LA FINANCE
plus grand plaisir de Chariot et d’Émilie. Le Savoyard qui leur a montré la lanterne magique, le voilà qui s’en va avec sa femme jouant de la vielle , et tout auprès voici la marchande de beignets et le marchand de coco qui les ont souvent régalés. Les mulets empanachés , le cavalier tenant sur l’arçon de sa selle un enfant porteur d’un moulinet, n’est-ce pas encore un souvenir personnel? Et la rive opposée, où s’accumulent avec une prodigieuse finesse tant de charmants détails , n’est-ce pas le tableau vivant, animé, de tous les plaisirs du père et des enfants? Que de fois il les a conduits aux marionnettes, chez les sauteurs, chez Nicolet! Que de fois les Livres de Raison enregistrent un joujou pour Chariot, un jouet pour Émilie ! Eh bien î les voilà tous , les fantoccini, les sauteurs, les écuyers, les comédiens de bois, les mirlitons, les poupées, les quilles, les toupies. Ici une loterie, là une parade, et partout une foule qui joue, qui rit, qui bat des mains, qui circule, figurines de quelques millimètres plus vivantes cent fois que les héros de carton de certaines peintures d’histoire. Aussi bien tout le tableau est là , dans ces détails amusants. Du paysage , il n’en faut pas parler. Joseph Yernet n’eût pas osé peindre Saint-Cloud ou Beaucaire d’après nature. Mais, en mêlant le château de Beaucaire, la Seine, le pont de Saint-Cloud, des fabriques italiennes et des arbres venus on ne sait d’où, il a pensé idéaliser son sujet. Il y a, comme toujours, beaucoup d’air et de lumière; malgré le ton verdâtre provoqué par les dessous, la couleur est d’une rare finesse, et l’exécution surtout témoigne d’une adresse et d’une légèreté incomparables.
Comme tous les Turcarets d’alors, Beaujon, le banquier de la cour, se piquait d’avoir une galerie, et personne ne la logeait plus magnifiquement. L’hôtel d’Évreux, qu’il occupait au faubourg Saint-Honoré, est devenu le palais de l’Élysée, En 1776, il paya un seul