‹ Joseph RushbrookChapitre 9 sur 28 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Chapitre ua peu loDg , mais qui contient une réconciliation, une mort et un héritage.

Comme il était tard, cène fut que le lende-

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main matin que Joé ouvrit le paquet que lui avait remis Spikeman; mais il se leva au point du jour, car il croyait très possible qu'on vînt l'arrêter, s'il ne partait pas de bonne heure. Le paquet contenait une clé, vingt livres en or et en billets de banque, et la lettre suivante, à laquelle était joint un autre écrit :

« Mon cher Joé, — comme il faut que nous » nous séparions , du moins pour quelque » temps, je vous laisse l'argent dont vous pouvez » avoir besoin pour le moment. Le papier joint » à cette lettre est un acte par lequel je vous fais » donation de ma roue de rémouleur, et des » meubles, livres, etc., qui sont dans ma cham- » bre à Dudstone, dont je vous remets la clé. Je » vous recommande d'en aller prendre posses- » sion sur-le-champ. Dès que j'en aurai le temps, » j'écrirai à la maîtresse de la maison pour l'in- » former que tout ce qui s'y trouve vous ap- » partient. Je vous écrirai aussi pour vous faire » part de la suite de mon aventure. Vous ferez » à présent ce que vous jugerez à propos; dans » tous les cas, je vous ai appris un métier, et » je vous ai fourni les moyens de l'exercer. Si » vous prenez ce parti , j'espère que vous vous » retirerez im jour des affaires aussi heureuse-

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» ment que je l'ai fait moi-même. Je vous en- » gage à m'écrire de temps en temps, quand » je vous aurai fait savoir où je suis. — Soyez » bien sûr qu'il n'existe aucune profession qui » approche autant de celle de gentleman que » celle de chaudronnier ambulant.

» Votre affectionné,

» Auguste Spikeman.

» P. S. Il y a quelque argent où vous savez, » pour payer ce que nous devons à la chau- » mière, »

Notre héros pensa qu'il ne pouvait mieux faire que de suivre l'avis de Spikeman. Il écrivit d'abord quelques lignes à Marie , en la priant de lui répondre à Dudstone ; et ayant payé ce qui était dû aux bonnes gens de la chaumière, il prit sa roue de rémouleur, et se mit en route pour aller prendre possession de sa chambre et de son mobilier. Comme il n'avait pas besoin d'argent, il ne s'arrêta pas en chemin pour chercher de l'ouvrage; et le cinquième jour, il se trouva à la porte du cabaret où Spikeman avait coutume de laisser sa roue avant d'entrer à Dudstone. Joé jugea à propos d'en faire autant, et il dit au cabaretier qu'il le faisait par ordre

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de Spikeman. Dès qu'il fut nuit, il entra dans la ville, et frappa à la porte de la maison où Spikeman avait sa chambre. Il informa la maîtresse du logis que Spikeraau ne reviendrait probablement pas, et lui montra la clé qu'il lui avait remise, et l'acte de donation qu'il lui avait fait. La bonne femme s'en conienta, et Joé monta dans sa chambre. Dès qu'il eut allumé une chandelle, il se jeta sur le sofa et se mit à réfléchir. 11 est agréable d'avoir quelque chose à soi, et Joé n'avait jamais rien possédé. Il trouva donc satisfaisant, en regardant le lit, les livres et tout le mobilier, de pouvoir dire : — Tout cela est à moi; — et il est probable que tout autre à sa place aurait éprouvé le même gentiment. Pendant quelque temps ses yeux firent la revue de tous les objets extérieurs; et ensuiîe il ouvrit les tiroirs de la commode et quelques coffres. Il y trouva bien des objets auxquels il ne s'attendait pas : des draps, du linge de table, tous les babils de Spikeman, qui n'avait emporté que ceux qu'il avait récemment achetés à Londres, quelques cuillères d'argent et beaucoup d'autres choses, car Spikeman n'avait rien retiré de tout ce que sa chambre contenait. Joé enferma son argent

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dans un tiroir de la commode, se coucha, et dormit aussi bien que le plus riche propriétaire du royaume. En s'é veillant le lendemain , il commença à réfléchir à ce qu'il ferait. Il ne pensait pas , comme Spikeman , que la profession de chaudronnier ambulant fût la plus voisine de celle de gentleman, et il n'aimait pas beaucoup l'idée d'avoir à rouler toute sa vie une roue de rémouleur. Cependant, il convint avec luimême que c'était un métier dans lequel il pourrait gagner sa vie , et que s'il ne pouvait faire rien de mieux, ce serait toujours une ressource. Dès qu'il eut déjeuné, il écrivit à Marie pour lui apprendre en détail tout ce qui lui était arrivé, et l'informer de ce qu'il comptait faire provisoirement. Ayant fini sa lettre, il s'habilla proprement, et alla faire une visite à la veuve James. Miss Ophélie et miss Amélie étaient seules à la maison.

