‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 125 sur 232 · INTÉRIEUR DE FAMILLE · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR DE FAMILLE

Vernet en garnir la fenêtre de jalousies et d’épais rideaux. Il a soin aussi, comme un bon père, de munir d’un treillis en ül de fer et de laiton et le « balcon d’en haut » et la rampe de l’escalier. On montait au logement de Joseph Vernet par l’escalier de la colonnade : puis venaient de longs corridors communs à plusieurs logements, dans lesquels madame Chardin ou madame Desportes se chargeait d’entretenir des lanternes, moyennant une cotisation des intéressés. Nous pourrions, à l’aide des Livres de Raison, conduire le lecteur dans les différentes pièces, lui montrer les deux chambres ornées de moulures et de trumeaux, et parquetées, remettre chaque meuble à sa place, depuis la « commode de palissandre avec des dorures, » les fauteuils de canne, la « petite table, nommée chifonière, » les chaises de paille, la petite commode à l’usage de la peinture, la « nate pour la salle à manger, » etc., jusqu’aux ustensiles les plus vulgaires et les plus innommables, que le bon Vernet nomme en toutes lettres, sans oublier la batterie de cuisine, splendidement fournie de chaudrons et de casserolles. La serge cramoisie, la mousseline, le taffetas blanc, la toile d’orange ont servi à faire les rideaux et à couvrir les fauteuils. Voici encore d’autres étoffes d’ameublement : le « camelot moiré verd de Saxce, » la «siamoise bleu et blanc, » la « toile de Flandre bon teint, » le « couty 7/4 de Bruxelles, » et le linge de table, la toile de Montbeillard, les nappes « à lozange, » les serviettes à 12 livres 10 sols la douzaine. Les « choses de cristal, » la vaisselle, ne sont pas oubliées. Pour l’ordinaire, un service « de fayance blanche » suffit, mais on peut recevoir, et alors sortent de l’armoire les « assiettes de porcelaine bleu et blanc à 16 livres la douzaine, » les « autres assiettes de porcelaine de couleur à 24 livres la douzaine, » les « compottiers à 3 livres 10 sols la pièce,» et « l’argeanterie, » achetée pièce à pièce « quai des

habits et galons. ssi

Orphèvres. » Il y aurait aussi à relever le chapitre de la toilette. Là nous apparaissent les étoffes à la mode, les parures, tous les menus détails du costume : — les dentelles d’Emilie, ses collerettes, ses fourreaux, son collier, sa « Ste Therese ; » — les bas de castor de Chariot, l’agrafe pour son col, les manchettes d’entoilage ou de mousseline, les souliers gris, les manchons, le chapeau à plume ou à bord d’or; et, quant à leur mère, — « 18 aulnes de satin cerise a mouches a 7 liv. 10 s. l’aulne pour robbe de madame... 13o liv., plus la chenille couleur de martre de ladite robbe 18 liv.; » — « 18 aulnes de satin citron pour une robbe de madame a 8 liv. l’aulne 144 liv., » — « la robbe de Gourgouran... 204 liv., » — et les crochets de corps, les dessus de mulles, les gants de Ségovie, les mitons, le mouchoir de gaze, tous les affiquets, plus nombreux encore alors qu’aujourd’hui. Le costume de monsieur ne le cède en rien à celui de madame. Veut-on dresser l’inventaire de ses habits? — Il y a « l’habbit de ratine doublé de satin, » — « l’habbit d’etoffe de soye grise ditte lustrine avec croisé blanc pr la doublure, » celui-ci coûte 201 liv., — « l’habbit et justaucorps de velours cizellé, » « la veste bleue de Lyon, » « l’habbit de velours noir, » « l’habbit de calaisienne canelle; » « la redingotte, » importation anglaise qui apparaît en 1764, — et « le drap de Louviers gris clair; » « le drap d’Elbeuf, » — et les boutons d’argent, — et « les gallons d’or sur doré, » — « 14 aulnes pesants 20 onces 396 a 10 liv. l’once fonts 203 liv. 13 s. » — Voilà certes une garde-robe galante, à faire rougir nos pauvres habits noirs. M. Féoga, le tailleur de Joseph Vernet, ne trouverait pas son compte aujourd’hui à habiller des artistes, lui à qui un peintre payait chaque année trois ou quatre notes de 200 livres, pour la façon seulement, en fournissant l’étoffe ! Encore faut-il joindre à ce luxe d’habits les accessoires, — le chapeau pour mettre sur la tète et

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