‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 117 sur 232 · MADAME VERNET · texte numérisé non relu

MADAME VERNET

prit. La pauvre femme était poursuivie d’une idée fixe, c’est qu’on voulait l’empoisonner. La chose en vint au point que, lorsque la famille se fut installée à Paris , aux galeries du Louvre, madame Vernet s’en allait en voiture chaque matin acheter son pain chez un boulanger différent, et, chaque matin aussi, le fidèle Saint-Jean, ce domestique modèle qui, entré au service de la maison en 1759, y demeura pendant près de trente années, était obligé de la conduire en bateau au milieu de la Seine pour qu’elle y puisât elle-môme l’eau nécessaire à sa consommation *. L’infortuné mari fit appel aux médecins les plus distingués de l’époque. La science des Tronchin, des Boyer, des Robert, amena, à ce qu’il paraît, une certaine amélioration. Car on voit, à partir de 1764, Joseph Vernet abandonner à sa femme une somme de 600 livres par mois. Un livre de comptes de madame Vernet, conservé avec ceux de son mari , à la bibliothèque d’Avignon, nous apprend l’emploi qu’elle en faisait. Sur ce livre, commencé en 1767 et toujours écrit en italien, sont enregistrées les dépenses de table, les dépenses communes que fait Saint-Jean «chefaSt.-Gian,» le bois, le charbon, la chandelle, le blanchissage, les dépenses personnelles de madame et quelques-unes de celles des trois enfants. En 1772, le livre s’arrête, et Joseph Vernet reprend l’administration du ménage. C’est que l’état de la malade empire. Déjà on a essayé de l’air de la campagne. La famille a habité Meudon , puis Saint-Cloud. En 1767, Joseph Vernet achetait à Rueil une villa qu’il gardait deux ans. Mais désormais la vie commune est devenue impossible. Il faut à la pauvre insensée des soins de tous les instants. La séparation eut lieu en 1774. Madame Vernet fut placée à Monceaux, chez une demoiselle Douay, à laquelle Saint-

1 Nous devons ces détails à M. Saint-Vincent-Duvivier, secrétaire de l'Ecole des Beaux-Arts.

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