‹ Joseph RushbrookChapitre 24 sur 28 · OD LE BRACONNIER · texte numérisé non relu

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driez qu'avec plus de zèle , et maintenant parce que je me déclare innocent , et que je ne veux ou ne puis nommer le coupable , vous dites qu'il faut que vous renonciez à me défendre. — Ce n'est pas être d'accord avec vous-même.

— Il faut que j'aie votre confiance , mon cher ami.

— Vous ne pourrez jamais l'avoir à un plus haut degré. Je ne vous ai pas prié de vous charger de ma défense. Je me soucie fort peu d'être défendu.

— Vous désirez donc être pendu ?

— Point du tout; mais plutôt que de dire un seul mot de plus , j'en courrai la chance.

— Tout cela est fort étrange , — dit M. Trévor. — Et après quelques instants de réflexion , il ajouta: — Je remarque que vous êtes supposé avoir tué ce colporteur Byres , sans que personne en fût témoin. On savait que vous étiez sorti avec le fusil de votre père , et la déposition du garde -chasse prouve que vous braconniez. Or, comme il n'y a aucune preuve de préméditation de meurtre de votre part , il n'est pas impossible qu'un accident ait fait partir le coup fatal , et qu'enfant comme vous deviez l'être alors , vous ayez été si effrayé de

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ce qui venait d'arriver , que vous avez pris la fuite et que vous vous êtes caché. Je crois que c'est notre meilleur plan de défense.

— Je n'ai pas tiré le coup de fusil.

— Qui donc l'a tiré ?

Joé ne répondit rien.

— Rushbrook , — dit M. Trévor , — je crains de ne pouvoir vous être d'une grande utilité , et sans l'intérêt que m'ont inspiré les larmes de votre sœur , je ne me chargerais pas de votre cause. Je ne comprends rien à votre conduite ; elle me paraît aussi absurde que les motifs en sont inexplicables. Tout ce que je puis croire, c'est que vous avez commis ce meurtre , et que vous ne voulez confier ce secret à personne , pas même à ceux qui voudraient vous servir.

— Pensez de moi ce (ju'il vous plaira , monsieur. Yous pouvez m'entendre condamner, même me voir exécuter, si les choses vont jusqu'à ce point; mais après tout cela, croyez ce que je vous affirme sur toutes mes espérances de salut , que je suis innocent. — Je vous remercie, monsieur, je vous remercie bien sincèrement de l'intérêt que vous m'avez montré; j'en suis très reconnaissant , et surtout

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de la manière dont vous avez parlé de ma sœur. Mais quand vous resteriez un mois ici , vous n'en apprendriez pas plus que ce que vous savez déjà.

— Après une telle déclaration , il est inutile que je reste ici plus long-temps. Je vous défendrai comme je le pourrai, par égard pour votre sœur.

Bien des remerciements de toutes vos

bontés, monsieur, ]'en suis réellement reconnaissant.

M. Trévor resta une minute à examiner la physionomie de notre héros, et il y trouva quelque chose de si franc, de si ouvert et de si calme, quelque chose qui proclamait si bien l'innocence et la grandeur d'âme , qu'il ne put s'empêcher de soupirer profondément en se retirant.

L'entrevue qu'il eut ensuite avec Marie fut très courte. Il lui expliqua les difficultés que lui opposait l'obstination de son frère , mais il lui exprima en même temps sa détermination de faire tous ses efforts pour le sauver.

Dès que Marie eut vu M. Trévor , elle partit pour retourner chez sa maîtresse ; et en y arrivant , elle lui apprit que cet avocat avait con-

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senti à entreprendre la défense de Joé , et l'instruisit de la ferme résolution prise par celui-ci de ne pas divulguer son secret. — Madame , — ajouta-t-elle après un instant d'hésitation , — il est de mon devoir de ne rien vous cacher, et j'espère que vous ne serez pas mécontente en apprenant que j'ai découvert ce que vous n'aviez pas trouvé bon de m'apprend re.

— Qu'avez-vous donc découvert? — lui demanda mistress Austin avec quelque alarme.

— Que Joseph Rushbrook est votre propre fils , — répondit Marie en se mettant à genoux devant elle et en lui baisant la main. — Mais votre secret ne court aucun risque avec moi , comptez-y bien.

— Et comment avez-vous fait cette découverte , Marie ? car je ne chercherai pas à le nier.

Marie lui fit alors le détail de sa première conversation avec M. Trévor. — Il me demanda, — ajouta-t-elle , — me supposant toujours sœur de Joé, si nous avions des parents dans le comté d'York, et je lui répondis négativement ; de sorte qu'il ne peut avoir aucun soupçon que Joé soit votre fils. Mais je vous de-

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mande pardon , madame , de n'avoir pas été en état de cacher ce secret à Joé , et d'avoir ainsi manqué sans y penser à la promesse que je vous avais faite.

— Et que dit à cela mon pauvre enfant ?

— Il me dit qu'il désirait ne pas vous voir avant son jugement ; mais que lorsque son destin serait décidé, il souhaitait vivement de vous revoir encore une fois. — Oh , madame , quel sacrifice ! mais je ne le blâme plus à présent; c'est son devoir.

— Ma crainte n'est pas pour mon fils, Marie ; il est innocent , et c'est tout pour moi. Mais si mon mari venait à apprendre qu'il est en prison , je ne sais quelles en seraient les suites. S'il m'était possible de le lui cacher ! Dieu sait ce qu'il a déjà souffert. — Mais ai-je donc perdu l'esprit? je ne sais plus ce que je dis.

— Oh , madame , j'ai tout deviné. INi vous ni Joé vous ne pouvez rien me cacher. Je vous demande pardon , mais quoique Joé n'ait pas vouhi me répondre , je lui ai dit que j'étais sûre que c'était son père qui avait fait ce dont on accuse son fils. Mais ne me répondez pas , ma chère maîtresse , gardez le silence comme votre fils , et soyez bien sûre qu'aucune tor-

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ture ne pourrait me forcer à énoncer mes soupçons.

— Je vous crois, Marie, et peut-être vaut-il mieux que vous sachiez ce que vous avez appris. Quand le jugement doit-il avoir lieu?

— On m'a dit que les assises s'ouvriront demain avant midi, madame.

— Oh 1 combien il me tarde de le serrer dans mes bras !

— C'est une cruelle épreuve pour une mère, madame; mais songez que te ne doit être qu'après qu'il

— Oui! après qu'il sera condamné! — Que Dieu ait pitié de moi 1 — Marie, il faut que vous retourniez à Exeter sur-le-champ; mais écrivez-moi tous les jours. Restez près de lui , consolez-le, et puisse le Dieu de miséricorde écouter les prières d'une mère malheureuse et désespérée! — Laissez-moi à présent. Que Dieu vous protège, ma chère enfant! vous êtes ma seule consolation.

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