GALERIES ROYALES
l’Electeur Palatin. En 4769, l’impératrice de Russie fit .demander à Joseph Yernet un grand tableau, le laissant maître du sujet et du prix, et deux ans après le baron Demidoff, chargé de rappeler la commande impériale, prit pour lui une petite tempête sur cuivre de 50 louis. En 4772 ce fut le tour du roi de Pologne, deux tableaux de cinq pieds de large. Plus tard nous verrons d’autres têtes couronnées s’inscrire aussi sur les Livres de Raison. Ainsi Joseph Yernet est partout, dans les palais des rois, dans les cabinets des amateurs, chez les grands, chez les financiers, dans toutes les parties de l’Europe. Son succès ne saurait être plus vaste, plus complet, plus universel. Rien ne manque à sa gloire. Mais, hélas ! n’est-ce pas lui-même qui va y manquer le premier?
Les graveurs de Jcmeph Veruet.
Si jamais homme mérita d’être nommé l’enfant gâté du succès, c’est à coup sûr le peintre dont nous écrivons l’histoire. De toutes parts on s’arrachait ses œuvres, chaque Salon était pour lui l’occasion d’un nouveau triomphe. Ses tableaux peuplaient les cabinets, les galeries, les palais. Il semble pourtant que la bonne étoile de Joseph Yernet n’eût pas été satisfaite, si la gravure, s’emparant de ses œuvres et les reproduisant à l’infini, n’était venue multiplier aussi à l’infini sa popularité et sa gloire.
Le Bas est le premier graveur qui se soit exercé d’après Joseph Yernet. Il vit chez l’architecte Soufflot deux tableaux que ce dernier avait rapportés de Rome dans son voyage à la suite du marquis de Marigny en 1750. Le fin traducteur des Kermesses aperçut aussitôt les
points de ressemblance du talent de Joseph Vernet avec le sien, et quel profit il y aurait pour lui à prêter l’épaule à cette gloire naissante, en s’appuyant sur elle. Il se mit promptement à l’œuvre, et, au Salon de 1751, il exposait deux estampes, le Port de mer d'Italie et le Départ pour la pèche. Gravées d’une pointe libre et dégagée, même un peu hâtive, avec une grande simplicité de moyens, ces deux pièces sont au rang des meilleures que nous connaissions d’après Joseph Vernet. On y doit louer la justesse du sentiment, la fidélité du dessin, l’esprit de l’interprétation. Le faire aisé du peintre a passé tout entier dans la pointe du graveur. D’autres viendront plus tard qui multiplieront les artifices du métier. A quoi bon? Joseph Vernet ne demandait pas à être gravé à plus de frais.
Le Bas lui-même donna le mauvais exemple. Soit qu’il se crût coupable de négligence, soit qu’il ne prît plus la peine de penser à son modèle, il se mit à serrer ses tailles, à adoucir ses effets, en un mot il appliqua à Joseph Vernet cette exécution petite et sèche dont Téniers et tant d’autres ont été plus d’une fois victimes. Cependant, il faut lui rendre justice, il préféra toujours la pointe au burin, et jamais on ne le vit se faire honneur de ce talent de bête de somme qui consiste à labourer le cuivre de sillons péniblement creusés. La Vue de Naples et les Galères de Naples, gravées d’après des tableaux de Thiroux d’Epersennes, ont plus de finesse, plus de fondu que ses deux premières pièces, mais elles conservent encore, sans efforts apparents, une certaine fermeté.
Le grand mérite de Le Bas, c’est d’avoir su bien comprendre et bien rendre l’esprit des figures de Joseph Vernet. Tandis que chez d’autres graveurs, Daudet par exemple, elles n’ont l’air que de poupées d’étoupe, chez Le Bas, comme chez son modèle, ce sont vraiment de