DINERS ET SPECTACLES
lui prouvera son affection par un envoi de victuailles : tantôt un baril d’huîtres marinées vient renforcer les provisions du ménage, tantôt un baril d’anchois; la «Sçœur d’Avignon» pourvoit la maison d’huile de Provence et de « vermicelly, » et un évêque, l’évêque de Bayonne, se charge de la fournir de chocolat, ingénieux moyen de rappeler à Joseph Vernet qu’il attend toujours les tableaux commandés pour sa cathédrale.
Et les spectacles ! Le bonhomme n’en manque pas un. Il n’est pas de ces raffinés qui s’en tiennent à l’Opéra ou aux Italiens. Pour lui, tout est bon, pourvu qu’on rie, ou que quelque nouveauté tienne l’attention en éveil. Les Variétés Amusantes, les Comédiens de bois, les « Sauteurs de chez Restier, » l’attirent tour à tour. Mais, de même que le graveur Wille, c’est à Nicolet qu'il donne la préférence. S’il n’y va pas, comme lui, invité par le patron et placé dans une loge d’honneur, il ne prend pas moins de plaisir à voir « les huit sauteurs catalans, dont un fait le paillasse et est supérieur aux autres, quoique tous fassent des prodiges en divers jeux et des sauts étonnants et neufs*.» Voilà de quoi amuser Chariot. Aussi Vernet y conduit son fils toutes les fois qu’il y pense, et, s’il n’a pas Chariot sous la main, il y va seul. Mais à mesure que Carie grandit et que se développe son goût pour les chevaux, Nicolet se voit délaissé pour les sieurs Astley père et fils, écuyers anglais qui avaient établi un manège dans une charmante salle du faubourg du Temple, décorée comme un bosquet de jardin et éclairée par deux mille lampes. Il serait injuste d’oublier les «Fantoccini, » un spectacle favori de tous les artistes. Joseph Vernet s’y assit plus d’une fois à côté de son amie madame Le Brun, aussi enthousiaste que lui des poupées de Carlo Perico.