GALERIES DE LA NOBLESSE
lins, plus délicats, plus étudiés que ceux du Louvre, ces deux tableaux, aujourd’hui dans les mains de M. Paul Autran, marquent bien la distance qui sépare les œuvres de Joseph Yernet à son retour d’Italie, de celles qu’il exécuta à Paris quinze ou vingt ans plus tard.
La troisième estampe du cabinet de Choiseul représente une des plus célèbres productions du pinceau de Joseph Yernet, les Baigneuses, gravées par Balechou. Peintes à Marseille, ainsi que nous l’avons vu, pour le négociant Poulhariez, les Baigneuses furent apportées à Paris avec d’autres tableaux par un comédien nommé Gourville qui tenta inutilement une vente publique. C’était en 1766, et déjà Balechou avait publié son estampe. Sans doute un marchand plus avisé reconnut dans le tableau dédaigné l’original de la gravure. Il l’acheta et l’alla proposer au duc de Choiseul. Or, telle est la puissance de l’étiquette qu’en 1772, lorsque fut vendue la collection de Choiseul, les Baigneuses atteignirent le prix de 5,950 livres. Le prince de Conti les posséda jusqu’à sa mort, survenue en 1777. Dubois les paya alors 5,100 et son collègue Dulac les revendit pour le même prix l’année suivante, avec une copie exécutée par Hue.
Outre les Baigneuses et les Vues du Ponte-Rotto et du Pont Saint-Ange, le prince de Conti, grand prieur de France, avait encore dans son immense collection le Clair de Lune gravé par Marcenay, un paysage acheté par Le Brun, un incendie de port de mer, deux grandes marines, deux autres plus petites sur cuivre, en tout dix tableaux dont les prix de vente forment un total de 22,000 livres.
Après tant et de si grands noms, il n’y a plus place que pour des souverains. Eux aussi vinrent au rendezvous. Depuis les plus petits jusqu’aux plus grands, ce fut à qui suivrait l’exemple du roi de France. Déjà nous avons vu les commandes du duc des Deux-Ponts et de