— C'est vous, monsieur Atherton ! — s'écrie" rent-eiles toutes deux en même temps; — comment vous portez-vous ? où est M. Spikeman?

— Bien loin d'ici . — répondit Joé.

— Bien loin d'ici ! — s'écria miss Amélie ; — quoi! il n'est pas revenu avec vous?

— Non, et il est probable qu'il ne reviendra

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plus. Je suis venu pour prendre possession de tout ce qui lui appartient ici.

— Que lui est-il donc arrivé? — demanda miss Ophélie.

— Un grand accident. Il est tombé

— Tombé ! — répétèrent les deux soeurs.

— Tombé amoureux, et il s'est marié.

— Marié ! — s'écria Ophélie 5 — qui l'aurait cru ?

Amélie ne dit rien.

— Et il est réellement marié ? — reprit Ophélie.

— Oui, et il a quitté les affaires.

— Il semblait très pressé la dernière fois qu'il est venu ici, — dit Amélie. — Et qu'allezvous faire à présent ?

— Je ne vais pas encore suivre son exemple.

— C'est ce que je suppose, — dit Ophélie; — mais que comptez-vous faire ?

— Il doit m'écrire , et j'attendrai ici ses ordres. Je ne sais trop si je resterai dans cette partie du pays, ou si je vendrai tout pour aller le rejoindre , ou si je chercherai quelque autre besogne. Je n'aime guère la quincadlerie; il faut toujours voyager pour chercher

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des commandes. — Comment se porte votre maman, miss Ophélie?

— Fort bien ; elle est allée au marché. — Eh bien, je ne me serais jamais attendu à apprendre que M. Spikeman était marié. Qui a-t-il épousé?

— Une jeune et belle personne , fille du squire Mathews, et ayant une grande fortune.

— Oui , les hommes cherchent toujours de l'argent, à présent, — dit Amélie.

— Il faut que je vous quitte, car j'ai quelques visites à faire, — dit Joé en se levant; et prenant congé des deux sœurs, il se retira.

Il faut convenir que les miss James n avaient pas pris à l'égard de Joé un ton aussi cordial qu'autrefois; mais les filles non mariées n'ai ment pas à entendre parler du mariage d'une ancienne connaissance, à moins qu'il ne s'agisse du leur. Non seulement elles perdent un but de coquetterie, mais elles ont une chance de mariage de moins. Et il est bon de remarquer qu'il y avait à Dudstone peu de jeunes gens à marier.

Notre héros passa quelque temps à Dudstone avant de recevoir des nouvelles de Spikeman, qui lui manda pourtant enfin qu'il était

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arrivé fieureiisenientà Gretna-Green, la goutte du sqiiire ne lui permettant pas de poursuivre les fugitifs, et que le forgeron de ce village avait rivé pour lui et miss ÎMathews les chaînes de rhyraen, quoiqu'elles lui parussent de soie. II lui donnait ensuite les détails suivants. Trois jours après son mariage, il avait écrit au père de sa femme pour lui apprendre qti'// lui cwait fait f/iorineur dCépouseï sa tille; qu'il ne pouvait lui dire précisément quand il aurait le temps d'aller lui rendre visite, mais qu'il le ferait le plus tôt qu'il le pourrait. Il le priait d'avoir soin que la chambre qu'il leur destinerait eût un grand cabinet de toilette, attendu qu'il y était habitué et qu'il lui était impossible de s'en passer. Il ajoutait qu'il ignorait si M. Mathews avait dessein de se défaire de son domairie voisin de Cobhurst; mais que si cela était, comme sa femme lui avait dit quelle y demeurerait plus volontiers que partout ailleurs, il le lui achèterait volontiers à des conditions raisonnables; qu'il espérait que la goutte le tourmentait moins, et qu il était son gendre affectionné, Acguste Spikeman. 3ïélisse avait aussi écrit a Araminte. pour la prier en grâce de ne pas chercher à excuser sa conduite au-

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près de son père, mais de la blâmer fortement et sans cesse, attendu que ce serait le plus sûr moyen d'amener les affaires à un arrangement amiable.

