MADAME VERNET
Pour avoir une juste idée de la fortune de Joseph Vernet, il faut encore tenir compte des dépenses extraordinaires qui, à différentes reprises, vinrent entamer son capital. Ainsi il eut à pjiyer les divers cautionnements des places que Livio occupa tour à tour, et en définitive une portion de la charge de receveur général des tabacs à Avignon, achetée par lui en 1785. Nous le voyons, pendant les années 1772 et 1773, rembourser une somme de 28,000 livres, qu’il avait été contraint d’emprunter. En 1777, 40,000 livres sortent de sa caisse pour payer la dot de sa fille Emilie. Puis vient Carie, dont la jeunesse ardente fait de larges saignées à la bourse paternelle. Aussi ne faut-il pas s’étonner si, vers la fin de sa vie, en 1780, les revenus de Joseph Vernet étaient descendus au-dessous de 3,000 livres. Par bonheur trois de ses collègues à l’Académie venaient de mourir. Héritier du sculpteur Adam, de Lemoyne et de Chardin, Joseph Vernet reçut du roi, sur les fonds des bâtiments, une pension de 1,200 livres.
Enfin , de lourdes charges pesaient sur ce bon père de famille ; sa vie, si heureuse en apparence, nous apparaît, dès 1760, obscurcie par un nuage qui ne fit que grossir avec le temps. La Providence a voulu que le mariage donnât à l’homme une compagne sur laquelle il pût se reposer d’une partie des soins de la vie matérielle. Joseph Vernet n’eut pas cette consolation banale. Soit effet du changement de climat, soit conséquence de la naissance d’Émilie, la santé de madame Vernet commença à s’altérer à Bayonne. C’est alors, en effet, que son mari prit l’habitude de la suppléer dans toutes les dépenses du ménage. Par quel motif le peintre, toujours si occupé des Ports de France, se serait-il chargé de ces soins minutieux , si l’incapacité reconnue de sa femme ne l’y eût obligé? La maladie agit principalement sur le cerveau et amena un dérangement d’es-