‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 138 sur 232 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

J. P. Choffard fecit 1775.

« M. Pope, dit l’avis placé en tête de son catalogue de vente, étoit né avec un goût décidé pour la peinture. Il avoit commencé par s’entourer des tableaux de l’école Flamande lorsqu’il fit la connoissance du célèbre Vernet. Il étoit difficile de voir souvent cet artiste sans désirer de se lier avec lui. M. Pope devint son ami, il s’empressa d’aiguillonner en quelque sorte le génie de Vernet et de rendre son pinceau tributaire de l’admiration qu’il lui avoit vouée. Vernet avoit-il quelque idée pittoresque et neuve, M. Pope l’invitoit aussitôt à la fixer sur la toile... » En effet, s’il demande une Tempête , c’est avec tout ce que Vernet pourra y introduire de pathétique et de touchant; une Mer calme, ce sera avec quelque édifice ou des choses qui aient du grand. Cette préoccupation du grand le poursuit sans cesse. Ailleurs il s’agit d’un Coucher de Soleil qui doit avoir au second plan un rocher percé et une tour ou bastion, ou autre bâtiment « mâle et de grande manière. » Dans une autre tempête il lui faut un éclair qui fasse beaucoup d’effet, ou bien

BOUTIQUIERS Et PRINCES. m

un incendie, «s’il me vient une idée intéressante,» ajoute Vernet.

Les idées ne pouvaient manquer de venir à l’appel d’un amateur aussi passionné. En dix ans Joseph Vernet a peint pour M. Paupe vingt tableaux , que décrit avec soin le catalogue de vente. Il n’en est pas un qui ne se recommande par quelque singularité. Ici c’est une Tempête (M. Paupe en possédait six), où un homme emporte une femme évanouie, pendant qu’un vieillard à genoux remercie le ciel d’être sauvé. Onze figures animent le Calme qui sert de pendant, entre autres un matelot fumant sa pipe, assis près d’un ballot sur lequel se lit l’adresse de M. Paupe. L 'Incendie d’un port pendant la nuit offre quantité de détails navrants : une barque chargée de fugitifs, une mère éperdue, son enfant dans ses bras, un père se sauvant avec son fils, une femme à genoux, des malheureux qui implorent le ciel, détails d’une si grande vérité, dit le catalogue, qu’ils oppressent l’âme du spectateur. Un petit ovale de dix pouces de haut représentait un ermitage au bord de la mer, deux femmes en prière devant une croix, et un pêcheur offrant son poisson à l’ermite. Et puis, à côté de ces sujets qui trahissent les préoccupations religieuses du vieillard, voici des baigneuses occupées à se déshabiller à l’abri d’une grotte, tandis qu’un curieux se glisse à quatre pattes pour contempler leur nudité. Voici une marine ornée de deux figures, composition originale que Hill a gravée sous le titre du Pécheur encouragé. Le catalogue insiste sur les mérites qui distinguent ces divers ouvrages. L’un est d’un effet piquant, l’autre d’une grande transparence, celui-ci d’un grand intérêt et d’une pensée profonde. Cet autre, où l’on voit sur le devant, à la fin d’une tempête, un homme et une femme morts se tenant embrassés, est qualifié de tableau philosophique et moral. M. Paupe avait bien placé sa confiance.

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