LE BAS ET SES ÉLÈVES
petits bonshommes bien troussés, agissants, d’une vivacité toute méridionale. Et pourtant, lorsqu’il s’agit de graver les ports de France, Le Bas fit appel, pour les figures, à la pointe spirituelle de Cochin. Mais, comme s’il regrettait cette Collaboration, il ne tarda pas à entreprendre une suite d’estampes représentant, en groupes séparés, quelques-uns des personnages qui animent les ports de Marseille, de Bordeaux et de Bayonne : idée heureuse, s’il avait su la mener à bonne fin. Il s’arrêta trop tôt, et encore, pour arriver à compléter une suite de douze pièces, fut-il obligé de recourir à des mains amies, celles de Martini, celles de Moreau jeune, celles de Thérèse Martinet, graveurs habiles, mais peu fidèles interprètes. On voit trop, à l’incorrection du dessin, que Le Bas, en cette affaire, s’est plus préoccupé da commerce que d’art. La finesse et le brillant de ces petites pièces les font toutefois rechercher. Il est fâcheux que l’idée n’ait pas été reprise. En choisissant dans chacun des quinze tableaux des ports deux ou trois groupes, on eût formé le répertoire le plus complet et le plus vrai des costumes du xviii1 * * * * * * 8 siècle *.
La suite des ports, la suite des figures des ports, donnèrent à Le Bas une autre idée, celle de réunir toutes les estampes d’après Vernet en une suite de vues d’Italie Mais, pour une telle entreprise il fallait l’esprit de suite, et Le Bas ne l’avait pas. Chez lui une nouvelle idée chassait toujours l’idée de la veille. 11 commença par réduire
1. A dire vrai, l’idée de Le Bas a été reprise, mais toujours par d'in-
dignes mains. Crépy publia une petite pièce de Le Mire, la Promenade,
où l’on retrouve des figures des ports. Plus récemment un graveur
médiocre, nommé Henry Godin, fît paraître deux groupes pris on ne sait où : Le Dîner champêtre, — Les Mariniers du Havre. Enfin, de
nos jours, deux lithographes ont emprunté des figures de Vernet, l’un,
Charles Lemercier, pour des Études comparées publiées eu 1850, l’autre,
Louis Lai-sale, pour des Croquis d’après les maîtres, Paris, Bulla
frères, 1851.
le format qu’il s’était fixé, puis il appela des collaborateurs dont il ne prit pas môme la peine de corriger les inepties. Grâce à ces renforts, il arriva tout essoufflé au chiffre de douze, prouvant ainsi, pour la seconde fois, que s’il savait lancer une affaire, il ne savait pas l’empêcher de finir en queue de poisson.
C’était, on le sait, un véritable moulin à gravures que l’atelier de ce maître fécond. Les élèves s’y portaient en foule, et comme il s’agissait surtout de gagner de l’argent, le maître trouvait commode, au lieu de les laisser gâcher du cuivre, de les employer à préparer des planches qu’il signait après quelques retouches. Plusieurs des estampes d’après Vernet, et les plus mauvaises, portent Le Bas direxit , sans indication du vrai coupable. Une fois arrivé à un certain degré de force, l’élève signait à côté du maître. C’est ainsi que Helman est l’auteur d’une grande Vue de Naples dédiée par Le Bas au prince de Galitzin, d’une Vue d'Italie dédiée à la marquise de Yillefort, de la 5® et de la 8e Vues d’Italie. Masquelier a gravé la sixième. Martini, après avoir écorché un paysage sans titre dédié au duc de Cossé, a fait l’eau-forte de la Fin de la pêche et de plusieurs des vues d’Italie, en attendant de faire celle du Port de Dieppe. Cet appoint de jeunes talents grossit à l’infini l’œuvre gravé de Le Bas. Les estampes d’après Vernet y comptent au moins pour cinquante pièces.
La plupart des élèves de Le Bas, ainsi préparés à graver les tableaux de Joseph Vernet, ne manquèrent pas de le faire pour leur compte, dès qu’ils se sentirent hors de page. On doit à Helman une très-agréable estampe, les Pécheurs fortunés. Masquelier publia les Débris du Naufrage. Martini, cet artiste italien, devenu par son éducation complètement Français, exerça d’abord sa pointe très-fine, mais un peu molle, dans deux petites pièces, la Vue de Porto Ercole et la Vue de Spoletto;