LE BAS ET SES ÉLÈVES
puis il mit en vente en 1772, chez le frère de Joseph Vernet, les Plaisirs de l’Été; et enfin, en 1784, nous le verrons reproduire la Vue d’Avignon, peinte pour Peilhon, et devenue la propriété d’Aubert.
Toute l’école de Le Bas se jeta sur Joseph Vernet comme sur une proie facile. Bacheley, Chenu, David, Godefroy, ont chacun gravé une ou deux pièces, sans trop se mettre en frais de talent. Duret en a gravé douze, entre autres la Fête sur le Tibre, dont nous avons parlé, et la Gondole italienne, une des compositions les plus pittoresques du maître, aujourd’hui au Musée d’Avignon. Dans ces deux estampes, où abondent les figures, on sent trop l’impuissance du graveur. Son dessin est juste, mais sec; la raideur mesquine de son procédé transforme en mannequins de bois le petit peuple auquel Joseph Vernet a donné la vie.
Le Veau a mis plus de moelleux dans ses reproductions. Lui aussi est allé jusqu’à la douzaine, et même , jusqu’à treize. La meilleure est l’Aurore d’un beau Malin, où il a su rendre avec succès un effet assez difficile, lorsque les rayons du soleil, dépassant l’horizon, se déploient en éventail au milieu des brumes matinales.
Cathelin, graveur habile, auquel on doit surtout de bons portraits de ses contemporains, s’inspira d’un des tableaux du cabinet de Villette, un paysage à la Salvator. Il en a fait une estampe pleine de vigueur et d’harmonie. On ne peut appliquer le même éloge aux Quatre heures du jour, dédiées au marquis de Marigny. La faute en est peut-être aux originaux que déparent de lourdes figures, éclairées contre toutes les lois de la lumière. De ces tableaux peints pour Choisy, trois sont au Louvre et un à Saint-Cloud.
Plus profonde, plus ferme et non moins facile que celle de son maître Le Bas, la gravure d’Aliamet sait conserver l’effet piquant de la peinture. Joseph Vernet
a trouvé plus d’un habile interprète; aucun ne l’a rendu avec autant de fraîcheur et de simplicité qu’Aliamet. Les estampes qui portent son nom sont au nombre de quinze. Mais il faut retrancher celles où il n’a fait que diriger le travail d’autrui, telles que le Temps de brouillard , début d’Yves Le Gouaz; le Temps serein , œuvre de Marie Ozanne; le Temps orageux, et les Deux Vues de Marseille demeurées anonymes. Il reste ainsi à Aliamet dix pièces qui lui font honneur. Les deux Vues du Levant , gravées en 1760, le Matin et le Midi reproduisent des tableaux du cabinet de Villettc. Au Salon de 1765, parurent l 'Incendie nocturne, d’après un tableau de l’abbé Campion, et les Italiennes laborieuses, dont l’original appartenait à M. Davoust. Pour compléter les Quatre parties du jour, Aliamet grava plus tard le Soir et la Nuit, du cabinet Le Rebourg, exposés au Salon de 1771. Enfin, c’est en 1779 qu’il fit paraître le Rivage près de Tivoli. La date de publication de la Pêche nous est inconnue. Le Rivage près de Tivoli, pièce importante, gravée sobrement, avec fermeté et finesse, nous conserve le souvenir d’un des plus bizarres tableaux qu’ait enfantés l’imagination de Joseph Vernet. Non content de reproduire de cent manières le petit temple de Tivoli, si pittoresquement juché sur son piédestal de rochers audessus d’un vallon humide, Joseph Yernet, cette fois, le transporte sans façon au bord de la mer; il lui donne pour base les ouvertures béantes de la villa de Mécène, il l’encadre entre les cyprès de la villa d’Este et une treille napolitaine; puis, au-dessous, il entasse les rochers d’Amalfi, y incruste la fontaine de Pausilippe, et enfin, le long du rivage, à côté de pêcheurs et de paysannes italiennes, il place un nègre à moitié nu et un Turc qui fume son chibouk. Malgré cet amalgame , l’ensemble est des plus charmants. Mais il n’est pas hors de propos de constater une fois de plus