U MAITRES DE JOSEPII VERNET
lui enseigner la technique spéciale du genre, c’est-à-dire la manière d’exprimer les divers aspects de la mer, le calme, le mouvement des vagues, les panaches d’écume qu’elles secouent contre les rochers. Il lui apprit le détail du navire, les agrès, les voiles, les manœuvres, et en quoi diffèrent les bâtiments de toute sorte qui tiennent la mer, et comment on indique sans contre-sens la marche d’un vaisseau. Il lui montra à se servir de ce qu’on peut appeler le mobilier de la peinture de marine, les rochers, les phares, les môles, les bateaux, les figures de matelots et de pêcheurs, tous ces objets familiers que le peintre dispose à son gré et qui sont comme les mots de la langue particulière qu’il parle. En résumé, on ne peut voir dans Fergioni que le maître de grammaire de J. Vernet.
L’influence de Manglard s’aperçoit mieux. Car il est incontestable que l’élève de Fergioni reçut aussi de Manglard des leçons, ou tout au moins des conseils. Manglard a fait lever et coucher le soleil aux mêmes heures que J. Yernet, et dans les mêmes sites; il a enrichi ses ports des mômes édifices; il a déchaîné avec la même facilité les ouragans et les tempêtes, et ces sujets de la peinture maritime il a su les traiter avec une puissance d’effet et une intelligence du style remarquables. Ses tableaux en font foi. Ses eaux-fortes en sont la preuve. L’élève a gagné en légèreté, en finesse; il a plus d’esprit de détail, son répertoire plus étendu lui permet d’embrasser un plus grand nombre d’objets, et il les traite tous avec une égale aisance. Mais le maître a plus d’accent, et entre Manglard et Vernet, c’est â Manglard que revient la priorité du genre.
Au surplus, Manglard lui -même n’a rien inventé. La peinture de marine est aussi vieille que la mer. Sur les murs des maisons de Pompeï, où sc sont conservées les traditions décoratives de l’art grec, on rencontre de petits paysages mêlés de marine. Pline l’Ancien, dans son énu-