‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 107 sur 232 · ALIAMET ET SES ÉLÈVES · texte numérisé non relu

ALIAMET ET SES ÉLÈVES

ce que le xvm® siècle appelait l’imitation de la nature.

Aliamet a formé d’excellents élèves parmi lesquels se rencontrent trois femmes, les deux sœurs Ozanne et madame Coulet. Les premières, élèves d’abord de leur frère Nicolas Ozanne, qui était professeur de dessin au port de Brest, avec le titre de maître des gardes de la marine, vinrent à Paris lorsque Yves Le Gouaz, leur compagnon d’études, eut épousé la plus jeune, en 1767. Yves Le Gouaz avait déjà passé quatre ans à l’atelier d 'Aliamet. Les deux sœurs reçurent aussi ses leçons, et tous trois, associant leurs talents, firent de la gravure en ménage. Le Gouaz a gravé, d’après Vernet, cinq estampes. Le Temps de brouillard, dont l’original se voit au Louvre, porte le nom d’Aliamet. C’était le début de l’élève : il en est peu d’aussi heureux. L’Embarquement de la jeune Grecque vint ensuite; puis, la Pêche de jour et la Pêche de nuit; enfin, le Choix du Poisson , autant d’estampes d’un bon sentiment, touchées avec beaucoup d’esprit. Toutefois, le Temps serein de madame Le Gouaz, Marie-Jeanne Ozanne, nous paraît préférable aux œuvres de son mari: il y a plus d’aisance et plus d’accent. Madame Le Gouaz a gravé aussi la Première vue de Livourne, pendant que sa sœur Françoise gravait la Deuxième. Ainsi toute la famille trouvait à vivre sur le génie de Joseph Vernet, sans parler de Pierre Ozanne, qui a laissé une eau-forte pleine de verve, d’après une petite tempête du maître.

On doit à madame Anne-Philiberte Coulet huit pièces remarquables par l’intelligence du sujet, le sentiment du paysage et la délicatesse du travail. Les Jeteurs de filets et la Belle après- dînée méritent surtout de grands éloges . Dans les Jeteurs de filets , le brouillard coloré du matin , que le soleil a peine à percer, est très-heureusement rendu. Dans la Belle après-dînée , un chaud soleil d’été verse ses rayons sur une terrasse à ba-

lustres, où l’on danse au son du violon : des canots de plaisance sillonnent la mer unie comme un miroir, et tout au milieu du tableau, un homme, les yeux levés au ciel et les bras étendus, semble rendre grâces à Dieu qui lui fait de si beaux jours. Il était impossible de traduire avec plus de goût cette poétique composition. Ainsi que le tableau, l’estampe respire le bonheur.

La plupart des estampes de madame Coulet se rencontrent aussi sous le nom d’Élisabeth Cousinet, femme du graveur Lempereur. Celui-ci aurait-il successivement épousé les deux dames? Il serait bizarre en ce cas que la seconde, non contente de succéder aux droits d’épouse de Philiberte, se soit cru permis d’hériter de ses droits d’auteur.

A côté de l’école de Le Bas, l’école de Wille a eu également le privilège de former un grand nombre de jeunes graveurs. Mais l’enseignement n’était plus le môme. Le Bas, homme de goût par naissance, — il était Parisien, — ne demande à la gravure qu’un moyen d’interprétation. Par paresse autant que par système, il simplifie le procédé et reste volontiers subordonné au modèle. Wille est un Allemand d’un goût douteux ; il est personnel, il veut paraître dans sa traduction et se met en frais de belles manières. De là une recherche de travaux qui n’a d’autre raison d’être que la prétention du graveur. Wille jugea au-dessous de lui de servir d’interprète à Joseph Yernet. U se contenta d’y employer un de ses élèves. C’est en 1759, — son journal nous apprend ce haut fait, — que lui furent confiés les deux tableaux que Yernet venait d’exécuter à Bordeaux pour le négociant Imbert. Wille à son tour les confia à Zingg, chargé de les graver moyennant vingt louis d’or. L’année suivante, au mois de mai, des épreuves d’essai furent envoyées au peintre alors à Bayonne. En octobre, Zingg livra les planches et Basan éditait les estampes

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