MADAME DU BARRY
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tableau de Joseph Yernet 4,800 livres. Plus tard, il en acquit deux autres. Mais Beaujon avait assez à faire pour autrui sans s’occuper de lui-même. C’est lui qui servait d’intermédiaire entre les artistes et la toute-puissante favorite du jour, madame Du Barry. On sait quelles sommes énormes s’engloutirent dans la construction du pavillon de Luciennes. L’architecte Ledoux avait élevé ce temple de la volupté. Fragonard fut appelé à décorer un des salons ; il y peignit quatre trumeaux représentant des amours de bergers. L’autre salon , dont le plafond , œuvre de Biard, avait pour devise Ruris amor , fut confié à Joseph Vernet. Il ne sagissait d’abord que de quatre tableaux de trois pieds de haut sur cinq de large, représentant les quatre parties du jour. Mais, une fois terminés , on en ajouta un plus important de huit pieds sur cinq, une marine ou paysage sur les bords de la Méditerranée. Le prix de 5,000 livres pour les deux premiers fut ensuite réduit à 4,000 pour les deux autres, mais on paya 9,000 livres le plus grand. — « Grande et magnifique machine 1 » s’écrie à ce propos un des interlocuteurs mis en scène dans l 'Éloge des tableaux exposés au Louvre en 1773.
Les travaux de Luciennes valurent à Joseph Vernet une bonne fortune , la visite de la favorite elle-même. « Madame la comtesse Du Barry ayant eu occasion de connaître les talents précieux de M. Vernet, le fameux peintre de marine, qui a décoré le joli pavillon de Luciennçs de morceaux assortis de sa façon, est allée chez cet artiste rendre hommage à ses talents. Elle y a trouvé deux tableaux finis et prêts à être emballés pour un seigneur étranger, auquel ils étaient destinés : elle les a considérés avec la plus grande attention , et en a été si enchantée, qu’elle a voulu les avoir. En vain le sieur Vernet a déclaré ne pouvoir lui faire ce sacrifice , puisque ces ouvrages ne lui appartenaient plus; elle n’a tenu
GALERIES DE LA NOBLESSE. soi
aucun compte de ces supplications , et a fait enlever de force les deux chefs-d’œuvre; mais en môme temps, pour dédommager le peintre, elle lui a dressé sur un bout de papier une ordonnance de cinquante mille livres, payables par le sieur Beaujon, banquier de la cour, ce qui a un peu consolé M. Vernet, et rend la Minerve du jour très-recommandable aux artistes. » Ainsi s’expriment, à la date de 28 janvier 1772, les Mémoires de Bachaumont . Les Livres de Raison n’ont gardé aucune trace de l’anecdote , et cependant Joseph Vernet n’était pas homme à laisser entrer dans sa caisse cinquante mille livres sans en prendre note à l’instant.
Les galeries de la noblesse n’étaient pas moins riches en ouvrages de Joseph Vernet que les galeries de la finance. A l’hôtel de Noailles, huit tableaux ovales et quatre dessus de porte commandés à Marseille en 1753, décoraient le grand cabinet du maréchal. A l’hôtel de L’Hospital, à l’hôtel de Praslin se conservaient de précieux morceaux du môme maître peints en Italie, c’està-dire de son meilleur temps. Chez le comte du Luc il y avait deux tableaux sur cuivre, trois chez le duc de Cossé; chez le duc de Chabot, trois tableaux et deux dessins; chez le marquis de Veri un soleil couchant et un clair de lune, peints en 1764 et 1770. Le marquis de Changran avait recueilli à la vente Randon de Boisset le Matin et le Midi d’Aliamet. Le catalogue gravé du cabinet du duc de Choiseul contient trois estampes d’après des tableaux de Vernet. Les plus petits, la Vue du Ponte-Rotto et la Vue du Pont Saint-Ange, passèrent de chez le duc de Choiseul chez le prince de Conti, de là chez le duc de Chabot, puis chez M. Boutin, et enfin, de main en main, arrivèrent au Louvre, où ils sont aujourd’hui. Déjà, en 1753, Joseph Vernet avait peint ces deux mêmes motifs pour un amateur marseillais, M. de Fontainieu. L’exposition régionale de Marseille en 1861 les a remis en lumière. Plus