PIÈCES CURIEUSES
de Balechou, qui, en cette année même, achevait chez lui son apprentissage. La seconde porte pour épigraphe : « Vernet in. C. f. Gentilhome romain — Abbé romain. » Ce n’est pas un sujet de costumes , mais un croquis satirique assez spirituellement reproduit en fac-similé par le comte de Caylus. Un pauvre diable joue du violon : le gentilhomme lui tourne le dos , et l’abbé, l’éventail à la main, fait sa cour au gentilhomme : peu leur importe que l’art meure de faim. Ingrat Yernet! Les Livres de Raison protestent contre cette boutade; ils nous apprennent comment, même à Rome, un artiste sait faire fortune. Mais peut-être pensait-il à Pergolèse, et dans ce cas l’amitié l’absout. La troisième pièce est encore un portrait : — « M. de Voltaire , copié sur un dessin fait d’après nature par Joseph Vernet, à la séance de l’Académie française à laquelle M. de Voltaire a assisté pour la dernière fois en 1778. »
Le mouvement universel qui entraîna sur les pas de Joseph Vernet tous les graveurs de son temps paraît cesser avec le xviii* siècle. Dès les premières années du xix*, trois publications importantes mirent au our une quantité considérable d’estampes. Joseph Vernet devait y tenir et y tient en effet une grande place. Le Musée Napoléon , de Filhol , contient onze pièces , gravées par De Saulx et Liénard, Reville et Niquet, Filhol et Bovinet, Selirœder, Pillement, Devilliers et Boys. Les Annales du Musée de Landon n’en renferment que huit, dues à Guyot, Devilliers, Lameau et Beaugean. Dans le Musée français, de Laurent et Robillard, on en compte onze, et à peu près autant dans le Musée royal, continué par Laurent lils. Les graveurs sont les mêmes, et de plus Daudet, Dequevauviller père et fils, Pillement, Forlier et Duparc. A part ces travaux, qui souvent reproduisent des pièces connues, à part quelques essais dans la manière du crayon par madame Quarrey, par Couché et
Vauthier, à part encore des lithographies de Pernot et Engelmann, et les sept dessins sur bois gravés pour Y Histoire des peintres , le xixc siècle n’a pas vu naître, d’après Joseph Vernet, une seule estampe originale. Les graveurs de notre temps ont eu assez à faire avec Carie et Horace.
L’œuvre gravé de Joseph Vernet n’a jamais été décrit. On ne saurait fixer d’une façon certaine le nombre de morceaux dont il se compose. En 1783, à la vente du duc de La Vallière, un prétendu œuvre de Vernet, réduit à quatre-vingt-quatorze pièces de Le Bas, Aliamet et autres, fut vendu ICO livres. A la vente Basan, en 1798 , on vit paraître une collection plus considérable , comprenant 163 numéros et adjugée au prix de 300 fr. Huber, dans le catalogue du cabinet de Brandes , estime à 200 le nombre des estampes gravées d’après le peintre des Ports. Le Cabinet des Estampes de Paris en possède à peu près la moitié. Pour notre part, nous avons pu en réunir 178. Si nous ajoutons ce chilfre à celui des pièces que nous avons vues et de celles dont nous avons seulement trouvé mention en différents endroits, nous arrivons à un total de 350. L’inventaire que nous avons essayé de dresser de l’œuvre de Vernet, si incomplet qu’il soit encore, présente donc jusqu’à nouvel ordre le tableau le plus fidèle des travaux qu’a provoqués, pendant un siècle, en France et à l’étranger, l’infatigable activité de ce peintre, toujours fécond et toujours heureux.