TABLEAUX ET BIBLIOTHÈQUE
le « chapeau pour mettre sous le bras, » les manchettes brodées, les cols de mousseline, les bas de soie grise, les boucles pour souliers, pour cols, pour jarretières, sans parler de l’attirail des perruques, la houppe, « fer pour friser et couteau pour auter la poudre, » bourses, têtes à perruque, rasoirs;... » — et le fourbisseur, qui joue un rôle si important à cette époque : — «un bout à mon épée, » — « un fourreau pour mon épée, » — « un seinturon, » — « une épée pour Chariot 36 livres. »
Si maintenant, après avoir vidé les armoires, nous regardons les murs, nous les verrons tapissés d’estampes et de tableaux. Dans le salon, à la place d’honneur, Joseph Vernet a suspendu un souvenir de son ami Pannini, les Vendeurs chassés du Temple, et tout à côté des Ruines d’architecture, du même peintre. Là se trouve aussi le portrait du marquis de Marigny, gravé par Wille, d’après focqué. Puis voici un Paysage de Nicolas Berghem, un autre de Brueghel et de* Van Kessel, un autre encore du Guaspre, et deux ovales d’Allegrain. Pour le cabinet sont réservées les œuvres plus intimes, un Paysage de Lucatelli, donné sans doute par lui-même, une Vue des environs de Genève, peinte à la gouache par Hubert, hommage de cet amateur, trois esquisses de l’école de Rubens, un Concert d’anges, esquisse de La Fosse, les deux Vues du Vésuve, d’Ignace Vernet, et les estampes dignes d’être mises sous verre : la Tempête et son pendant, de Balechou, la Conversation Espagnole et son pendant, gravées d’après Carie Vanloo par Beauvarlet, le portrait du marquis de Pombal d’après Michel Vanloo, une estampe d’après Vandermeulen par Huchtembourgh, deux d’après Benedetto Castiglione par Aveline. C’est encore là, ou dans la chambre de madame, que Joseph Vernet ose montrer quelques ouvrages de sa main, un grand tableau de cinq pieds de haut, représentant des soldats qui traversent
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les Alpes par un temps orageux, deux copies d’après Pannini, et quatre estampes des ports de France avant la lettre, les deux vues de Marseille et deux de celles de Toulon. Le catalogue de la vente après décès de Joseph Vernet, qui nous fournit ces détails, mentionne de plus un certain nombre de tableaux sans bordures, accrochés çà et là contre les parois de l’atelier, et quantité d’estampes de toute espèce éparses en divers portefeuilles.
En somme, Joseph Vernet était meublé de quelques objets d’art, mais il n’avait pas une collection de tableaux. De même il n’avait pas de bibliothèque; il possédait seulement quelques livres, achetés au jour le jour, suivant le besoin ou l’intérêt du moment. Tant qu’il court la province, il s’en tient à l’utile : — « Étude sur une introduction générale et raisonnée à l’étude des langues et particulièrement des langues françoise et italienne, etc. » — « Modèles de lettres sur différents sujets. » — «Principes generaux et raisonnés de l’orthographe françoise avec des remarques sur la prononciation. » — Ici , il a surtout en vue l’instruction de sa femme, la Romaine Virginia. Une fois à Paris, sa littérature s’étend : il s’abonne à la Gazette de France, aux Petites Affiches; il achète davantage et volontiers. Ces acquisitions pourraient se diviser en trois catégories. — D’abord, les livres pratiques et usuels : — « un livre des Routtes et cartes géographiques, « le Parfait notaire, le Livre des Fermes, le Livre des synonymes , l'Histoire ancienne et moderne, par l’abbé Millot, « deux volumes de cavallerie à l’usage de Carie, » « deux volumes de M. Dandré Bardon, » « le Traité de peinture par Filibien, » « un livre du Vignola, » « quatre volumes sur Paris et ses environs; » — auxquels il faut joindre ceux qui s’adressent aux enfants : — « Avantures de Télémaque, Magasin des Enfants, » Grammaire des jeunes
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demoiselles, Grammaire italienne par M. Palombâ, Étrennes à la Jeunesse. Puis, et ce serait la catégorie la plus nombreuse, les brochures, les livres de circonstance, par lesquels Joseph Vernet entre dans le courant des idées du jour : — le Huron ', — une feuille de Fréron (1767), — Bélisaire (1767), — « Lettres philosophiques sur les phisionomies, » — brochure d’Adé~ laide de Hongrie, tragédie de Dorât, — l'Ingénu, de Voltaire, — Vie de Benoit XIV, — « brochure des Dances angloises, » — « le Scaffandre, » — « brochure des Doutes d’un provincial, » — Lettre à M. de Buffon, — Lettres du pape Ganganelli (Clément XIV), — et les Critiques du Salon , ces feuilles à douze sols, qui tantôt caressaient et tantôt écorchaient l’épiderme sensible de l’artiste. Une troisième catégorie comprendrait les livres littéraires ou de pur agrément : — « le Livre de M. La Rochefoucault, » — « Les Pensées de Marcaurelle, » — « Six volumes de Clarice » (Clarisse Harlowe), la Jérusalem délivrée, les Œuvres de « M. Thissot, » le médecin des gens de lettres. Il y faut joindre les voyages, dont ce voyageur émérite était friand, les Voyages de l’amiral Anson autour du monde , le Voyage de Provence par l’abbé Papon, la grande publication de l’abbé de Saint- Nom , Voyage pittoresque ou Description du royaume de Naples et de Sicile , en cinq volumes in-folio, et les Voyages dans les montagnes de la Suisse , parM. de Saussure, avec un grand volume oblong des Vues de Rome , par Piranesi. En dehors de toute classification se placent quelques autres ouvrages : « un volume in-4°, Maniement des armes, arquebuses, etc., » — « la brochure des Tours du sieur Pinetti, » Romain, professeur de mathématiques et de physique, — l 'Albert moderne, par Alletz (1768), — « quatre volumes des Tours et récréations mathéma-