Mélisse n'écrivit à son père que le peu de mots qui suivent :

« Mon cher papa , vous serez charmé » d'apprendre que je suis mariée. Auguste dit » que, si je me conduis bien , nous irons bientôt » vous voir. Je suis, cher papa , votre obéissante » fille, MÉLISSE Spikeman.»

Que les lettres de Spikeman et de Mélisse causaient au vieux squire un accès de rage , c'est ce qui se conçoit aisément , mais rien n était plus judicieux que le plan que Spikeman avait adopté. Il est inutile de montrer de la déférence et de la soumission à un homme que les souffrances causées par la goutte tiennent dans un état d'irritation perpétuelle ; il n'en devient que plus despote et plus opiniâtre. Si Araminte avait essayé de calmer son courroux , elle n'y aurait pas mieux réussi ; mais en excitant sans cesse sa colère contre Mélisse, comme sa cousine l'en avait priée , elle produisit l'effet désiré. Les reproches que sa nièce adressait sans cesse à sa fille ne lui laissaient

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rien à dire , il n'y avait pas d'opposition à ses idées contre laquelle il pût lancer des anathèmes;pas de tentatives pour apaiser sa colère auxquelles il eût à résister; et quand Araminte, un matin en déjeunant, le pressa de faire le vœu que sa fille ne remettrait jamais les pieds chez lui , il l'accusa d'avoir des motifs intéressés pour parler ainsi, lui jeta sa tasse à la tète, et écrivit sur-le-champ à Mélisse de venir avec son mari recevoir sa bénédiction. Après une telle insulte, Araminte ne voulut plus frotter le pied de son oncle , qui n'en devint que plus impatient de voir revenir sa fille , attendu qu'il se trouvait entièrement abandonné aux soins de ses domestiques. Araminte informa sa cousine de ce qui s'était passé, et lui conseilla de venir sans délai. M. etmistressSpikeman partirent immédiatement, et une réconciliation générale eut lieu. M. Mathews , voj^ant que son nouveau gendre semblait complètement indifférent sur tout ce qui avait rapport aux affaires pécuniaires, insista pour abandonner à sa fille un domaine qu'il avait dans le comté d'Héreford , ce qui, joint à la fortune que possédait Mélisse du chef de sa mère , fit que les nouveaux époux se trouvèrent sur-1-champ dans l'opulence. Spike- 11. 7

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man disait aussi à J«é de lui écrire de temps en temps , et de s'adresser à lui , s'il avait besoin d'assistance; mais il continuait à l'engager à suivre la profession de chaudronnier ambulant, comme étant la plus propre à assurer son indépendance.

Notre héros avait à peine eu le temps de bien digérer le contenu de la lettre de Spikeman , quand il en reçut une très longue de Marie , qui lui expliquait qu'elle n'avait pu lui répondre plus tôt, attendu qu'elle venait défaire une absence. Trois semaines auparavant , elle avait reçu une lettre que mistress Chopper lui avait fait écrire , et qui lui annonçait que cette bonne femme était si mal , qu'on croyait qu'il ne lui restait que quelques jours à vivre. Sa maladie était un abcès au foie , qui menaçait de crever intérieurement. Elle faisait prier Marie de venir de suite à Gravesend , si elle pouvait en obtenir la permission , attendu qu'elle désirait la voir avant de mourir. Quelque répugnance qu'eût Marie à revoir Gravesend , elle avait de trop grandes obligations à la bonne vivandière pour hésiter à se rendre près d'elle. Elle montra donc à mistress Austin la lettre qu'elle venait de recevoir , en lui disant que mistress Chop-

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per avait été pour elle plus qu'une mère ; et avant obtenu une permission d'absence illimitée , elle partit pour Gravesend.

Ce fut avec un sentiment profond de honte et d'humiliation que la pauvre Marie parcourut la princi pale l'uede cette ville, osant à peine jeter les yeux sur les lieux qui avaient été témoins de son ancienne vie. Elle était vêtue fort simplement; un voile épais lui couvrait la tête , et personne ne la reconnut. Elle arriva à la maison où demein^ait mistress Chopper, monta l'escalier,' et se trouva encore une fois dans la chambre qu'elle avait quittée pour commencer une nouvelle vie, résolution qu'elle avait consciencieusement accomplie, comme le lecteur le sait déjà. Mistress Chopper était au lit et sommeillait quand elle ouvrit doucement la porte. Son visage portait déjà tous les signes d'une mort prochaine — son embonpoint avaitdisparu — ses doigts même étaient maigres et sans couleur. Marie ne l'aurait pas reconnue, si elle l'avait vue en tout autre lieu. Une vieille femme était assise près d'elle. Elle se leva en voyant entrer Marie, s'imaginant que c'était quelque bonne dame qui venait visiter la malade. jMarie lui fît signe qu'elle pouvait se retirer , et s'asseyanten-

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suite près du lit , elle leva son voile, et attendit que la malade s'éveillât. Marie venait de moucher la chandelle afin de voir assez clair pour lire le livre de prières qu'elle avait pris sur la table, quand mistress Ghopper ouvrit les yeux.

