable , vous y avez été poussée par les autres; et si vous en avez changé , vous ne le devez qu'à vousmême.
— Ah, Joé ! — répondit Marie en se relevant ;
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— mon repentir me paraîtrait bien faible , si je croyais que quelques années de bonne conduite pussent effacer le passé. Non, non , ma vie tout entière ne suffira pas pour me repentir ; il faut que je vive en me repentant sans cesse, et que je meure en implorant le pardon du ciel. — Mais pourquoi parler de moi?
— Qu'est-il donc arrivé , Marie?
— Je ne puis avoir un secret pour vous , Joé : il est inutile que je l'essaie. — J'ai découvert votre père et votre mère.
— Où sont-ils, connaissent-ils ma position ?
— Votre mère la connaît, mais non votre père.
— Dites-moi tout, Marie, vite, vite!
— Votre père et votre mère sont M. et mistress Austin.
L'étonnement de Joé lui ôta le pouvoir de parler. Il regardait Marie en face, mais sans pouvoir prononcer un seul mot. Marie pleura de nouveau, et Joé resta quelques minutes près d'elle en silence.
— Allons, Marie, — dit Joé , — à présent , vous pouvez tout m'apprendre.
Joé s'assit près d'elle , et Marie lui fit part de
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ce qui s'était passé entre elle et mistress Austin ; — de l'aveu que cette dame lui avait fait qu'elle tenaitàluipar des nœuds bien chers, — du vif intérêt qu'elle prenait à lui , — de l'argent qu'elle lui avait donné ; — enfin des souffrances qu'elle avait éprouvées. Elle finit par lui rapporter toute sa conversation avec M. Trévor.
— Vous voyez, mon cher Joé, — ajoutât-elle , — que c'est un fait indubitable. J'avais promis à mistress Aiistin de ne pas vous parler de ce qu'elle m'avait dit , mais je n'ai pu tenir ma promesse. Et maintenant qu'y a-t-il à faire?
— Parlez-moi de mon père, Marie. Je désire savoir s'il est estimé , et comment il se comporte dans sa nouvelle situation.
Marie lui dit tout ce qu'elle en savait , ce qui était peu de chose. — Il est respecté, — ajoutât-elle ; — mais c'est un homme étrange, qui ne veut voir personne et ne sort jamais de chez lui.
— Vous savez quelles étaient déjà mes intentions, Marie. J'y tiens à présent plus que jamais. Je courrai la chance du silence, car jamais je ne dirai un mot. Vous en savez déjà , et vous en avez deviné plus que je ne l'aurais
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voulu. Je ne dirai pas que vous ne vous êtes pas trompée , car ce n'est pas mon secret.
— C'est ce dont je me doutais, et je sens combien mes raisonnements doivent être affaiblis par ce que je viens de vous apprendre. Auparavant, je ne pensais qu'à vous; à présent, je pense aussi à d'autres. — Ah, Joé ! vous qui éles si innocent, être ainsi puni ! Et moi , qui suis si coupable, me trouver épargnée !
— La volonté de Dieu est que je sois dans cette position, Marie; mais ne revenons plus sur ce sujet.
— Mais, Joé, M. Trévor doit venir ici demain; et il dit que vous ne devez avoir aucune réserve avec lui, si vous voulez qu'il puisse vous servir.
— Vous avez rempli votre mission, Marie; à présent laissez-moi agir avec lui comme je le jugerai convenable.
— Mon cœur est brisé, - dit Marie; — je voudrais être dans ma tombe, si ce souhait m'est permis.
— Souvenez-vous d'une chose, Marie; — d'une chose qui est mon soutien et qui doit être le vôtre : — je suis innocent.
— Oui, vous l'êtes; j'en suis sûre. Plût au
ciel que je pusse en dire autant d'un autre ! Mais, dites-moi, Joé, que ferai-je quand je reverrai votre mère? Je l'aimais auparavant ; mais combien plus je l'aime à présent ! Lui dirai-je que j'ai tout découvert? je ne sais comment je pourrais le lui cacher.
— Je ne vois pas de raison pour le lui cacher, Marie; mais dites-lui aussi que je désire ne la voir qu'après mon jugement. Quel que doive être mon destin , je souhaite vivement de la voir quand il sera décidé.
— Je le lui dirai après-demain. Mais il faut que je m'en aille pour chercher un logement et écrire à votre mère. Adieu , que Dieu vous protège!
Marie le quitta ; elle était si faible qu'elle put à peine gagner la chambre du geôlier, où elle s'assit pour respirer quelques instants. Elle demanda à sa femme si elle pouvait lui indiquer un logement dans le voisinge de la prison , et celle-ci chargea un porte-clefs de la conduire dans une maison où elle savait qu'elle trouverait une chapbre convenable. Dès que Marie y fut installée, elle écrivit à mistress Austin pour l'informer qu'elle avait vu l'avocat , et qu'il avait promis de se charger de l'affaire de
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Joé. Ensuite, épuisée par les fatigues , les inquiétudes et l'agitation des trois derniers jours, elle se mit au lit, et le sommeil lui fit oublier ses souffrances.