— Que vous êtes bonne , madame, — ditelle; — et où est miss?... Mais est-ce bien vous? Ma vue se trouble de plus en plus.

— C'est moi , — c'est Marie , — Nancy, veuxje dire.

— Oui vraiment ! A présent , Nancy , je mourrai en paix. Je pensais d'abord que c'était la bonne dame qui vient tous les jours me faire une lecture et prier avec moi. — Que je suis charmée de vous voir , ma chère Nancy ! — Comment vous portez-vous? — Comment se porte le pauvre Pierre ?

— Il se portait bien la dernière fois que j'ai reçu de ses nouvelles , ma chère mistress Chopper.

— Vous ne savez pas , Nancy, quelle consolation c'est pour moi de vous voir comme je vous vois , ayant l'air si vertueuse et si innocente. Quand je pense que c'est moi qui vous ai donné les moyens de rentrer dans le bon chemin , il me semble que c'est inie action

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qui me vaudra peut-être le pardon de mes péchés.

— Oui, mistress Chopper , Dieu vous en récompensera; je vous l'ai dit dans le temps , et je le sens aujourd'hui , — répondit Marie , des larmes coulant le long de ses joues. — J'espère que, grâce aux moyens que vous m'avez fournis , et avec la force que le ciel m'accordera , je persisterai dans la même voie , et qu'une pécheresse sera sauvée.

— Que Dieu veille sur vous, Nancy ! Vous n'avez jamais été corrompue au fond du cœur ; je l'ai toujours dit. — Et où est Pierre à présent?

— Courant le pays pour gagner son pain ; pauvre , mais heureux.

— Eh bien , Nancy , tout sera bientôt fini pour moi. On me dit que je puis mourir en une seconde , ou vivre encore trois ou quatre jours ; mais je vous ai fait venir pour mettre ma maison en ordre , comme on dit. Il n'y a que deux personnes sur la terre à qui je prenne intérêt, vous et mon pauvre Pierre, et c'est à vous deux que je veux laisser tout*cequi m'ap» partient. J'ai déjà fait un testament à cet effet , dans le cas où vous ne poiu'riez pas venir; mais

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puisque vous voilà , je vous dirai tout ce que je désire. Mais auparavant donnez-moi un verre de la potion qui est sur la table.

Marie , ayant lu l'étiquette de la fiole , en remplit un verre à vin, et le donna à mistress Chopper , qui, après l'avoir bu, prit un papier sous son oreiller , et reprit la parole ainsi qu'il suit:

— Voici le testament dont je vous ai parlé , Nancy. J'ai environ sept cents livres à la banque j c'est tout ce que j'ai épargné en vingtdeux ans , mais je l'ai gagné honnêtement. Jl peut m'étre dû beaucoup plus , mais je ne veux pas qu'on fasse de poursuites pour en rien recouvrer. Les pauvres matelots n'ont jamais trop d'argent , et je leur en fait remise. Vous me verrez enterrer, Nancy , et vous direz au pauvre Pierre combien je l'aimais. Je lui ai laissé mes livres de comptes ; je suis sûre qu'il sera charmé de les avoir, car il sait l'histoire de chaque total. Il s'amusera à les feuilleter, et cela le fera songer à moi. Vous pouvez vendre tout mon mobilier ; mais quant à ma barque, il faut la donner à William. Il n'est pas plus lionnéte qu'il ne faut, mais il est chargé d'une famille nombreuse. Du reste,

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faites ce que vous voudrez de tout ce qui est ici. Mes vêtements seraient peut-être utiles à sa femme, et ils ne peuvent vous servir. Il n'y a pas mal d'argent dans le tiroir d'en haut de ma commode , il servira à payer mon enterrement et le docteur. — Je crois que c'est tout ce que j'ai à vous dire ; mais dites au pauvre Pierre combien je l'aimais. Le pauvre garçon 1 j'ai été bien trompée depuis quil m'a quittée; mais n'importe. A présent, ?\'ancy, faites-moi une lecture. J'ai tant désiré de vous avoir près dr moi pour me lire la Bible et prier pour moi ! je désire vous entendre prier avant de mourir. Je serai heureuse de voir vos yeux levés vers le ciel comme ils étaient destinés à le faire toujours.

La pauvre Marie fondit en larmes. Après quelques minutes, elle devint plus calme; et se mettant à genoux près du lil , elle prit le livre de prières , et en adressant ses vœux au ciel , la voix lui manquait quelquefois, et elle s'arrêtait pour essuyer les larmes qui lui rendaient la vue trouble. Elle était ainsi occupée quand la porte s'ouvrit doucement, et une dame , accompagnée d'une fille de quatorze à quinze ans , entra dans la chambre. Marie ne les aper-

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eut que lorsqu'elles se furent aussi mises à genoux. Elle finit la prière qu'elle avait commencée, se leva ensuite, et après avoir fait une révérence, elle se tint debout un peu à l'écart. Marie reconnut sur-le-champ mistress Phillips et sa fille Emma , quoiqu'aucune d'elles ne l'eût reconnue; car , comme nous l'avons déjà dit, elle avait été autrefois au service de mistress Phillips.

— C'est sans doute la jeune femme que vous désiriez si vivement de voir, mistress Chopper; et je n'en suis pas surprise , car elle paraît bien faite pour vous tenir compagnie dans un pareil moment; mais, hélas ! le nombre de pareilles personnes n'est pas considérable. — Asseyez-vous, je vous en prie, — ajouta-t-elle en se tournant vers Marie. — Et comment vous trouvez-vous aujourd'hui, mistress Chopper?

— De plus en plus faible, ma chère dame. Mais je suis résignée h la volonté de Dieu , puisque j'ai vu Nancy , et que j'ai eu des nouvelles de mon pauvre Pierre. Il n'y a pas long-temps qu'il a écrit à Nancy. — N'oubliez pas de lui faire mes amitiés, Nancy.

Emma Phillips, qui était considérabelment grandie, s'approcha alors de Marie et lui dit: — .

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Pierre n'est-il pas l'enfant qui demeurait avec mistressChopper , et que j'ai rencontré sur la roule le jour de son arrivée à Gravesend ?

— C'est bien lui , — répondit Marie.

— Il avait coutume de venir quelquefois chez ma mère, et souvent il me reconduisait jusqu'à la porte quand je sortais de l'école. Je n'ai jamais pu m'imaginer ce qu'il était devenu, car il disparut tout-à-coup sans nous faire ses adieux.

— Ce n'est pas sa faute , il fut obligé de partir ainsi. Il n'a jamais eu rien à se reprocher.

— Rappelez-moi à son souvenir, je vous prie, et dites-lui que je pense souvent à lui.

— Je n'y manquerai pas, miss Phillips, et il sera heureux de l'apprendre.

— Comment savez-vous mon nom? — Oh!

je suppose que mistress Chopper vous l'avait appris avant notre arrivée.

Mistress Phillips finissait en ce moment une lecture quelle faisait à mistress Chopper, ce qui interrompit la conversation entre Emma et Marie. Elles n'eurent pas le temps de la renouer, car mistress Phillips se leva presque au même instant, et se retira avec sa fille.

Marie se fit un lit à côté de celui de mistress

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Chopper. Vers le milieu de la nuit, elle fut éveillée par un bruitsemblable à celui du râle, et s'étant levée à la hâte, elle vit qtie mistress Chopper étouffait. Elle appela la vieille femme à son aide, mais tout était inutile : l'abcès avait crevé, et en quelques secondes tout fut terminé. Marie, luttant contre son émotion , ferma les yeux de son ancienne amie, et offrit une prière pour l'âme qui venait de s'envoler.

Elle passa le reste de cette nuit dans de graves méditations , et renouvela les vœux que la pauvre fille avait jusqu'alors si religieusement observés, et les résolutions dans lesquelles la vue de la mort était si propre à l'affermir. Mais elle sentit qu'elle avait des devoirs à remplir envers d'autres , et elle ne s'abandonna pas à un chagrin inutile. Elle devait retourner le plus tôt possible chez son indulgente maîtresse, et dès le lendemain matin el!e s'occupa de tous les arrangements nécessaires. Le troisième jour, elle suivit le convoi funèbre de son ancienne amie ; après quoi elle paya toutes les-dettes de la défunte , et ayant choisi quelques objets qu'elle désirait conserver à titre de souvenir, elle abandonna à William , non seulement la barque et les vêtements de

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